Le soir du 23 février, Air Transat a exigé que Lila, 20 mois, qui toussait et avait de la fièvre, sorte de l’appareil qui se préparait à décoller de Québec pour Paris.

Un bébé fiévreux expulsé d’un vol Québec-Paris d’Air Transat

Le soir du 23 février, Clémentine Ferraton, son conjoint et leurs trois filles de 20 mois, 6 ans et 8 ans, s’apprêtaient à partir deux semaines en France, sur le vol Québec-Paris opéré par Air Transat. Comme beaucoup de familles, ils profitaient de la semaine de relâche pour voyager.

Mais une fois dans l’avion, les vacances ont viré au cauchemar. Air Transat a exigé que Lila, 20 mois, qui toussait et avait de la fièvre, sorte de l’appareil. «[…] Son état comportait un risque potentiel important pour les passagers et l’équipage en vol», a expliqué à La Presse une porte-parole d’Air Transat, Debbie Cabana.

Sous les pleurs de l’aînée de 8 ans, c’est toute la famille qui a quitté l’avion. Air Transat ne rembourse pas les billets et ne procède à aucun échange. La famille a donc dû faire une croix sur ses vacances. Après l’entrevue de la famille à Radio-Canada, Air Transat a annoncé qu’elle va finalement rembourser leurs billets.

«Même si notre fille n’allait pas si mal que ça, on a quand même vu un médecin le matin même du départ. Elle nous a dit qu’on pouvait voyager et nous a donné des antibiotiques au cas où son état se dégraderait dans les prochains jours», explique Clémentine Ferraton, jointe par téléphone à Québec.

Des passagers se seraient plaints de la toux de sa fille, raconte-t-elle. Le personnel à bord lui a ensuite demandé une lettre du médecin attestant que son enfant pouvait voyager. «Je n’ai jamais pensé à en demander une!» s’exclame Mme Ferraton.

Avis aux parents : «Le seul cas où un passager, présentant des signes flagrants d’une maladie contagieuse [comme une toux persistante], pourrait être accepté à bord, serait lorsque celui-ci fournit la documentation appropriée, remplie par un médecin qualifié. Ce document devrait certifier que le passager n’est plus en phase contagieuse de la maladie et qu’il peut voler sans mettre en danger la santé des passagers ou de l’équipage», explique Debbie Cabana. Or, ce règlement n’apparaît pas sur le site d’Air Transat.

Air Transat «suit les recommandations de l’Association internationale du transport aérien et de l’Organisation de l’aviation civile internationale dans ce type de situation», souligne-t-elle.

Dans l’avion, à la demande du personnel, un médecin parmi les passagers a examiné la fillette. «Le docteur a dit qu’elle avait de la fièvre, mais qu’elle allait bien. Il n’était pas inquiet», mentionne Clémentine Ferraton.

Du côté d’Air Transat, on indique que «le médecin qui était à bord de l’avion a confirmé les symptômes suivants : toux et température excédant 38 °C (39,6 °C). Comme l’exige notre protocole, l’information a été transférée à MedLink, qui possède l’expertise requise en aviation pour déterminer si le passager peut voyager ou non.» MedLink, un service de télémédecine d’urgence basé au Texas, a estimé que le risque de contagion était trop élevé pour la santé des passagers et de l’équipage.

Une psychose liée au coronavirus?

Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue, médecin responsable de la prévention et du contrôle des infections au CHU Sainte-Justine, est surprise d’entendre parler d’un tel règlement dans les avions. Surtout à cette période de l’année où les virus sont omniprésents, et particulièrement cet hiver, note-t-elle.

Assistons-nous à une panique au Québec à cause du coronavirus, même s’il n’y a pas de cas pour l’instant dans la province? «C’est clair!» réplique-t-elle. «Les gens vont avoir beaucoup plus de réticence à laisser passer quelqu’un avec de la fièvre, que juste durant la saison de la grippe habituelle. On est dans une période où il va commencer à y avoir de la transmission du coronavirus un peu partout et tu ne veux pas être le premier à avoir dit : “Oui, je le laisse monter en vol.”»

Chez Air Transat, on affirme que le protocole est rigoureusement respecté en tout temps.