Deux patients ont dû être transférés à Montréal, faute de place dans les autres hôpitaux de l'Outaouais.
Deux patients ont dû être transférés à Montréal, faute de place dans les autres hôpitaux de l'Outaouais.

Soins intensifs: un bris de service à durée indéterminée à l'Hôpital de Gatineau

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Alors que le bris de service aux soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau a forcé le transfert de patients à Montréal, les dirigeants du réseau de la santé de l'Outaouais ignorent encore à quel moment la crise prendra fin, se contentant de dire que ce sera «dans les meilleurs délais». En plus de chercher des ressources dans son propre bassin de main-d'oeuvre, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) tente d'obtenir des renforts en provenance d'ailleurs au Québec.

La présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion, et le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe, ont fait le point lundi après-midi sur les problèmes vécus à l'unité des soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau, où les services ont été interrompus dans la nuit de samedi à dimanche.

Un des patients qui ont dû être transférés en raison du bris de service aux soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau a été envoyé à l'Hôpital de Papineau. Un autre a pris le chemin de l'Hôpital de Maniwaki. Les deux derniers ont été transférés à Montréal, faute de place dans les autres unités de soins intensifs de l'Outaouais. Une situation qui n'est «pas normale», a admis M. Lacombe.

«C'est préoccupant, a lancé le ministre devant son bureau de Saint-André-Avellin. […] Je sais que les gens se posent des questions et je les comprends, ces questions-là.»

Mme Filion a indiqué que sur les 15 postes d'infirmières au sein de l'unité, il y a présentement neuf absences, dont certaines qui étaient «inattendues». Tous les postes sont pourvus, mais il y a des absences maladie et des congés parentaux, a souligné M. Lacombe.

Le Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO)a indiqué que le bris de service est survenu alors qu'un départ en invalidité est survenu vendredi, jour où un sit-in est survenu aux soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau en raison d'un manque de personnel pour entamer le quart de travail de jour.

Avant le bris de service, le personnel infirmier de l'unité a été confronté à des heures supplémentaires obligatoires.

«Une infirmière de vendredi soir a été en temps supplémentaire obligatoire (TSO) pour le quart de nuit, une de nuit a été en TSO pour le jour et une de jour a été en TSO pour le soir, raconte le président du SPSO, Patrick Guay. Elles ont toutes fait des 16 heures, dont une 19 heures [en raison d'un transfert vers Montréal].»

La présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion, et le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe

En quête de solutions

Le CISSSO n'a toutefois pas de solution miracle pour en arriver à rouvrir les quatre lits de soins intensifs de l'Hôpital de Gatineau.

Le bassin d'infirmières détenant la formation nécessaire pour travailler dans une telle unité est limité en Outaouais. C'est sans compter qu'en raison de la pandémie,«deux infirmières [formées] sont assignées à chaque quart de travail» pour le centre désigné COVID-19 de l'Hôpital de Hull.

Tout en soulignant que les décisions de procéder à un bris de service ne sont jamais prises «de gaité de coeur», Josée Filion assure que le CISSSO «travaille très fort» pour rétablir le service. «On le sait que des soins intensifs, c'est essentiel dans une région comme la nôtre», a-t-elle mentionné.

À moyen terme, l'organisation veut former un nouveau bassin d'infirmières capables de travailler aux soins intensifs. À plus court terme, le CISSSO tente de voir si les quelque neuf infirmières travaillant ailleurs dans le réseau régional et détenant la formation nécessaire peuvent être appelées en renfort, le tout bien sûr en évaluant quel serait l'impact dans les milieux qu'elles quitteraient temporairement.

«On a fait aussi un appel aux collègues au niveau de la province du Québec pour voir s'il y a des gens qui sont disponibles à venir prêter main-forte», a ajouté Mme Filion. […] Nous rouvrirons le service dans les meilleurs délais.»


« Les solutions de l'employeur et celles du syndicat sont parfois opposées, alors on espère être consultés. »
Patrick Guay

Dans les urgences

Il n'y a pas qu'aux soins intensifs où la pénurie de personnel en soins infirmiers se fait sentir. La situation est également précaire à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, où deux sit-in ont eu lieu à la fin de la semaine dernière. Mme Filion a fait savoir que les hauts taux d'occupation observés au cours des derniers jours aux urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau entre autres d'un accès aux lits qui «est difficile» sur les étages, en raison de la présence de nombreux patients en attente d'une place dans une ressource mieux adaptée à leurs besoins. Pour l'Hôpital de Gatineau seulement, «une trentaine» de patients occupent des lits sans avoir besoin d'être en milieu hospitalier, ce qui freine l'admission des patients de l'urgence sur les unités de soins.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay, estime que dans ce contexte, le CISSSO n'est vraiment «pas prête» à affronter une deuxième vague de COVID-19 et réclame des actions gouvernementales pour atténuer rapidement la pénurie de main-d'oeuvre.

Dans une déclaration écrite fournie dimanche, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a notamment souligné que «les travaux se poursuivent afin de mettre en place des mesures incitatives pour recruter du personnel dans la région». Le ministre Lacombe a réitéré lundi que la Coalition avenir Québec (CAQ) respectera sa promesse d'allouer de nouvelles primes aux infirmières de la région, tout en restant évasif quant au moment où cela se concrétisera. «Il y a des discussions actuellement avec Québec pour voir comment ça va atterrir, mais c'est un engagement qu'on va respecter d'ici la fin du mandat», a-t-il simplement mentionné.