Laurie Létourneau et Anne-Marie Lalonde, du service de microbiologie à l’Hôpital de Gatineau

Une «grande séduction» pour les médecins microbiologistes au CISSSO

Il n’y aura bientôt plus aucun médecin spécialiste en microbiologie actif en Outaouais, alors que la région devrait pouvoir en compter quatre. Le réseau se met donc « en mode grande séduction », en faisant valoir que son nouveau laboratoire et l’arrivée prochaine de la faculté satellite de médecine est l’occasion idéale pour « monter » un nouveau service.

Fragilisée depuis un bon moment déjà, l’offre de service en microbiologie du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) écopera durement d’ici quelques jours, alors que l’un des deux médecins spécialistes en poste prendra sa retraite. L’autre est en congé pour une durée indéterminée.

En attendant de recruter de nouveaux microbiologistes, le CISSSO est contraint de se tourner vers d’autres options. « La médecine interne compense beaucoup », indique le directeur adjoint des services professionnels de l’organisation, le Dr Nicolas Gillot.

Le CISSSO veut miser sur l’avenir dans ses efforts de recrutement. L’un des arguments repose dans l’arrivée récente d’un appareil appelé MALDI-TOF dans le nouveau laboratoire de l’Hôpital de Gatineau.

À première vue, l’appareil ressemble à une simple machine distributrice. Ses pouvoirs viennent pourtant de changer la donne pour l’identification de bactéries.

« On quitte la microbiologie historique », explique le Dr Gillot. Alors que la méthode traditionnelle permettait une première identification après 24 heures, le MALDI-TOF le fait en quatre à six heures.

Le docteur Nicolas Gillot

« C’est comme une bibliothèque de bactéries », illustre la directrice adjointe des services diagnostiques du CISSSO, Marie-Ève Cloutier.

En sachant plus rapidement quelle bête doit être affrontée, les médecins augmentent « la pertinence et l’efficience en termes d’utilisation des antibiotiques », souligne le Dr Gillot.

L’acquisition de cet appareil survient dans le contexte du projet Optilab, qui se veut une réorganisation des laboratoires de biologie médicale avec la création de 11 « grappes » dans la province.

Le CISSSO ayant obtenu l’une de ces grappes, il pourrait s’agir d’un attrait pour certains médecins qui voient leur laboratoire disparaître, croit le Dr Gillot.

Ce dernier note qu’avec la retraite d’un microbiologiste, le CISSSO vit « la fin d’un cycle ». Avec l’ouverture de la faculté satellite de médecine de l’Université McGill l’an prochain et la concentration des activités de laboratoire de microbiologie à l’Hôpital de Gatineau, il y a « une opportunité énorme », selon le Dr Gillot, pour les spécialistes qui souhaitent « créer quelque chose ».

« Là où on va attirer le monde, c’est sur le potentiel de développement de l’offre clinique », espère-t-il.

Des démarches sont en cours avec les associations de médecins microbiologistes du Québec et du Canada, mais les spécialistes dans ce domaine sont peu nombreux et leur formation est longue.

« On a donc besoin que ça se sache à la grandeur de la province que l’Outaouais va se développer dans les années à venir, insiste le Dr Gillot. Que ce soit pour des médecins en milieu ou en début de carrière, il y a vraiment un momentum très intéressant. »

Le jour où les quatre postes de spécialistes en microbiologie seront pourvus au CISSSO, l’organisation pourra tenter d’en obtenir davantage auprès du ministère de la Santé. D’autres régions moins populeuses, comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent, comptent respectivement sur les services de six et de huit médecins microbiologistes.