Selon Dr Guy Boivin, spécialiste de l’Université Laval, le vaccin contre la grippe semble bien fonctionner cette année.

Une saison de la grippe hâtive, mais qui s’annonce clémente

EXCLUSIF / La saison de la grippe est arrivée plus tôt que d’habitude au Canada, ayant commencé officiellement la semaine dernière. Mais les premières indications donnent à penser que le virus ne sera pas particulièrement virulent et que le vaccin devrait avoir une bonne efficacité, entrevoit le spécialiste de l’influenza (et d’autres virus) de l’Université Laval Guy Boivin.

Santé Canada considère la «saison de la grippe» commencée à partir du moment où plus de 5 % des tests d’influenza commandés par son réseau de surveillance sont positifs — un seuil franchi pendant la semaine du 21 au 27 octobre, avec 5,2 %. «À notre labo du CHUL aussi on a vu l’augmentation. On a fait 62 tests lundi [sur des patients s’étant présentés à l’urgence avec des symptômes d’allure grippale, NDLR] et 5 sont revenus positifs pour l’influenza. C’est un taux de 8 %», indique Dr Boivin, qui est revenu récemment d’un mandat d’un an auprès de l’Organisation mondiale de la santé, en Suisse, comme conseiller sur l’influenza.

Pour tenter de prévoir quelles souches d’influenza circuleront chez nous (et lesquelles mettre dans le vaccin), les autorités sanitaires regardent généralement ce qui se passe dans l’hémisphère sud au cours de l’été (c’est leur saison de la grippe, là-bas), et plus particulièrement en Australie, qui publie les meilleures données à ce sujet. «Si on se fie à ce qui s’est passé là-bas, c’est une saison où [...] la majorité des virus d’influenza A était de type H1N1, et non pas H3N2. Et on sait que les saisons où c’est H1N1 qui domine ont tendance à être plus légères. Pas en termes de nombres de cas, mais en termes de complications, d’hospitalisations et de mortalité, c’est généralement moins pire que les saisons de H3N2», dit DBoivin.

À cause de la «crise» de la grippe porcine qui est survenue en 2010, le nom de «H1N1» est souvent vu comme plus virulent que le H3N2 dans la tête des gens, mais c’est faux. La pandémie de 2010 a été causée par une souche bien particulière de H1N1, et les autres souches de ce H1N1 sont en moyenne plus clémentes que les virus H3N2.

Vaccin «efficace»

De ce qu’on peut en dire pour l’instant, indique par ailleurs Dr Boivin, le vaccin de cette année semble bien fonctionner. En Australie, du moins, ceux qui se sont fait vacciner ont consulté leur médecin 68 % moins souvent et ont été 66 % moins hospitalisés pour la grippe que ceux qui n’ont pas été vaccinés, dit-il. «Donc ce sont de bons chiffres, comparés à l’an dernier, où on avait des chiffres de l’ordre de 17 % pour le H3N2.»

Attention, avertis Dr Boivin, prédire les souches grippales qui vont proliférer plusieurs mois à l’avance est une science encore bien imparfaite. Ce qui circule dans l’hémisphère sud ne fait pas toujours le saut chez nous, et «il est toujours un peu périlleux de faire des prévisions en début de saison», dit-il. Mais à partir des premières données disponibles, il semble que cette année nous sommes partis pour hériter des virus de l’autre hémisphère.

«Sur les cinq cas d’influenza qu’on a eue lundi au CHUL, on a séquencé l’ADN des trois premiers et ce sont tous des types H1N1 fortement apparentés à la souche Michigan, qui a été ajoutée au vaccin cette année. Alors ce sera important de se faire vacciner, et de se faire vacciner tôt. Ça ne veut pas dire que ça va rester comme ça toute la saison, mais ça reste encourageant pour l’instant», s’encourage Dr Boivin.

Fait intéressant, ajoute-t-il par ailleurs, «il y a un nouvel antiviral qui a été approuvé aux États-Unis il y a une semaine environ, le baloxavir. Je pense que ça va supplanter le tamiflu parce que dans leurs études, le baloxavir est aussi efficace, mais il empêchait mieux la transmission. En plus, c’est un seul comprimé que le patient doit prendre une seule fois et c’est tout, alors qu’un traitement au tamiflu s’étire sur cinq jours. D’habitude, on suit les États-Unis de quelques semaines pour l’approbation médicale, alors on verra.»