Une coroner recommande la mise en place d’un registre central des patients au CISSSO afin que les interventions entre les différents services de santé.
Une coroner recommande la mise en place d’un registre central des patients au CISSSO afin que les interventions entre les différents services de santé.

Une coroner déplore un travail en «vase clos» au CISSSO

Le travail « en vase clos » d’intervenants provenant de quatre entités faisant partie du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a mené une coroner à recommander la mise en place d’un « registre central » pour chaque patient afin de « favoriser une intervention concertée ».

Dans un rapport daté de novembre dernier, la coroner Francine Danais se penche sur le suivi offert à un Gatinois âgé d’une trentaine d’années qui s’est enlevé la vie au début 2018.

Dans les mois précédant son décès, l’homme a obtenu des services de diverses ressources. Il y a eu le CLSC de Gatineau, l’Hôpital de Gatineau, l’Hôpital de Papineau et la Direction de la protection de la jeunesse, en raison de la garde de ses enfants.

À LIRE AUSSI :

Un partage d'informations «primordial»

Le CISSSO invité à revoir la qualité des services offerts

Les proches du trentenaire savaient qu’il avait des idées noires depuis l’adolescence. Au cours des quatre mois avant son décès, il « a vécu plusieurs épreuves qui ont certainement été déterminantes dans sa décision de mettre fin à ses jours malgré ses nombreuses demandes d’aide », relate Me Danais dans son rapport, dont Le Droit a obtenu copie.

Pendant l’automne 2017 et au début 2018, le risque suicidaire qu’il présente est jugé « faible » à différents moments, par différents intervenants œuvrant au sein de ressources distinctes faisant toutes partie du CISSSO. Six jours avant son décès, « le risque est toujours évalué à faible bien que [monsieur] admet penser au suicide tous les jours et qu’il refuse de dire s’il planifie ou fait des préparatifs ». Un « suivi étroit » est jugé nécessaire, mais aucun rendez-vous ne lui est donné.

Inquiète de ne pas avoir de ses nouvelles après qu’il eut subitement quitté une rencontre la veille, une intervenante se rend chez lui, sans obtenir de réponse.

Une assistance policière est demandée en raison de ses antécédents en santé mentale. « Toutefois, les policiers refusent d’entrer de force dans l’appartement, puisqu’il ne serait pas en danger immédiat, faute d’avoir un plan suicidaire concret. » Il a été retrouvé sans vie par la police deux jours plus tard.

Dans son rapport, Me Danais souligne que le défunt « voyait différents intervenants des milieux de santé ou sociaux » du CISSSO.

« Or, il semble que ces intervenants travaillent en vase clos et ne connaissent pas nécessairement l’implication de l’autre, analyse la coroner. Il n’y a aucun échange d’informations. Bien que lors d’une évaluation du risque suicidaire, l’intervenant évalue qu’un suivi étroit est requis, il ne fixe aucun rendez-vous de suivi. [...] Malheureusement, il s’est buté aux limites de chacun au lieu de bénéficier d’une intervention concertée qui aurait pu mieux répondre à ses besoins. »

Me Danais estime qu’un partage d’informations aurait permis de mieux évaluer le risque suicidaire de l’homme, pour lui « offrir un meilleur soutien ».

La coroner recommande donc au CISSSO de créer « un registre central dans lequel des fiches ‘patients’ seront créées et l’information sur les services dispensés sera colligée » pour que les intervenants puissent « savoir si ce patient reçoit des services de plusieurs départements et ainsi leur permettre de les contacter au besoin et favoriser une intervention concertée ». Advenant la création d’un tel registre, « le caractère confidentiel » des informations des dossiers de chaque service devrait être conservé, précise Me Danais.

Cette dernière recommande aussi au ministère de la Santé et des Services sociaux « d’entamer des discussions » avec tous les centres de santé pour étendre l’implantation d’un registre central à l’échelle provinciale.

En ce qui concerne le refus des policiers d’entrer de force dans le logement lors de la première demande d’assistance  — ce qui n’aurait rien changé dans ce cas précis —, Me Danais écrit qu’« il serait important de former davantage les agents » pour qu’ils puissent « mieux évaluer la dangerosité ou le risque de passage à l’acte ». Une vérification auprès de l’École nationale de police du Québec a démontré que la formation à cet égard a récemment été modifiée, précise la coroner.

+

BESOIN D'AIDE?

Le suicide ne se produit pas sans avertissement. Dans la majorité des cas, les personnes qui se sont suicidées avaient donné quelques signaux tels que:

  • Des messages verbaux directs et indirects
  • Des indices comportementaux
  • Des indices émotionnels
  • Des indices cognitifs
  • Des symptômes de dépression

En présence de signaux d’alerte, demander à cette personne si elle pense au suicide ne la poussera pas à commettre le geste. En effet, cette main tendue sera, dans la majorité des cas, accueillie avec soulagement.

Vous ou vos proches avez besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler au 1-866-APPELLE (277-3553), ou encore Tel-Aide Outaouais (819-775-3223) à Gatineau et 613-741-6433 à Ottawa). Du côté d’Ottawa, vous pouvez aussi appeler la ligne de crise en santé mentale d’Ottawa en composant le 613-722-6914. Vous pouvez également consulter le site commentparlerdusuicide.com.

Source: aqps.info