Ruptures de services à l'urgence: appels pressants lancés aux médecins de famille

Les diminutions ou ruptures de services dans les urgences sont de plus en plus à craindre depuis que les médecins de famille ont des obligations de prise en charge. Devant les risques de découverture médicale, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dû prendre des mesures pour inciter les médecins de famille à faire du dépannage.

Dans un message destiné à ses membres, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) annonce que le MSSS a «levé les quotas d’inscription trimestriels pour les dépanneurs exclusifs». «Si vous souhaitez visiter la province en donnant un coup de main à vos confrères et consoeurs en région, le dépannage est pour vous», écrit la Fédération dans ce message daté du 18 avril.

Si des établissements font face à des risques de ruptures de services, c’est notamment parce que le ministère de la Santé a introduit en 2016 une limite d’inscription au dépannage, déplore la FMOQ. «Ainsi, on constate présentement que les deux tiers des nouveaux milieux adhérant au dépannage sont incapables de satisfaire leurs besoins pendant plusieurs mois, faute de dépanneurs immédiatement disponibles», dénonce-t-elle.

«Nous avons grand besoin de dépanneurs présentement, qu’ils soient exclusifs ou non», écrit la FMOQ, ajoutant que 16 des 18 régions sociosanitaires du Québec reçoivent présentement des médecins dépanneurs, «et la plupart affichent encore des disponibilités».

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) vient également de publier un «appel immédiat de candidatures de médecins en disponibilité» pour la période du 25 juin au 2 septembre afin d’éviter des ruptures de services dans les urgences. 

5000 $ par semaine de disponibilité

Dans une infolettre datée du 4 mai, la RAMQ précise qu’en vertu d’une entente conclue entre le MSSS et la FMOQ, le médecin dépanneur dépêché dans un établissement reçoit un montant de 4365 $ par semaine de disponibilité, auquel s’ajoute la rémunération pour les patients qu’il voit. Le médecin «pompier» qui n’est pas dépêché, mais à qui on a néanmoins demandé de demeurer disponible, chez lui, en cas de besoin reçoit pour sa part un montant de 5060 $ par semaine. 

«Il faut que ce soit attractif, c’est sûr. Malgré ça, on a de la difficulté [à prévenir les découvertures]. L’an dernier, il fallait appeler les médecins personnellement pour leur demander de dépanner, et ceux qui l’ont fait ne l’ont pas fait pour l’argent», rapporte le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion. 

Selon lui, il y aurait présentement une soixantaine d’installations inscrites au mécanisme de dépannage au Québec. M. Dion n’était toutefois pas en mesure de nous dire mercredi combien d’établissements et lesquels étaient à risque de découverture médicale, nous référant au ministère de la Santé. 

Sans répondre à cette question, l’attachée de presse du ministre Gaétan Barrette, Catherine W. Audet, a brièvement indiqué par courriel que le ministère avait «les leviers nécessaires pour s’assurer que les urgences soient comblées, notamment les activités médicales particulières (AMP)». «Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Rappelons que les établissements ont la responsabilité de l’organisation des services», nous a-t-elle écrit en fin de journée. 

Découvertures annoncées

Selon le Dr Simon-Pierre Landry, co-porte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), les diminutions ou ruptures de services dans les urgences sont de plus en plus courantes depuis que les ressources médicales ont été déplacées vers les cabinets pour faire de la prise en charge.  

«Il n’y a pas que les petites urgences en région qui ont de la difficulté à remplir leurs grilles de garde, les plus gros hôpitaux dans les villes ont aussi un problème d’effectifs qui se traduit par des diminutions de services. Dans ces cas-là, il n’y a pas de fermeture comme on l’a vu à Paspébiac la nuit, mais il y a des réductions de quarts de travail» comme c’est le cas actuellement dans les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau, s’inquiète le  Dr Landry. 

Selon Jean-Pierre Dion, le fond du problème, c’est la pénurie de médecins de famille. «On se répartit la pénurie parce qu’on a dévalorisé la médecine de famille, et tant qu’on va se partager la rareté, le problème va persister», dit le porte-parole de la FMOQ, qui rappelle qu’un nombre record de postes de résidents en médecine de famille sont restés vacants cette année.