Le Dr Champvillard, qui travaille à l'urgence de l'hôpital de Wakefield, estime qu'il faut attendre de deux à trois ans entre l'idée de venir au QUébec et le premier jour de pratique.

Un changement qui en vaut le coup

Ça prend beaucoup de temps, beaucoup de «pognon», et beaucoup de motivation. Mais ceux qui osent et persévèrent estiment que ça en vaut le coup.
Les médecins français rencontrés par Le Droit affirment qu'ils ne s'attendaient pas à frapper un mur administratif si imposant lorsqu'ils ont entamé les premières démarches pour s'établir au Canada.
«Il y a un paradoxe, lance le Dr Arnaud Desbordes. Il y a une demande pour des médecins, il y a un besoin qu'on vienne, [...] et en contrepartie, on n'a tellement pas d'aide d'un point de vue administratif, et encore moins au niveau de l'immigration. On ne demande pas du favoritisme, mais on demande peut-être juste d'être un petit peu plus aidés et orientés. [...] C'est une succession de petites galères qui, à l'arrivée, devient une montagne.»
Le Dr Jérôme Champvillard, qui travaille à l'urgence de l'hôpital de Wakefield, confie qu'il faut s'attendre à un délai de «deux à trois ans» entre l'idée de venir au Québec et le premier jour de pratique. Sa conjointe, la Dre Sylvie Rousselot, a quant à elle connu des délais pour cause de «dossier perdu», mais pourra commencer à travailler en janvier, à la mini-urgence pédiatrique de Gatineau.
Il faut donc avoir les reins solides financièrement, puisqu'il faut aussi compter trois mois de stage non rémunéré. 
«On a vécu neuf mois sans salaire, raconte la Dre Delphine Mallein, venue de Lyon avec son mari et leurs deux filles. Et le conjoint ne peut pas travailler tant qu'on n'a pas notre permis.»
Le stage obligatoire leur permet de se familiariser avec le système de santé en place ici, ou à des éléments comme les noms des médicaments, qui diffèrent beaucoup.
Il y a également la langue qui vient jouer des tours pendant les premiers mois. 
«Au début, j'avais l'impression que les gens parlaient une autre langue», confie la Dre Mallein, débarquée de Lyon pour travailler à Saint-André-Avellin. «Et il y a les expressions», ajoute la Dre Sylvie Rousselot.
Les enfants doivent aussi s'adapter à leur nouvelle vie. Certains auraient sans hésiter repris l'avion pour retourner chez eux. 
Pour le couple composé du Dr Champvillard et de la Dre Rousselot, l'adaptation des enfants - 12, 14, 16 et 18 ans à leur arrivée - a été «un souci», confie la mère. 
Pour d'autres, le changement de vie s'est fait de manière très fluide. 
Le Canadien de Montréal a d'ailleurs déjà gagné le coeur d'un jeune immigrant.
«Les deux systèmes ont du bon»
La loi 20 du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne fait pas trop peur aux médecins français.
Pour le Dr Arnaud Desbordes, qui pratique à Saint-André-Avellin, le plan de match du ministre «apparaît toujours plus séduisant que ce qu'on avait en France en suivant 1800 patients». «Les exigences de la loi 20, on ne les vit pas de la même manière», renchérit la Dre Clémentine Buyoya.
Pour les médecins expatriés, la pratique dans la Belle Province se révèle attrayante pour diverses raisons. En oeuvrant dans divers types d'établissements, ils s'exposent notamment à une diversité qu'ils n'avaient pas en France.
«On a aussi l'impression de faire de la médecine plus adéquate, affirme le Dr Desbordes. On a vraiment l'impression de jouer notre rôle de médecin à sa juste valeur, au lieu de répondre à de l'impatience ou à des demandes non justifiées comme en France, où les gens sont encore sur un mode de fonctionnement de luxe de médecine immédiate. [...] J'ai fait de la médecine de famille rapide, comme peut-être aimerait sans doute le ministre ici, je n'en sais rien. Je voyais entre 30 et 40 patients par jour, j'ai fait ça pendant 15 ans et ça m'a saturé, dégoûté de mon métier. [...] Ici, c'est un réel confort d'avoir une pratique en CLSC, où si je dois passer une heure avec un patient, je passe une heure avec lui.»
Établi au Québec depuis plus de quatre ans, le Dr Nicolas Gillot estime qu'à certains égards, «la France a 20 ans de retard sur ce qui s'est fait au Québec». 
«Par contre, le danger c'est que la France prenne les mauvais tournants qu'a pris le Québec, et à trop vouloir faire comme le Québec, on risque de reproduire les mêmes erreurs, dit-il. [...] Les deux systèmes ont du bon, mais il ne faut pas commettre l'erreur de prendre les mauvais côtés de chaque système.»