En cette année électorale, les chirurgiens et anesthésistes de l’Hôpital de Hull espèrent voir un changement quant à l’offre de service en médecine spécialisée en Outaouais.

Sortie en bloc des chirurgiens et anesthésistes

« Est-il normal d’avoir à choisir entre opérer un cancer ou un poignet cassé qui attend à la maison depuis plusieurs jours ? » Dans une lettre dont Le Droit a obtenu copie, les chirurgiens et anesthésistes de l’Hôpital de Hull répondent à cette question par la négative, tout en rappelant au gouvernement libéral et à la députée Maryse Gaudreault que les nombreuses histoires d’horreur rapportées dans les médias, sur la situation régionale en santé, ne sont plus des exceptions.

Cette lettre, publiée dans nos pages et sur nos plateformes numériques, vendredi, est une réponse à l’entrevue accordée par la députée de Hull à Radio-Canada Ottawa-Gatineau, le 29 juillet dernier.

Les chefs de services de chirurgies et du département d’anesthésiologie de Hull, qui disent faire cette sortie avec l’appui de leurs collègues de l’hôpital de Gatineau, font également référence à deux articles du Droit sur la situation critique dans les blocs opératoires, parus cet hiver.

En entrevue à la société d’État, le 29 juillet, la députée Gaudreault a déploré qu’un patient, Jean-Pierre Martel, ait dû rester à jeun pendant plusieurs heures, dans chacun des six jours d’attente avant d’être opéré au bras gauche.

« Les chirurgiens et anesthésistes de l’Hôpital de Hull sont bien contents de trouver enfin une oreille attentive dans la députation régionale, écrivent les spécialistes, dans leur lettre ouverte. Alors que dans votre entrevue, vous vous insurgez du délai chirurgical de M. Martel, nous vous informons que cette situation déplorable n’est malheureusement pas exceptionnelle, qu’elle est l’effet direct du manque chronique de temps opératoire et d’accès aux plateaux techniques en Outaouais. (...)»

Citant un article du Droit du 14 février, les chirurgiens et anesthésistes rappellent que l’Outaouais, comparativement aux autres régions du Québec, « fait figure de parent pauvre en médecine spécialisée, particulièrement en ce qui a trait à l’accès aux blocs opératoires ».


« Il est particulièrement difficile de gérer quand on est toujours sur la corde raide, sans possibilité de tampon. »
Les chirurgiens et anesthésistes de l’Hôpital de Hull

Répondant à la question portant sur le choix d’opérer pour un cancer ou un poignet cassé, les spécialistes sont d’avis qu’une telle situation deviendrait exceptionnelle « si on avait le nombre de salles d’opérations nécessaires pour suffire aux besoins de notre population ».

Été comme hiver, le manque de salles « se traduit aussi par le manque de personnel qui doit se répartir les tâches de garde le soir, la nuit, les fins de semaine et les jours fériés ».

Cette situation, selon les spécialistes, alourdit la tâche des infirmières, préposés et inhalothérapeutes.

« Il est particulièrement difficile de gérer quand on est toujours sur la corde raide, sans possibilité de tampon, qu’il n’y a plus d’élasticité dans le système. On peine même présentement à remplacer les maladies ponctuelles. »

Révision des critères

Mme Gaudreault a affirmé plus tôt, cette semaine, que des cas comme ceux qui ont été vécus ces derniers jours devaient faire l’objet d’une révision des critères de priorisation d’un patient.

« Finalement, Mme Gaudreault, il est désolant de voir que ça prend une situation comme celle-là pour enfin être entendu. Peut-être que la triste réalité qu’a vécue M. Martel se traduira par une volonté politique réelle d’amélioration de l’offre de service en médecine spécialisée en Outaouais… On demeure optimiste de voir un changement dans un avenir rapproché. En cette année électorale, nous espérons que la population saura enfin se mobiliser face à leurs élus afin d’obtenir les soins médicaux auxquels elle a droit et que les candidats sauront prendre des engagements clairs à cet effet. »

Lors d’un court entretien téléphonique avec Le Droit, le docteur Patrice Nault, du département de chirurgie vasculaire de l’Hôpital de Hull, a indiqué qu’il n’y avait pas de « chicane avec l’administrateur ».

« Mais avec notre budget, dit-il, on ne peut plus faire de miracles. »