La crise est profonde au service de radio-oncologie du centre de cancérologie de l’Hôpital de Gatineau.

Un «hyperconflit» qui s’éternise

Le département de radio-oncologie de l’Hôpital de Gatineau est aux prises avec une « situation d’hyperconflit » générant notamment une « forte tension » entre les membres de l’équipe, révèle un rapport externe commandé par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

Un rapport de la firme Empreinte humaine, dont Le Droit a obtenu copie grâce à une demande d’accès à l’information, dresse un portrait peu reluisant de la situation qui prévaut au sein de l’équipe de radio-oncologie.

Les signataires du rapport daté de septembre dernier,  l’expert Jean-Pierre Brun et la consultante Evelyn Kedl, y écrivent que « le constat global est que les émotions négatives dominantes […] constituent des facteurs de risques pour la santé et l’engagement envers le travail ».

Les enjeux au cœur de cet hyperconflit « sont fortement personnalisés », rapportent les consultants en spécifiant qu’« on n’en veut pas tellement aux problèmes, on en veut aux personnes ».

Le président-directeur général adjoint du CISSSO, le Dr Daniel Tardif, note en entrevue que la situation dure « depuis longtemps », et que cela a causé le départ d’employés et de gestionnaires. « Il faut être fin si on veut garder notre monde, et tout le monde n’est pas nécessairement fin », dit-il.

Le président-directeur général adjoint du CISSSO, le Dr Daniel Tardif, note que la situation dure « depuis longtemps ».

Résultat : « la fatigue, l’épuisement, la fragilité psychologique et l’intention de quitter sont très présents », écrivent M. Brun et Mme Kedl.

Sur les 33 personnes interrogées de manière confidentielle par les consultants, 27 ont souligné que « la posture de certains médecins » est un irritant. Des membres de l’équipe ont notamment rapporté qu’un médecin « crie près de l’aire de consultation ».

« Certains médecins agissent sans tenir compte des contraintes des autres employés ou de l’établissement. Cela provoque des frustrations de part et d’autre, estiment les auteurs du rapport. […] Actuellement, l’extrême rigidité, l’intolérance face aux dysfonctionnements, les propos abrasifs, les haussements de ton de certains médecins installent immédiatement une réaction de blocage des autres employés. Ce blocage n’est pas intentionnel, il vise à se protéger face à des propos considérés exagérés et inappropriés. »

Les experts jugent donc « essentiel » que la « posture rigide » des médecins prenne fin, puisque « la responsabilité légale d’assurer un milieu de travail sain […] est clairement compromise ». « Cette responsabilité est partagée par l’établissement et par les médecins, poursuivent-ils. Ces deux parties courent un risque juridique si la situation ne s’améliore pas. »

Le Dr Tardif affirme que « l’équipe arrive quand même relativement bien, malgré certaines difficultés, à s’asseoir et à coordonner ses affaires ». « Mais actuellement, même dans les efforts qu’on fait pour résoudre le conflit parce qu’il y a des recommandations qui ont été faites, la participation médicale n’est pas là actuellement », ajoute-t-il.

Le Dr Tardif rapporte qu’« il y a même des sorties colériques devant les patients », ce qu’il juge « inacceptable ». « On ne veut pas ameuter la population, souligne-t-il. […] On traite bien notre monde, on a de bons professionnels, on a de bons médecins, mais on ne peut pas travailler dans ce type de climat-là. »

Le CISSSO travaille donc à régler cette situation, affirme le Dr Tardif, puisque « cette notion-là de conflit […], elle est sur les murs, elle est dans la culture, et ça vient teinter des perceptions, des choix, des demandes, des façons de présenter, de percevoir et de fonctionner ».