Mathieu Lapointe pensait qu’il y avait erreur sur la personne quand il a appris dans quel état était sa conjointe.

Une famille «anéantie», des médecins poursuivis

Une poursuite d’un peu plus d’un million de dollars vient d’être intentée contre quatre médecins pratiquant à l’Hôpital de Gatineau par les proches d’une mère de famille de 35 ans décédée des suites d’une infection urinaire ayant atteint ses reins.

Mère d’une jeune fille aujourd’hui âgée de huit ans, Caroline Lalonde s’était présentée à l’urgence de l’Hôpital de Gatineau le 9 juillet 2015 en raison d’une « douleur au flanc droit » apparue la veille, lit-on dans le rapport de la coroner Marie Pinault. Selon la poursuite que viennent d’intenter les proches de la défunte, des analyses demandées par l’infirmière du triage ont rapidement démontré « la présence d’une infection de l’arbre urinaire ». Toujours selon la poursuite, deux urgentologues ont ensuite négligé de lui prescrire un antibiotique, même si l’état de santé de Mme Lalonde « se détériore ». La prescription d’un antibiotique se fait au lendemain de son arrivée à l’urgence, après « un pic de température ».

La patiente est ensuite vue par une urologue, qui prévoit une chirurgie. « Ce même jour, vers 16 h 25, Mme Lalonde est retrouvée par terre à la sortie de la salle de bain, lit-on dans la poursuite. Elle est pâle, présente de la diaphorèse et réagit peu [...]. »

L’urologue procédera peu de temps après à opération en raison d’un « calcul urétéral droit avec choc septique sévère, est-il mentionné dans la poursuite. [...] Au cours de l’intervention chirurgicale, Mme Lalonde fait l’objet de procédures de réanimation [...]. »

La mère de famille est ensuite amenée aux soins intensifs, où elle a subi un arrêt cardio-respiratoire le matin du 11 juillet. Des manœuvres de réanimation sont de nouveau entamées. Selon le rapport de la coroner, la famille est informée « du pronostic très sombre ». Le 12 juillet, les médecins et les proches « s’entendent pour cesser les traitements actifs et le décès s’ensuit à 21 h 40 », écrit la Dre Pinault dans son rapport, qui ne peut être accepté en preuve dans le cadre de la poursuite civile.

Il est ainsi allégué que le Dr Peter Bonneville, le Dr Sylvain Croteau et la Dre Marie-Hélène Lasalle-Folot, tous trois urgentologues, de même que la Dre Claude Bouchard, urologue, n’ont « pas évalué, investigué, traité et suivi la condition de Mme Lalonde conformément aux règles de l’art ». « On a passé complètement à côté de l’infection », affirme en entrevue l’avocate des demandeurs, Me Marie-Eve Martineau.

Les proches de Mme Lalonde, dont son conjoint Mathieu Lapointe, réclament ainsi différents montants totalisant 1,015 million $ aux quatre médecins à titre de dommages pécuniaires et non pécuniaires, de même que pour perte de soutien financier.

Suivi « sous-optimal »

Le rapport de la coroner avait conclu à un « décès naturel » des suites d’un « choc septique causé par une pyélonéphrite secondaire à une urolithiase obstructive ». La Dre Pinault a souligné que le suivi infirmier a semblé « sous-optimal » dans la nuit du 9 au 10 juillet, tout en notant que le délai d’environ 27 heures avant que Mme Lalonde subisse une chirurgie « est questionnable ». La coroner souligne que le service d’urologie a révisé ce dossier pour faire en sorte que de tels délais « soient minimisés ».

DES PROCHES « ANÉANTIS »

« Il n’y a pas une semaine qui passe sans que ma petite fille me parle de sa maman. »

Jeudi, cela fera trois ans que Mathieu Lapointe a perdu sa conjointe, Caroline Lalonde. Le temps avance, le deuil progresse, mais l’incrédulité demeure pour les proches de la disparue.

Quand l’équipe médicale lui a dit que sa conjointe n’allait vraiment pas bien, il pensait qu’il y avait erreur sur la personne, raconte l’homme endeuillé. « Je leur ai dit qu’ils se trompaient, qu’elle était rentrée pour une pierre aux reins. »

Mais c’était bel et bien de sa conjointe dont il était question. « Il n’y a rien qui prépare à ça », laisse tomber M. Lapointe.

Décédée le 12 juillet 2015 à l’Hôpital de Gatineau, Caroline Lalonde a laissé derrière elle plusieurs proches, dont une petite fille de huit ans.

Caroline Lalonde a laissé derrière elle plusieurs proches, dont une petite fille qui fêtera bientôt son neuvième anniversaire. « Ce n’est pas facile, confie M. Lapointe. Elle pose des questions, elle me parle d’elle, elle voudrait qu’elle soit là. »

La poursuite déposée par les proches de Mme Lalonde soutient que les médecins ont tardé avant de traiter l’infection dont elle souffrait. Or, toujours selon ce qu’il est allégué dans la poursuite, des résultats d’analyses ont démontré la présence d’une infection moins de trois heures après l’arrivée de la femme de 35 ans à l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, trois jours avant son décès.

« Le problème, c’est qu’ils le savaient depuis le début, déplore M. Lapointe. [...] Ils n’ont pas lu les rapports comme il faut. Ça a dégénéré à cause qu’ils n’ont pas pris en considération son infection. C’est comme si ça avait été ignoré. »

La dernière fois que Mathieu Lapointe a pu parler à sa conjointe, c’était deux jours avant son décès. Il était alors à l’extérieur de la ville pour le travail. Jamais il n’aurait cru la perdre si vite.


« « Le problème, c’est qu’ils le savaient depuis le début. » »
Mathieu Lapointe, le conjoint

Selon la poursuite déposée en Cour supérieure, « les demandeurs sont anéantis par le décès subit et inattendu de Mme Lalonde de même que par les circonstances entourant son décès ».

« Ils vivent avec la conviction que Mme Lalonde serait toujours vivante si les défendeurs n’avaient pas fait preuve de négligence à son endroit », poursuit le document, dans lequel il est aussi souligné que les proches de la défunte ont « vécu énormément de stress, d’anxiété et d’angoisse ».

M. Lapointe n’écarte par ailleurs pas la possibilité de porter plainte auprès du Collège des médecins du Québec.