La nouvelle application pour téléphones intelligents et tablettes permet de mesurer l'activité électrique du cerveau grâce à des électrodes placées sur la tête d'une personne.

Une app pour détecter l'épilepsie

Les avancées technologiques apportent leurs lots de bienfaits pour améliorer la qualité de vie des gens. Cette fois, c'est une chercheuse de l'Université d'Ottawa (U'd'O) qui se distingue en créant un logiciel révolutionnaire, pour téléphones intelligents et tablettes électroniques, afin de mieux diagnostiquer les personnes aux prises - souvent à leur insu - avec l'épilepsie.
La neurologue Farrah Mateen et son équipe travaillent depuis environ cinq ans à la mise au point de l'app en question.
«Cette application vise à nous donner un meilleur accès aux personnes et permet une meilleure évaluation des patients potentiels», soutient la professeure adjointe à l'École interdisciplinaire des sciences de la santé de l'Ud'O.
Et le besoin est criant. Surtout dans les régions plus recluses de la planète où trop souvent les épileptiques sont mal diagnostiqués ou sont complètement «oubliés» par le système médical sur place. Selon les estimations, 1% de la population mondiale, ou 65 millions de personnes souffrent d'épilepsie.
«Et nous croyons qu'il pourrait y en avoir davantage puisque plusieurs cas ne sont pas détectés, surtout dans les pays moins industrialisés où les taux sont plus élevés. Les enfants et les bébés sont les plus touchés, déplore la neurologue originaire de Prince Albert, en Saskatchewan.
Accessibilité
La technologie développée par son équipe multidisciplinaire, disponible seulement pour le moment pour les téléphones intelligents et les tablettes Androïd, permet à n'importe quel intervenant de la santé de mesurer l'activité du cerveau des personnes potentiellement affligées par la maladie. Son aspect «portable» est particulièrement révolutionnaire pour analyser les données.
«Les machines d'électro-encéphalographie (EEG) sont immenses. Plusieurs pays n'ont pas accès à de telles machines ou à des neurologues. Chaque traitement coûte aussi 15000$ environ. L'avantage de notre app, vendu au coût de 300$, c'est qu'on peut amener la technologie à des résidents au lieu que des résidents aient à se déplacer vers les technologies», explique la DreMateen, qui oeuvre aussi à l'École de médecine de Harvard à l'Hôpital général du Massachusetts.
Pour l'heure, le prototype fonctionne à merveille en laboratoire, dit-elle. Les prochaines analyses auront lieu au Bhoutan, un pays enclavé entre l'Inde, le Népal et la Chine. Le pays de 900 000 âmes - l'équivalent de la population de la Ville d'Ottawa - apporte son lot de problèmes au chapitre de l'accessibilité. Les cas d'épilepsies sont aussi nombreux.
«Ça peut prendre trois jours pour une personne vivant dans l'Himalaya pour se rendre à des soins. De plus, le pays ne compte aucun neurologue. Certes, les médicaments sont gratuits au Bhoutan, mais inefficaces si un autre expert pose un mauvais diagnostic... Grâce à notre application, les données peuvent être transmises au Canada, par exemple, afin d'être analysées par un neurologue», explique la chercheuse.
C'est grâce à Grands Défis Canada (GDC), financé entièrement par le gouvernement fédéral, si cette nouvelle technologie peut être testée sur le terrain. L'organisme annonçait ce matin un financement de 7,7 millions pour la réalisation de 22 projets innovateurs, dont celui piloté par la DreMateen. «Nous soutenons des idées audacieuses ayant un grand impact. Il s'agit d'un des plus grands investissements jamais accordés en matière de santé mentale, un des domaines les plus négligés mondialement, a déclaré fièrement au Droit, Peter Singer, président et directeur général de GDC.
Et le rêve le plus fou de l'innovatrice en chef canadienne?
«Il existe un certain stigmate avec les maladies de santé mentale. J'aimerais que cette technologie permettre à celles-ci de sortir de l'ombre. D'autres maladies pourraient en bénéficier aussi. J'adore le fait que cette technologie pourrait être offerte pour quiconque, n'importe où, mais surtout, dans des pays moins développés.»