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Dans le contexte pandémique actuel, la Dre Gagnon a adapté une formation sur les NIM pour aider les médecins et les autres professionnels de la santé à savoir comment « aborder le sujet avec les patients ».
Dans le contexte pandémique actuel, la Dre Gagnon a adapté une formation sur les NIM pour aider les médecins et les autres professionnels de la santé à savoir comment « aborder le sujet avec les patients ».

Se préparer à un sombre pronostic

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
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Au bout de la vie, la mort est inéluctable. Mais chaque être humain devrait prendre le temps de penser à l’intensité des soins qu’il souhaite recevoir si un sombre pronostic se dresse devant lui, plaident des médecins. Une telle réflexion peut permettre d’éviter des souffrances non désirées, tandis que dans un contexte de pandémie, elle peut aussi enlever une lourde pression des épaules des équipes soignantes si elles en viennent à devoir déterminer qui pourra avoir accès aux soins intensifs.

Au sein même de la communauté médicale, ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise d’aborder avec les patients la question des « niveaux d’intervention médicale » — les NIM dans le jargon du milieu — en cas de dégradation sévère de l’état de santé.

Il s’agit pourtant d’un outil fort utile non seulement pour les équipes soignantes, mais aussi pour les patients et leurs proches, souligne la Dre Isabelle Gagnon, chef de service de médecine générale et de soins palliatifs à l’Hôpital de Gatineau.

Dans le contexte pandémique actuel, la Dre Gagnon a adapté une formation sur les NIM pour aider les médecins et les autres professionnels de la santé à savoir comment « aborder le sujet avec les patients ». Des centaines de professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) l’ont déjà suivie, tandis que plusieurs autres de leurs collègues d’ailleurs en province y ont aussi eu accès l’automne dernier.

Impliquer les proches

Alors que le sujet est bien souvent tabou, la Dre Gagnon recommande à tout le monde d’y penser avant d’être confronté à une situation critique et d’en discuter avec leurs proches, puisque le formulaire de NIM n’a pas de force légale.

« Personnellement, je l’encourage tout le temps, parce que je pense que c’est un beau cadeau à faire », dit-elle en précisant que bien souvent, les personnes âgées songent d’abord à laisser l’ultime décision à leurs proches, de peur de représenter « du trouble » à gérer. « Mais je leur explique qu’au contraire, c’est beaucoup de trouble de passer la patate chaude à quelqu’un d’autre, donc je les invite à en discuter. »


« Nous, on a l’expertise scientifique, mais le patient, il a son expertise de ce qu’il veut pour lui et il n’y a que lui qui peut nous répondre »
Dr Nicolas Gillot

En impliquant les proches dans le processus, ça leur « enlève beaucoup de pression », note la Dre Gagnon. Ils peuvent ainsi transmettre les volontés de l’être cher au lieu de devoir prendre eux-mêmes une décision déchirante sans savoir ce qui est souhaité.

Une telle approche permet aussi aux proches de « comprendre les enjeux », renchérit le Dr Nicolas Gillot, directeur des services professionnels et de la pertinence clinique au CISSSO.

Ce dernier précise que « si on sait ce que le patient veut, on va lui éviter des souffrances inutiles, on va lui éviter des soins inutiles,on va éviter de prolonger une agonie potentielle ». « De ne pas faire une intubation, ça peut être, aussi, donner les soins dont [un patient] a besoin », ajoute-t-il en expliquant que la procédure d’intubation, « ça reste souffrant pour le corps ».

La Dre Gagnon note qu’une fois rempli, le formulaire de NIM n’est pas une finalité. Il peut être revu au gré de l’évolution de la santé et du pronostic auquel un patient est confronté.

Même si la question est abordée auprès des patients qui arrivent au sein d’une unité COVID-19, il importe de faire les discussions en amont, dit la Dre Gagnon, particulièrement pour les personnes vulnérables. « Idéalement, on essaye d’en parler avant, parce que c’est sûr que si on demande à quelqu’un qui étouffe “voulez-vous qu’on vous aide à respirer ?”, c’est sûr qu’il ne va pas dire non », illustre-t-elle.

Le choix du patient

La réflexion sur le niveau d’intervention souhaité par un patient rend aussi service aux médecins, souligne le Dr Gillot. « Nous, on a l’expertise scientifique, mais le patient, il a son expertise de ce qu’il veut pour lui et il n’y a que lui qui peut nous répondre, explique-t-il. Un patient, si on sait qu’il va décéder quoi qu’on fasse, peut-être que l’agressivité thérapeutique, c’est une forme d’acharnement et ce n’est peut-être pas un cadeau à offrir à ce patient-là. »

Le Dr Nicolas Gillot

À l’heure actuelle, dans la région, tous les patients atteints de la COVID-19 qui avaient besoin d’une intubation ont pu y avoir accès. « Il n’y a pas d’enjeu là, assure le Dr Gillot. Par contre, les gens, si on prend le temps de leur en parler, souvent ils savent ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas. Les gens n’ont pas nécessairement peur de mourir, ils ont peur de souffrir en mourant. Et si on sait ce qu’ils veulent, on peut les accompagner comme il faut. »

La Dre Gagnon souligne qu’une étude américaine réalisée il y a quelques années a démontré que 50 % des gens qui ne voulaient pas être réanimés « n’en avaient jamais parlé à personne ou ne l’avaient jamais écrit quelque part ». Si chaque patient fait part de ses volontés, « ça peut limiter les chances qu’on arrive à surcapacité de nos ventilateurs », croit-elle. « L’idée, c’est que ça va nous permettre de vraiment savoir qui veut des soins avancés et qui n’en veut pas, et à ce moment-là, ça va permettre [de] donner nos ventilateurs à ceux qui en voulaient. »