En avril, il n’y avait des lits en moins que la fin de semaine. Depuis le mois dernier, la mesure s’est étendue aux jours de semaine.

Une vingtaine de lits inaccessibles à l’Hôpital de Hull

EXCLUSIF / Le manque de personnel infirmier bloque actuellement l’accès à une vingtaine de lits à l’Hôpital de Hull, une situation qui se fait ressentir à l’urgence, a appris Le Droit.

Lundi en fin d’avant-midi, le taux d’occupation à l’urgence de l’Hôpital de Hull atteignait 176%. Cela signifie que 44 patients y étaient alités sur une civière, alors que la capacité normale n’est que de 25. Dix-neuf patients s’y trouvaient depuis plus de 24 heures, dont six depuis plus de 48 heures. La cible ministérielle est d’une durée moyenne de séjour de 12 heures. En après-midi, la situation s’était améliorée, mais le taux d’occupation y était tout de même de 144%.

Le directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), le Dr Nicolas Gillot, a expliqué que l’un des facteurs expliquant cet engorgement, c’est que l’hôpital fonctionne avec 22 lits de moins que normalement. Ces lits, répartis sur différentes unités de soins, ne peuvent plus être utilisés en raison d’un nombre insuffisant d’infirmières. «Vingt-deux lits fermés, c’est pratiquement une unité de soins, expose-t-il. Ce n’est pas négligeable.»

À LIRE AUSSI : Urgence en Outaouais: plus de 22 000 départs avant consultation

Des démarches ont été entreprises «pour trouver du monde», mais «la pénurie n’est pas juste en Outaouais», précise le Dr Gillot.

Le «plan de contingence» du CISSSO a été mis en place en avril. À ce moment-là, il n’y avait des lits en moins que la fin de semaine. Depuis le mois dernier, la mesure s’est étendue aux jours de semaine.

Au bout de la ligne, l’urgence écope. «Quand j’ai des lits fermés, forcément, j’ai des patients qui restent à l’urgence, explique le Dr Gillot. […] Si ces lits-là étaient ouverts, il y aurait probablement moins d’achalandage.»

Diminuer les dommages

Pour tenter de diminuer les dommages collatéraux, le CISSSO a décidé de rassembler sur une même unité les patients qui occupent un lit d’hôpital en attente d’une place dans une ressource plus adaptée à leurs besoins, comme un centre d’hébergement ou une ressource intermédiaire. Ils sont une vingtaine dans cette situation à l’Hôpital de Hull. Puisque ces patients nécessitent des soins de moindre intensité, le fait de les rassembler sur une même unité permet au CISSSO de dégager des ressources pour les autres patients de l’hôpital.

Alors que le Dr Gillot parle de lits «fermés», les responsables des communications du CISSSO préfèrent parler de lits «non disponibles», en précisant que cela signifie qu’il n’y a «rien de statique» et que la quantité de lits accessibles peut évoluer au fil des jours.

Le plan de contingence «va probablement se poursuivre jusqu’à la fin des vacances, vers la mi-septembre», a fait savoir la porte-parole de l’organisation, Patricia Rhéaume.

À l’Hôpital de Gatineau, l’accès aux lits sur les unités de soins demeure intact. L’unité de débordement, qui permet de soulager les civières de l’urgence, doit toutefois fonctionner avec sept lits au lieu de 15, a indiqué le Dr Gillot.

L’urgence doit donc là aussi composer avec plus de patients que de civières normalement disponibles. Lundi après-midi, on y comptait 39 patients sur civière pour une capacité normale de 25, ce qui représente un taux d’occupation de 139%. Pendant ce temps, une quarantaine de patients occupent un lit sur une unité de soins en attendant une place dans une autre ressource.

+

HAUSSE DE RÉORIENTATIONS GRÂCE AUX GMF

La quantité de patients se présentant à l’urgence qui ont pu être dirigés vers une autre ressource a augmenté de manière significative l’an dernier en Outaouais.

En 2018-2019, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a enregistré environ 3000 visites de moins que l’année précédente dans ses urgences. Il n’en demeure pas moins qu’elles ont reçu en moyenne 445 visites par jour, pour un total de 162 564 visites dans l’année.

Alors que près des deux tiers des visites dans les salles d’urgence du CISSSO continuent d’être des cas de faible priorité (cote P4 ou P5), l’organisation a réussi à accroître le nombre de patients réorientés vers une autre ressource. 

Sur l’ensemble des visites dans les urgences de la région l’an dernier, quelque 13 000 cas (8 % du total) ont pu être dirigés vers un groupe de médecine familiale (GMF), vers la superclinique Médigo ou vers la mini-urgence pédiatrique, par exemple. En 2017-2018, un peu moins de 8700 visites (5,2 % du total) avaient mené à une réorientation.

Collaboration

Le directeur des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, affirme que la collaboration des GMF a grandement contribué à cette amélioration. Il souligne toutefois que « 17 % des P4-P5 sont réorientables », de sorte que les travaux se poursuivront dans le but d’améliorer encore le taux de réorientation. « Un des problèmes qu’on rencontre, c’est que les gens, quand ils sont à l’urgence, ils ne veulent pas quitter l’urgence, expose le Dr Gillot. Ce n’est pas gagnant comme attitude. »

Les plus fortes proportions de réorientation l’an dernier ont été observées dans les salles d’urgence des hôpitaux de Hull (8,4 %) et de Gatineau (10 %). Pour les autres hôpitaux de la région, ce taux varie entre 0,4 % et 2,2 %.