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Un oeil sur nos écrans
Santé
Un oeil sur nos écrans
En télétravail comme avec les études en mode virtuel depuis près d’un an, nous sommes nombreux à être rivés devant un écran et à avoir négligé notre santé visuelle. À preuve, les consultations en clinique se multiplient et les optométristes sont débordés. L’expression populaire « y tenir comme à la prunelle de ses yeux » semble avoir été oubliée pour l’important sens qu’est la vue.
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Les yeux, les négligés de la pandémie [VIDÉO]

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Les yeux, les négligés de la pandémie [VIDÉO]

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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En télétravail comme avec les études en mode virtuel depuis près d’un an, nous sommes nombreux à être rivés devant un écran et à avoir négligé notre santé visuelle. À preuve, les consultations en clinique se multiplient et les optométristes sont débordés. L’expression populaire « y tenir comme à la prunelle de ses yeux » semble avoir été oubliée pour l’important sens qu’est la vue.

Parlant en quelque sorte d’un « heureux problème » et d’un jeu de « Tetris » pour trouver des places, l’optométriste Dre Ève Boisvenue, propriétaire de deux cliniques à Gatineau et Papineauville, affirme que le téléphone ne dérougit pas et qu’à moins d’une urgence, le délai peut atteindre sept ou huit semaines pour espérer obtenir un rendez-vous pour une consultation et un examen de la vue. Elle affirme aussi que les cliniques d’optométrie n’ont jamais réussi à rattraper tout le retard accumulé à la suite de la fermeture durant le premier confinement.

« La demande est forte et les plaintes liées à l’écran sont nombreuses. Il y a la sécheresse oculaire, la vision de près ou de loin, le focus, etc. Il y en a autant chez les adultes que les ados ou les enfants. Ça revient quotidiennement, surtout qu’il y a une grosse clientèle de fonctionnaires en télétravail. Les gens utilisaient déjà l’écran, oui, mais en étant à la maison, la petite pause-café se prend devant l’ordinateur. Et l’hiver, c’est pire, surtout avec le couvre-feu, l’utilisation de ce fameux écran est encore plus grande. Avec le cellulaire, c’est un peu comme la mort, car naturellement on se rapproche et l’œil travaille plus fort. Ça exige une convergence (le mouvement des yeux vers le nez) et ça peut avoir des impacts sur l’alignement de la vision, la fatigue. Ça déphase l’image, l’œil s’allonge et peut se myopiser », dit-elle.

Optométriste depuis 2002, elle dit avoir observé que les enfants, dont le système est « plus fragile », deviennent myopes de plus en plus tôt, un phénomène qui était passablement rare au début de sa carrière. 

S’il est aussi conseillé à tous de prendre une bouffée d’air frais pour donner un répit aux yeux, il faut savoir que pour les enfants, jouer dehors permet de réduire la progression de la myopie jusqu’à 40 %, surtout pour ceux d’âge primaire. Les tout-petits qui s’amusent à l’extérieur de 40 à 90 minutes par jour sont en général moins myopes.

La Dre Boisvenue rappelle que la situation extraordinaire que l’on vit depuis mars dernier a eu pour conséquence d’augmenter considérablement notre temps d’écran, et ce, du jour au lendemain. Le hic, c’est que nos yeux ont dû encaisser le coup.

« C’est un peu comme si on est habitué de faire une course de deux kilomètres par jour et que soudainement, on passe à 24 km. Ton corps n’y est pas préparé. Oui, l’écran faisait déjà partie du train-train quotidien, mais pas à ce point, alors ça devient vraiment symptomatique. Notre œil est capable de faire un petit sprint, mais si ça perdure, il devient vraiment essoufflé », lance-t-elle.

L’optométriste Dre Ève Boisvenue est propriétaire de deux cliniques à Gatineau et Papineauville.

Il existe cependant plusieurs trucs pour bien doser le temps d’écran afin de ne pas trop fatiguer nos yeux. 

« La règle que nous avons inventée, c’est 20-20-20, pour 20 minutes d’écran et 20 secondes à regarder au loin, à 20 pieds de soi. Ça peut être aussi simple aussi que d’aller à la salle de bain, prendre un verre d’eau. Ça n’a pas besoin d’être super long, mais il faut relâcher le focus et surtout cligner des yeux, car devant un écran on peut cliquer jusqu’à cinq fois moins, tellement le cerveau est occupé à être concentré. Si on le fait, ça permet de diminuer les symptômes de yeux secs ou qui chauffent. Même s’il ne faut pas non plus démoniser l’écran, les gens ne sont pas toujours conscients des impacts », relate la spécialiste.

De son côté, la Dre Josée Martineau, optométriste à Ottawa, avoue faire des journées de travail qui s’étirent sur 10 à 14 heures.

