Les auteurs du rapport énumèrent 12 abus de droits dont sont fréquemment victimes les patients en santé mentale en Outaouais.

Santé mentale: «un réseau dysfonctionnel qui déshumanise»

Abus de droits, patients victimes de « guerre d'ego » entre médecins et des services « hermétiques, repliés sur eux-mêmes »; les soins en santé mentale dans la région ont besoin d'un sérieux coup de barre, révèle une étude qui sera rendue publique ce matin par l'organisme Droit-Accès de l'Outaouais et dont LeDroit a obtenu copie.
Ce rapport intitulé Changer nous ferait tous du bien a nécessité deux années de travail. Basé sur les dossiers individuels de patients qui ont utilisé les services de l'organisme, des statistiques annuelles, les rapports des commissaires locaux aux plaintes et des centaines de témoignages, il brosse un portrait sombre des services en santé mentale dans la région.
« C'est un réseau dysfonctionnel, une organisation du travail qui déshumanise les services et qui entrave parfois les obligations légales et déontologiques, stipule le rapport de 170 pages. C'est le portrait des réalités auxquelles font face les utilisateurs d'un système à la dérive. Nous devons mettre un terme avec les acteurs du milieu à la résistance, la résignation et au déni. Le réseau doit reconnaître ses dérives et se donner un plan sérieux pour redresser la situation. »
Abus de droits
Les auteurs du rapport énumèrent 12 abus de droits dont sont fréquemment victimes les patients en santé mentale en Outaouais. Ces dérives des professionnels du réseau vont de l'utilisation du chantage et des menaces de représailles envers les patients, au recours abusif des mesures de contrôle, en passant par le non-respect du consentement libre et éclairer et le non-respect du droit de refuser ses évaluations et de contester sa garde.
« Le contrôle des dépenses auquel est soumis le réseau fait que les droits des usagers [en santé mentale] sont devenus secondaires », peut-on lire dans le rapport.
Urgence psychiatrique
Un virage vers la prévention est nécessaire, selon Droit-Accès de l'Outaouais. C'est d'ailleurs l'une des 12 recommandations du rapport. Les auteurs de l'étude demandent aussi à ce que soit mis sur pied un centre de jour, sans rendez-vous pour faire des interventions psychosociales et que le Centre hospitalier Pierre-Janet soit doté d'une urgence psychiatrique. La tenue d'une enquête menée par la Commission des droits de la personne pour faire la lumière sur les abus commis contre les usagers les plus vulnérables du réseau de la santé est aussi nécessaire, soutiennent les auteurs du rapport.
Droit-Accès de l'Outaouais entend maintenant faire une tournée des établissements de santé, son rapport sous le bras, afin de convaincre les dirigeants de la nécessité d'un virage. L'Agence de la santé de l'Outaouais, les ordres professionnels et les députés de la région seront aussi rencontrés.