Des analyses toxicologiques ont décelé « la présence de Fentanyl (toxique) [et] de morphine », mais aussi de la méthamphétamine, un anti-inflammatoire, un relaxant musculaire, un anxiolytique, un décongestionnant et des antidouleurs, dans le corps de l'homme.

Un cocktail d’opioïdes soulève des questions

Un coroner recommande au Collège des médecins du Québec (CMQ) de « revoir l’approche clinique et thérapeutique » du médecin ayant prescrit de puissants narcotiques à un Gatinois qui était déjà aux prises avec un problème de dépendance aux opiacés.

Dans un rapport d’investigation signé l’été dernier, le coroner Paul G. Dionne se penche sur le décès d’un homme de 32 ans retrouvé inerte dans son lit par une colocataire, en septembre 2017, à Gatineau. Le 911 est signalé, mais dès l’arrivée des secours, des signes laissent supposer une mort remontant à « quelques jours ». Le décès de l’homme sera constaté à l’hôpital.

L’autopsie a permis de relever des « sites d’injection aux plis des coudes », tandis que les analyses toxicologiques ont décelé « la présence de Fentanyl (toxique) [et] de morphine », mais aussi de la méthamphétamine, un anti-inflammatoire, un relaxant musculaire, un anxiolytique, un décongestionnant et des antidouleurs. « À noter qu’à l’exception de la méthamphétamine, tous les produits retrouvés dans le sang [...] étaient prescrits », écrit le Dr Dionne dans son rapport.

Le coroner souligne que « depuis au moins 2012 », le défunt était « connu des services psychiatriques pour dépendance aux opiacés et toxicomanie ». Il vivait également une « dépression majeure ».

Après « quelques hospitalisations », des tentatives ont été faites, sans succès, pour que le trentenaire suive des programmes de désintoxication et une psychothérapie.

« La médication depuis un an et demi est contrôlée par le pharmacien, donnée à quelques jours d’intervalle, relate le Dr Dionne. [Monsieur] a toutes sortes de prétextes pour tenter d’accélérer le renouvellement de sa médication. »

En juin 2017, alors qu’il est « sous médication d’hydromorphe-Contin 24 mg/jour », le patient s’est plaint d’importantes douleurs au dos et « de son syndrome de douleurs chroniques ». Sa médication est alors « modifiée pour Dilaudid (64 mg/jour) et Fentanyl (50 mg/jour) aux trois jours ».

Le Dr Dionne souligne que le défunt n’était « pas un patient facile ». « Il m’apparaît toutefois que la médication aurait pu possiblement être mieux adaptée dans un contexte de dépression majeure et de dépendance connue, écrit le coroner. Je ne retrouve pas dans le dossier médical soumis d’évaluation de la douleur ou d’efforts pour sevrer progressivement [monsieur] de sa médication. Le pharmacien semble avoir fait des efforts par les discussions avec [monsieur] qui aurait été informé de diminuer la médication prescrite. »

Le coroner a conclu que le Gatinois de 32 ans « est décédé de polyintoxication médicamenteuse et à l’effet toxique au Fentanyl » et qu’il s’agit d’un décès « accidentel ».

Le Dr Dionne recommande ainsi au CMQ « de revoir l’approche clinique et thérapeutique du médecin traitant » dans ce dossier.

Ironie du sort, quelques jours après le décès de ce Gatinois, le gouvernement du Québec a annoncé que le CMQ obtenait l’accès aux bases de données de la Régie de l’assurance maladie du Québec et du ministère de la Santé sur la prescription d’opioïdes.

« Depuis plusieurs années, le Collège réclamait l’accès à l’ensemble des données nominatives reflétant les pratiques professionnelles des médecins en ce qui a trait aux prescriptions des opioïdes, avait souligné dans un communiqué le président de l’époque du CMQ, le Dr Charles Bernard. Ce programme de surveillance en temps réel permettra enfin au Collège d’intervenir en amont auprès des médecins qui présentent un profil déviant de prescription de narcotiques. »