Le Dr Martin Pham Dinh explique que « les conditions de travail [aux urgences des hôpitaux de Gatineau et Hull] se sont détériorées au fil des années malgré des efforts considérables déployés par des gens très compétents. »

Un urgentologue démissionne avec fracas

Un médecin qui œuvre à Gatineau comme urgentologue depuis 17 ans a annoncé sur sa page Facebook, jeudi, qu’il quitterait ses fonctions en mars prochain parce qu’il considère comme désormais « toxique » le milieu de travail dans lequel il doit évoluer.

Le Dr Martin Pham Dinh, qui travaille aux urgences des hôpitaux de Gatineau et Hull, a écrit une longue lettre destinée à ses collègues de travail, au haut de sa page Facebook, dans laquelle il explique son raz le bol face à des conditions de travail qui se détériorent et aux exigences d’un gouvernement qui réclame une productivité accrue devenue intenable et inhumaine.

Le médecin explique que « les conditions de travail se sont détériorées au fil des années malgré des efforts considérables déployés par des gens très compétents. »

« Le respect du travail des médecins et de notre autonomie professionnelle s’effrite avec le temps. La loi 130 va encore alourdir notre travail en nous rendant responsables de maintenir la couverture de service dans nos départements malgré des ressources et des effectifs insuffisants. »

La loi 130 vient modifier certaines dispositions relatives à l’organisation clinique et à la gestion des établissements de santé et de services sociaux. Ce projet de loi a été déposé, il y a un an, par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et a été adopté le 26 octobre dernier par l’Assemblée nationale. La loi est entrée en vigueur en novembre. Entre autres dispositions de la loi 130, les médecins ont maintenant la responsabilité collective de s’assurer qu’il n’y ait pas de ruptures de services dans leur établissement. La durée maximale de séjour sur civière dans les urgences est dorénavant limitée à 24 heures.

Un système malade

« Dans la dernière année, les médecins d’urgence reçoivent régulièrement des messages négatifs. Notre performance en général laisse à désirer. Il faudrait travailler plus et surtout plus rapidement. On ne voit pas assez de patients. La majorité des gens qui font ces affirmations sont assis dans un bureau éloigné de notre travail au chevet des patients et ils regardent des statistiques pour nous juger », écrit encore le Dr Pham Dinh.

« D’un côté, on doit aller plus vite et pour y arriver, il faut couper quelque part... et le risque c’est qu’on coupe dans la qualité... c’est très facile de tomber trop loin dans le piège de la performance. De l’autre côté, le nombre de plaintes et de poursuites est en croissance exponentielle », explique le médecin, visiblement ulcéré.

Le Dr Pham Dinh conclut donc : « C’est une gymnastique impossible qui fait mal et qui blesse, soit le patient, soit le docteur. Personne n’en sort indemne. C’est le système qui est malade. »

Le médecin annonce en fin de lettre qu’il demeurera au service du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, mais à titre de médecin examinateur et non plus comme urgentologue. 

« J’adore les gens, mais l’environnement est rendu toxique [...] J‘anticipe qu’avant que les conditions ne s’améliorent, elles vont se détériorer. » 

Et pour justifier son changement de voie professionnelle, il explique : « Je préfère me tromper en essayant autre chose que de continuer de faire ce que j’ai fait pendant les dernières 17 (années) avec une frustration grandissante vis-à-vis un milieu qui ne respecte plus les professionnels qui y travaillent. »

Réaction du Dr Vadeboncoeur

Réagissant aux propos du Dr Martin Pham Dinh, l’auteur et médecin Alain Vadeboncoeur, qui connaît personnellement le médecin démissionnaire, a déclaré au Droit déceler une certaine détresse dans cette lettre ouverte.

« C’est un métier passionnant et Martin est un médecin passionné. Il s’est énormément impliqué dans plein de projets [...] J’ai des craintes actuellement que dans beaucoup de milieux, ça soit assez difficile de répondre aux différentes demandes, tout en continuant de faire son travail avec enthousiasme. »  

En mi-soirée, vendredi, la lettre du médecin de Gatineau était suivie d’une centaine de réactions d’amis et de lecteurs qui l’appuyaient dans sa démarche. 

Presque autant de lecteurs avaient partagé le cri du cœur du médecin démissionnaire. Environ 200 personnes avaient « aimé » le texte sur Facebook.