Environ 250 000 Canadiens souffrent d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), qui touche environ 10 millions de personnes dans le monde.

Une étude canadienne se penche sur la maladie de Crohn

TORONTO — Cinq mille personnes participeront à une étude dirigée par le Canada pour tenter de découvrir la cause sous-jacente de la maladie de Crohn.

Tous les participants sont en santé, mais aussi les enfants, les frères et les soeurs de gens qui souffrent de la maladie de Crohn.

Comme son nom l’indique, le projet international sur la génétique, l’environnement et les microbes (GEM) adopte une approche multiforme pour découvrir les déclencheurs qui sous-tendent le développement de la maladie dans l’espoir de concevoir un test prédictif et, ultimement, des traitements pour prévenir son apparition.

La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont des maladies auto-immunes qui provoquent une inflammation de la muqueuse du tractus gastro-intestinal, perturbant la capacité du corps à digérer les aliments, à absorber la nutrition et à éliminer correctement les déchets. Les symptômes comprennent des douleurs abdominales, des crampes, des gaz, des ballonnements, de la fatigue et de la diarrhée.

Avec la maladie de Crohn, l’inflammation peut se produire n’importe où dans le tractus gastro-intestinal, mais elle est habituellement présente dans la partie inférieure de l’intestin grêle et dans le côlon ou dans le gros intestin. La colite ulcéreuse affecte seulement le côlon, y compris le rectum et l’anus.

Environ 250 000 Canadiens souffrent d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), qui touche environ 10 millions de personnes dans le monde. Et son incidence est en hausse, a déclaré Mina Mawani, la présidente et chef de la direction de Crohn et Colite Canada.

«Ces personnes ont une douleur incroyable, elles ont la diarrhée sanglante, elles peuvent aller aux toilettes jusqu’à 20 fois par jour, a dit Mme Mawani. Les gens ont l’impression qu’il y a beaucoup de stigmatisation associée à une maladie de salle de bain, alors ils n’en parlent pas très souvent.

«Mais si vous devez aller aux toilettes 20 fois par jour ... vous ne voudrez peut-être pas assister à des événements, vous ne pourrez peut-être pas garder un emploi et, si vous le faites, vous devrez être près d’une salle de bain. C’est vraiment une maladie qui est très isolante socialement.»

Les médicaments et, dans certains cas, une chirurgie pour enlever les parties inflammées chroniques des intestins peuvent aider à maîtriser les MICI dans 50 à 60 pour cent des cas, «mais nous n’avons toujours guéri personne», a rappelé le docteur Ken Croitoru, le chercheur principal de l’étude GEM, qui a commencé à recruter des participants il y a 10 ans.

Le projet - mené dans 107 sites à travers le monde, dont 25 au Canada - a recueilli des données de santé approfondies auprès des participants, ainsi que des échantillons de sang, d’urine et de selles pour analyse.

Les chercheurs étudient le régime alimentaire, la fonction immunitaire et les changements dans leur microbiome intestinal, et tentent de décoder les anomalies génétiques et les facteurs environnementaux potentiels qui pourraient finir par déclencher la maladie.

Depuis 2008, lorsque l’étude a débuté, 70 participants ont développé la maladie de Crohn, tandis que 15 ont reçu un diagnostic de colite ulcéreuse, a dit le docteur Croitoru, un gastro-entérologue au Centre de maladies inflammatoires de l’intestin du Mont Sinaï, à Toronto.

«Cela nous donne l’opportunité de revenir en arrière et de dire ‘OK, qu’est-ce qui était là quand ils étaient en bonne santé et qui distingue ces 70 des autres?’», a-t-il expliqué.

Alors que la génétique joue un rôle dans les MICI, les chercheurs accordent une attention particulière au microbiome intestinal de chaque personne, la communauté bactérienne naturelle qui favorise la digestion, contribue à la régulation du système immunitaire et protège contre les microbes pathogènes.

«Il y a quelque chose qui semble être important dans le déclenchement de la maladie», a dit le docteur Croitoru, en spéculant que certains facteurs encore inconnus peuvent altérer le microbiome, conduisant à une activation anormale des cellules immunitaires.

«Nous pensons que c’est là que l’action se trouve, a-t-il ajouté. Nous pensons que quelque chose a changé le microbiome, ce qui a affecté la réponse immunitaire, et au lieu d’avoir une relation normale comme la plupart des gens, la réponse immunitaire se détraque et commence à causer une inflammation qui endommage l’intestin.»

«Pour comprendre comment cela change, il faut regarder avant que la maladie ne s’installe, avant que tout ne soit si mauvais et que le feu ne fasse rage et qu’on ne puisse plus dire où le feu a commencé.»

L’étude GEM a reçu un financement de plus de 15 millions $ de Crohn et Colite Canada et du Helmsley Charitable Trust aux États-Unis. Les deux groupes ont récemment annoncé un financement supplémentaire de 6,4 millions $, ce qui permettra la poursuite du projet.

Le docteur Croitoru a précisé que les chercheurs examinent maintenant les données relatives aux 70 personnes qui ont développé la maladie de Crohn, en se penchant en partie sur le rôle que les gènes ont pu jouer dans la modification de leur microbiome intestinal.

«Nous espérons déceler dans les six à douze prochains mois ce qui différencie quelqu’un qui développe une maladie, a-t-il dit. Je soupçonne que la science nous permettra de mieux comprendre, nous serons en mesure de mieux prédire le risque de quelqu’un et de concevoir une étude d’intervention avec une connaissance réelle de ce que nous essayons de changer.»

Note aux lecteurs: La version précédente indiquait au 2e paragraphe que les participants ont un parent qui souffre de la maladie de Crohn ou de colite ulcéreuse. Il s’agit uniquement de la maladie de Crohn.