Le Dr Nicolas Gillot souligne que les quarts de travail ont dû être réduits de sept médecins par 24 heures à cinq médecins par 24 heures.

«Situation critique» dans les urgences du CISSSO

Le départ d’une dizaine de médecins place les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau dans une « situation critique » nécessitant la réduction des quarts de travail des urgentologues, ce qui n’aide en rien les délais de prise en charge des patients, a appris Le Droit.

Une note de service acheminée le 27 avril dernier à l’ensemble du corps médical des hôpitaux de Hull et de Gatineau par le directeur adjoint des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, le Dr Nicolas Gillot, laisse peu de doute sur la sévérité de la situation qui prévaut actuellement dans les urgences de ces établissements.

La missive, dont Le Droit a obtenu copie, fait état d’une « situation critique » découlant des départs — définitifs ou en congé de maternité — de dix médecins à temps plein, ce qui représente « plus qu’un tiers des effectifs » selon ce qu’écrit le Dr Gillot. À cela s’ajoute un départ sans date de retour déterminée, un congé de maternité prévu d’ici la fin de l’été et « des difficultés » de recrutement, tant à court qu’à moyen terme.

La note de service précise que différentes mesures ont été mises en place, comme la réorientation des cas moins prioritaires vers d’autres ressources et le « soutien ponctuel » de médecins qui ne travaillent généralement pas à l’urgence. « Malgré » ces mesures, les contrecoups du manque d’effectifs se font sentir.

Le Dr Gillot souligne que les quarts de travail ont dû être réduits de sept médecins par 24 heures à cinq médecins par 24 heures, de sorte qu’un « allongement des délais de prise en charge médicale » a été observé.

Les taux d’occupation enregistrés ces derniers jours dans les salles d’urgence de Hull et de Gatineau sont révélateurs. En début d’après-midi, mardi, 44 patients étaient alités à l’urgence de Hull, alors que la capacité normale de l’urgence est de 25 civières. Cela représente un taux d’occupation de 176 %. Du côté de l’urgence de Gatineau, ce taux atteignait 171 %, avec 48 patients sur civière pour une capacité normale de 28.

Au total, dans ces deux urgences, on comptait 24 patients sur civière depuis plus de 24 heures, dont dix depuis plus de 48 heures. La cible ministérielle pour la durée moyenne de séjour sur civière aux urgences est de 12 heures.

Pour le « bénéfice des patients », la direction des services professionnels du CISSSO demande donc aux médecins de « favoriser les transferts directs aux médecins des étages » des patients vus en consultation externe qui doivent être admis sur une unité de soins aux étages. Le Dr Gillot invite aussi les médecins à communiquer avec des responsables de l’admission pour les aider à trouver « un médecin admetteur » afin d’accélérer l’arrivée des patients aux étages.

L’année 2018 ne laisse donc pas beaucoup de repos au personnel des urgences de Hull et de Gatineau. Les premiers mois de l’année ont en effet été marqués par une activité grippale élevée dans la région, ce qui a causé un engorgement accru. Le CISSSO avait dû mettre en place des « mesures exceptionnelles » pour tenter de réduire la pression sur ses urgences et sur le personnel qui y œuvre.

Les efforts se poursuivent

Le recrutement d’urgentologues n’est pas une tâche facile dans le contexte où le réseau de la santé concentre beaucoup d’énergie à renforcer la prise en charge de patients orphelins par des médecins de famille.

Directeur adjoint des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), le Dr Nicolas Gillot, a indiqué au Droit que le départ de certains urgentologues des hôpitaux de Hull et de Gatineau découle du besoin d’accroître le nombre de patients inscrits auprès d’un médecin de famille. Des omnipraticiens œuvrant à l’urgence ont ainsi opté pour une pratique en cabinet. Certains se sont tournés vers la superclinique MédiGo, qui reçoit entre autres des cas moins prioritaires référés par l’urgence, a fait savoir le Dr Gillot.

À l’heure actuelle, la couverture médicale des urgences de Hull et de Gatineau est donc assumée par deux médecins le jour, deux autres le soir et un la nuit. Auparavant, il y avait aussi un médecin coordonnateur, de même qu’un urgentologue attitré aux patients ambulatoires, ceux qui n’occupent pas de civière.

Le CISSSO continue ses efforts de recrutement pour dénicher de nouveaux urgentologues. Mais les départs ne feront pas nécessairement tous l’objet d’un remplacement, précise le Dr Gillot. Une réévaluation doit d’abord se faire en fonction des nouvelles mesures mises en place pour diriger certains patients ailleurs qu’à l’urgence.

Des travaux ont en effet été amorcés l’an dernier pour référer les cas non prioritaires vers les groupes de médecine familiale (GMF), la superclinique ou l’urgence pédiatrique.

À cela s’ajoute une nouvelle façon de faire visant à éliminer une étape dans l’admission de certains patients aux étages. «On ne veut pas donner de surcharge aux médecins urgentologues, alors s’il y a des patients vus en clinique externe ou dans un GMF qui doivent être admis, on essaye de favoriser la prise en charge directement par les médecins aux étages [pour éviter un passage à l’urgence]», explique le Dr Gillot, qui convient que cela nécessite «un changement de culture» à l’interne.