« Il y a des patients qui appellent en détresse. On réussit à en prendre soin, mais on ne coupe aucun coin rond, alors on les voit avant ou après les patients déjà à l’horaire. Chaque patient a 30 minutes, on suit les exigences très sérieusement. En général, je vois des patients avec des problèmes plus complexes. Les yeux s’assèchent plus vite, il y a du glaucome avancé, d’autres difficultés pathologiques importantes. Il y a des cas de cellulite (orbitaire) toutes les semaines. Non seulement on conjugue avec un système qui a été arrêté durant six mois (en Ontario), mais on conjugue avec des complications qui n’existaient pas avant. Il y a plus d’infections, d’ulcères, surtout dans la population déjà compromise », lance-t-elle.

Quant à la Dre Lorraine Lemire, optométriste à Gatineau, elle avoue que les disponibilités pour les rendez-vous représentent un « casse-tête », mais demande aux gens de ne pas hésiter à consulter s’ils ont des inquiétudes. 

« Les symptômes principaux sont la fatigue visuelle et la sécheresse oculaire, mais il y a aussi beaucoup de maux de tête. Certains sont surpris qu’on leur dise ça, mais parfois ce sont des problèmes déjà existants, qui n’avaient pas été corrigés et qui là sont mis en évidence. L’écran ne va pas nécessairement créer des problèmes, il va souvent aggraver ceux qu’on avait déjà ou encore va accentuer une correction optique. Parmi les gens qui font du télétravail, beaucoup avaient toute une ergonomie avant au bureau, mais celle-ci n’est plus la même à la maison. L’écran n’est plus disposé de la même façon, l’éclairage est différent, la hauteur n’est plus la même. Tout ça déstabilise la vision, parfois ça ne prend pas une grande différence pour développer des troubles visuels », dit-elle.

Il est à noter que 75 % des pertes de vision peuvent être traitées ou évitées grâce à des soins visuels appropriés, tels qu’un examen de la vue.

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En très peu de temps, la pandémie a augmenté considérablement notre temps d’écran. Les optométristes rappellent donc l’importance de prendre soin de ses yeux.

QUELQUES RECOMMANDATIONS

  • Prendre pauses fréquentes, toutes les 20 à 30 minutes
  • Pratiquer la règle du 20-20-20 (20 minutes d’écran, 20 secondes de pause en fixant au loin à une distance de 20 pieds)
  • Sortir à l’extérieur au minimum une heure par jour
  • Éviter de travailler dans le noir devant un écran et privilégier une lumière ambiante indirecte
  • Cligner des yeux pour bien les hydrater (on cligne des yeux environ 12 fois par minute, mais plus de deux fois moins devant un écran)
  • Garder ses yeux à une certaine distance de l’appareil (distance d’un bras, soit jusqu’à 40 cm, pour le cellulaire et la tablette ; ainsi que jusqu’à un mètre pour l’ordinateur)
  • Adapter la brillance et le contraste de l’écran à l’éclairage de la pièce.
  • Limiter dans la mesure du possible à deux heures par jour le temps d’écran chez les enfants (aucun pour les 2 ans et moins) 
  • Bannir ou limiter les écrans au moins une heure avant d’aller au lit
Examen de la vue avant l’entrée à l’école: un premier dépistage crucial

Santé

Examen de la vue avant l’entrée à l’école: un premier dépistage crucial

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
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D’un côté, on estime que 80 % de l’apprentissage passe par la vision. De l’autre, quatre enfants sur cinq n’ont pas subi un examen complet de la vue avant leur entrée à la maternelle. Les deux faits sont inconciliables, mais s’avèrent pourtant la réalité.

La Fondation des maladies de l’œil en sait quelque chose, elle qui par son programme « École de la vue » a contribué à mener des tests de dépistage en milieu scolaire sur quelque 70 000 enfants québécois de quatre et cinq ans depuis 2019, l’équivalent du Stade olympique « rempli à craquer », se plaît-on à rappeler. En Outaouais, 83 écoles se sont inscrites cette année pour que les yeux de leurs élèves soient scrutés à la loupe. Dans 85 % des cas, les parents donnent leur autorisation pour cet exercice qui ne dure que quelques minutes.

Unique en Amérique du Nord, le programme consiste à ce que des optométristes aillent directement à la rencontre des élèves du préscolaire pour effectuer sans frais un test sommaire visant à détecter de possibles troubles de la vue et, le cas échéant, recommander aux parents d’aller consulter un optométriste ou un ophtalmologiste. En moyenne, croyez-le ou non, plus du tiers des enfants (37 %) sont référés vers une clinique  pour y subir un test plus poussé. 

Dans une ère où les écrans n’ont jamais autant fait partie de la vie des enfants et alors que l’école à distance s’est invitée dans le quotidien de plusieurs depuis un an, le directeur général de l’organisme, Steeve Lachance, affirme qu’il ne faut pas hésiter à être proactif et à l’affût des signes. À son avis, le sens de la vue semble être « un grand négligé », en particulier chez les plus petits, alors que son importance est cruciale. 

