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Le dépistage par les optométristes est important parce que, contrairement à ce qu’on peut croire, les enfants ne reconnaissent pas toujours qu’ils ont un problème de vision.
Le dépistage par les optométristes est important parce que, contrairement à ce qu’on peut croire, les enfants ne reconnaissent pas toujours qu’ils ont un problème de vision.

Examen de la vue avant l’entrée à l’école: un premier dépistage crucial

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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D’un côté, on estime que 80 % de l’apprentissage passe par la vision. De l’autre, quatre enfants sur cinq n’ont pas subi un examen complet de la vue avant leur entrée à la maternelle. Les deux faits sont inconciliables, mais s’avèrent pourtant la réalité.

La Fondation des maladies de l’œil en sait quelque chose, elle qui par son programme « École de la vue » a contribué à mener des tests de dépistage en milieu scolaire sur quelque 70 000 enfants québécois de quatre et cinq ans depuis 2019, l’équivalent du Stade olympique « rempli à craquer », se plaît-on à rappeler. En Outaouais, 83 écoles se sont inscrites cette année pour que les yeux de leurs élèves soient scrutés à la loupe. Dans 85 % des cas, les parents donnent leur autorisation pour cet exercice qui ne dure que quelques minutes.

Unique en Amérique du Nord, le programme consiste à ce que des optométristes aillent directement à la rencontre des élèves du préscolaire pour effectuer sans frais un test sommaire visant à détecter de possibles troubles de la vue et, le cas échéant, recommander aux parents d’aller consulter un optométriste ou un ophtalmologiste. En moyenne, croyez-le ou non, plus du tiers des enfants (37 %) sont référés vers une clinique  pour y subir un test plus poussé. 

Dans une ère où les écrans n’ont jamais autant fait partie de la vie des enfants et alors que l’école à distance s’est invitée dans le quotidien de plusieurs depuis un an, le directeur général de l’organisme, Steeve Lachance, affirme qu’il ne faut pas hésiter à être proactif et à l’affût des signes. À son avis, le sens de la vue semble être « un grand négligé », en particulier chez les plus petits, alors que son importance est cruciale. 

« Pour une raison que j’ignore, ce n’est pas nos mœurs, on dirait. Je pense que les gens n’y pensent pas. Si tu t’écrases un doigt dans une porte, tu vas avoir une réaction, car ça va faire mal. Mais dans le cas des yeux, l’enfant ne te le dira pas s’il ne voit pas bien. Il y a une croyance assez forte que l’enfant va en parler. C’est un leurre. Pourtant, c’est hyper important pour l’apprentissage. Si tu n’as pas une bonne vision, comment peux-tu faire des mathématiques, bien lire, apprendre à écrire ? Ça n’a aucun sens. Ça démontre bien l’importance du dépistage », explique-t-il, précisant que le personnel scolaire est souvent une bonne courroie de transmission pour sonner une alarme. 

Le dépistage par les optométristes est important parce que, contrairement à ce qu’on peut croire, les enfants ne reconnaissent pas toujours qu’ils ont un problème de vision.

Un automatisme

Espérant changer les comportements, il rappelle que l’examen de la vue, au même titre que la ceinture de sécurité à bord d’un véhicule ou encore les carnets de vaccin, devrait être un automatisme.

« Ça doit être sur la check-list avant d’entrer à l’école. C’est une question d’éducation, pour que les gens connaissent toutes les possibilités. C’est bien beau faire du dépistage, mais on fait aussi de la sensibilisation. Il faut faire le tour de la roue, en parler, renforcer le message, pour éviter que ce soit un coup d’épée dans l’eau. Je ne pense pas qu’un parent de bonne foi soit contre d’améliorer la santé de son enfant. Ça crée aussi une très belle base de données sur la santé visuelle des enfants. Il y a beaucoup d’hypermétropie, d’astigmatisme, de myopie, d’amblyopie et de strabisme. Je suis toujours surpris de voir passer les feuilles de post-examen avec des prescriptions (anonymes). C’est incroyable, certains ne voyaient presque rien. Ça permet de modifier le parcours scolaire », de dire M. Lachance.

Spécifiant au passage qu’à l’évidence l’achat d’une monture est parfois un frein, en particulier en milieu défavorisé, il rappelle que le programme d’aide gouvernementale « Mieux voir pour réussir » offre un remboursement de 250 $ tous les deux ans pour l’achat de lunettes ou de lentilles destinées aux jeunes de 18 ans et moins. Et l’examen de vue pour cette tranche d’âge est couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec depuis un demi-siècle, ce que plusieurs parents ignorent encore à ce jour, dit-il.

Sans surprise, la COVID-19 a bousculé les opérations de l’École de la vue, mais pour une courte période seulement.

« En mars 2020, il y a eu un arrêt total de nos visites dans les écoles, alors certains enfants n’ont pu bénéficier de ce service, mais on est revenu en septembre avec un programme sanitaire très solide. Comme en clinique, on a un protocole très rigoureux, nous sommes bien rodés. Il faut continuer d’aller voir les enfants pour ce premier dépistage. On parle beaucoup des choses qui ne fonctionnent pas, mais dans notre cas, les élèves peuvent continuer à bénéficier de ce programme, en pleine pandémie. C’est quand même extraordinaire. Il y a un peu de gymnastique à faire seulement quand une classe ferme », termine-t-il.

Épaulée par des scientifiques, la Fondation planche actuellement sur la production d’une émission sur l’impact des écrans sur la santé visuelle, qui sera diffusée à TVA.

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QUELQUES CHIFFRES

  • 105 optométristes en Outaouais 
  • 140 optométristes à Ottawa*
  • 27 % des enfants québécois n’ont jamais subi d’examen de la vue par un optométriste
  • 4 enfants sur cinq n’ont pas consulté un optométriste avant leur entrée à l’école
  • 40 % des 70 000 enfants dépistés par le programme École de la vue (au Québec) depuis 2019 ont été référés pour un examen complet en clinique
  • 32 % des gens affirment voir un optométriste une fois par année (39 % tous les deux ans)
  • 9 % des gens passent un examen seulement lorsqu’il y a une baisse de la vue, des yeux secs/irrités ou un besoin de changer de lunettes
  • 1 096 000 examens de la vue subits par les 65 ans et plus en 2018
  • 1,8 million de Canadiens vivent avec une vision non corrigée
  • 25 % de la population souffre de myopie et selon une étude, 4,8 milliards de personnes dans le monde seront myopes en 2050 (50 % de la population du globe)

*nombre de membres actifs de l’Association des optométristes de l’Ontario

Sources : Association des optométristes du Québec (AOQ), Fondation des maladies de l’œil, Association des optométristes de l’Ontario, Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), Essilor Canada et étude australienne parue dans la revue Ophtalmology