Des chercheurs de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa ont mis au point le premier gel à base de protéines humaines pour réparer les lésions cardiaques causées par une crise cardiaque.

Un gel pour réparer les lésions cardiaques

MONTRÉAL — Des chercheurs de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa (ICUO) ont mis au point le premier gel à base de protéines humaines pour réparer les lésions cardiaques causées par une crise cardiaque.

Ce gel fait de collagène recombinant d’origine humaine représenterait une « avancée sans précédent » vers l’objectif de réparer les lésions cardiaques causées par une crise cardiaque.

La découverte est présentée dans une étude publiée vendredi matin par Nature Communications et dont les chercheurs Emilio Alarcon et Erik Suuronen sont les auteurs principaux.

« La particularité importante du gel est que ce sont des protéines humaines, mais qui ne sont pas d’origine humaine, a expliqué le docteur Marc Ruel, chef de la Division de chirurgie cardiaque de l’ICUO et un autre des auteurs de l’article. On a réussi à faire une espèce de composition où on a du collagène humain, et avec d’autres particularités chimiques, on fait comme rétablir la santé de la matrice extracellulaire après un infarctus. »

L’article décrit les résultats des expériences in vivo effectuées avec le gel chez des souris. Des évaluations fonctionnelles, histologiques et moléculaires ont été réalisées après une série d’essais randomisés à l’aveugle.

Réparation naturelle

Cette percée survient après 17 ans de travaux. Après avoir tout d’abord essayé d’utiliser des protéines et des cellules souches pour réparer le myocarde, les chercheurs se sont demandé pourquoi ils n’essaieraient pas « d’augmenter la réponse endogène du cœur », a dit le docteur Ruel.

« On a tous une espèce de réparation régénératrice, mais elle est très, très limitée, a-t-il expliqué. On n’a pas la capacité de régénérer notre myocarde, mais avec ces protéines-là qu’on injecte, on a vu qu’on peut multiplier la capacité endogène à être capable de régénérer le myocarde. »

L’injection du gel dans les tissus cardiaques endommagés semble donc stimuler la réparation naturelle du cœur. Elle semble atténuer l’épaississement de la paroi du cœur et la formation de tissu cicatriciel, en plus de rétablir les propriétés mécaniques du muscle cardiaque endommagé, a expliqué M. Alarcon par voie de communiqué.

« On injecte une matrice extracellulaire qui renforce le tissu et aussi qui permet à des cellules souches qui viennent de notre propre corps de venir habiter et de refaire la composante cellulaire de la partie (endommagée), a dit le docteur Ruel. Les cellules du myocarde, les cellules du cœur, sont augmentées après une injection. Mais aussi les cellules régénératrices, les macrophages M2, ont été augmentées dans le groupe d’intervention à qui le produit a été injecté. »

Les macrophages M2 jouent notamment un rôle de premier plan quand vient le temps pour la salamandre de mer de faire repousser un membre perdu.

Le gel pourrait un jour permettre de rétablir la fonction cardiaque et prévenir l’insuffisance cardiaque chez l’humain.

Limiter les dégâts

Le gel pourrait également limiter l’étendue des dommages et rétablir une partie de la fonction cardiaque qui a été perdue, ce qui pourrait avoir un impact majeur sur la qualité de vie des survivants à un infarctus.

« Le traitement idéal pour un infarctus du myocarde c’est de rouvrir l’artère qui a causé le blocage, a expliqué le docteur Ruel. Ça se fait chez entre 60 et 80 pour cent des malades, dépendamment si quelqu’un vit au centre-ville de Montréal ou dans le nord du Manitoba. Il y a de grosses différences géographiques, et malheureusement c’est la réalité. »

Mais même dans les grands centres urbains, poursuit-il, il y a encore une « proportion impressionnante » des patients qui se présentent à l’hôpital à deux doigts de la mort après un infarctus. Il s’agira souvent de jeunes patients qui ont tendance à ne pas reconnaître leurs symptômes et qui arrivent donc « trop tard » après leur crise cardiaque.

« Il faut parfois mettre ces patients-là sous cœur artificiel, sur une machine cœur-poumons pour essayer de les garder en vie, et par la suite nous n’avons pas toujours des solutions thérapeutiques qui fonctionnent bien, même en 2020, a dit le docteur Ruel. Donc d’avoir une solution biologique, par exemple pour quelqu’un qui arriverait plusieurs jours après un infarctus, ce serait très, très avantageux. »

Les premiers essais cliniques du gel chez les humains pourraient survenir dans quatre ou cinq ans.