« Pour une raison que j’ignore, ce n’est pas nos mœurs, on dirait. Je pense que les gens n’y pensent pas. Si tu t’écrases un doigt dans une porte, tu vas avoir une réaction, car ça va faire mal. Mais dans le cas des yeux, l’enfant ne te le dira pas s’il ne voit pas bien. Il y a une croyance assez forte que l’enfant va en parler. C’est un leurre. Pourtant, c’est hyper important pour l’apprentissage. Si tu n’as pas une bonne vision, comment peux-tu faire des mathématiques, bien lire, apprendre à écrire ? Ça n’a aucun sens. Ça démontre bien l’importance du dépistage », explique-t-il, précisant que le personnel scolaire est souvent une bonne courroie de transmission pour sonner une alarme. 

Le dépistage par les optométristes est important parce que, contrairement à ce qu’on peut croire, les enfants ne reconnaissent pas toujours qu’ils ont un problème de vision.

Un automatisme

Espérant changer les comportements, il rappelle que l’examen de la vue, au même titre que la ceinture de sécurité à bord d’un véhicule ou encore les carnets de vaccin, devrait être un automatisme.

« Ça doit être sur la check-list avant d’entrer à l’école. C’est une question d’éducation, pour que les gens connaissent toutes les possibilités. C’est bien beau faire du dépistage, mais on fait aussi de la sensibilisation. Il faut faire le tour de la roue, en parler, renforcer le message, pour éviter que ce soit un coup d’épée dans l’eau. Je ne pense pas qu’un parent de bonne foi soit contre d’améliorer la santé de son enfant. Ça crée aussi une très belle base de données sur la santé visuelle des enfants. Il y a beaucoup d’hypermétropie, d’astigmatisme, de myopie, d’amblyopie et de strabisme. Je suis toujours surpris de voir passer les feuilles de post-examen avec des prescriptions (anonymes). C’est incroyable, certains ne voyaient presque rien. Ça permet de modifier le parcours scolaire », de dire M. Lachance.

Spécifiant au passage qu’à l’évidence l’achat d’une monture est parfois un frein, en particulier en milieu défavorisé, il rappelle que le programme d’aide gouvernementale « Mieux voir pour réussir » offre un remboursement de 250 $ tous les deux ans pour l’achat de lunettes ou de lentilles destinées aux jeunes de 18 ans et moins. Et l’examen de vue pour cette tranche d’âge est couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec depuis un demi-siècle, ce que plusieurs parents ignorent encore à ce jour, dit-il.

Sans surprise, la COVID-19 a bousculé les opérations de l’École de la vue, mais pour une courte période seulement.

« En mars 2020, il y a eu un arrêt total de nos visites dans les écoles, alors certains enfants n’ont pu bénéficier de ce service, mais on est revenu en septembre avec un programme sanitaire très solide. Comme en clinique, on a un protocole très rigoureux, nous sommes bien rodés. Il faut continuer d’aller voir les enfants pour ce premier dépistage. On parle beaucoup des choses qui ne fonctionnent pas, mais dans notre cas, les élèves peuvent continuer à bénéficier de ce programme, en pleine pandémie. C’est quand même extraordinaire. Il y a un peu de gymnastique à faire seulement quand une classe ferme », termine-t-il.

Épaulée par des scientifiques, la Fondation planche actuellement sur la production d’une émission sur l’impact des écrans sur la santé visuelle, qui sera diffusée à TVA.

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QUELQUES CHIFFRES

  • 105 optométristes en Outaouais 
  • 140 optométristes à Ottawa*
  • 27 % des enfants québécois n’ont jamais subi d’examen de la vue par un optométriste
  • 4 enfants sur cinq n’ont pas consulté un optométriste avant leur entrée à l’école
  • 40 % des 70 000 enfants dépistés par le programme École de la vue (au Québec) depuis 2019 ont été référés pour un examen complet en clinique
  • 32 % des gens affirment voir un optométriste une fois par année (39 % tous les deux ans)
  • 9 % des gens passent un examen seulement lorsqu’il y a une baisse de la vue, des yeux secs/irrités ou un besoin de changer de lunettes
  • 1 096 000 examens de la vue subits par les 65 ans et plus en 2018
  • 1,8 million de Canadiens vivent avec une vision non corrigée
  • 25 % de la population souffre de myopie et selon une étude, 4,8 milliards de personnes dans le monde seront myopes en 2050 (50 % de la population du globe)

*nombre de membres actifs de l’Association des optométristes de l’Ontario

Sources : Association des optométristes du Québec (AOQ), Fondation des maladies de l’œil, Association des optométristes de l’Ontario, Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), Essilor Canada et étude australienne parue dans la revue Ophtalmology