Un père se bat pour trouver des services pour son fils vivant avec la schizophrénie.

Ressources en santé mentale: inquiet pour son fils schizophrène

Au bout du fil, la voix de Michel Bourque est cassée par l’émotion. Son fils unique, celui qui a déjà été un petit bébé à cajoler et qui est devenu un enfant enjoué, est aujourd’hui un jeune adulte dont la vie est plombée par la schizophrénie. « Ça fait extrêmement mal », laisse tomber M. Bourque, qui implore les autorités du réseau de la santé de l’Outaouais de trouver une place adaptée à son fils, rendu dysfonctionnel au point où il se fait cuire du bœuf haché directement sur un rond de sa cuisinière.

Michel Bourque ne sait plus vers qui se tourner pour que Jean (nom fictif) soit placé dans un milieu adapté à son état de santé. À l’heure actuelle, le jeune homme de 26 ans demeure depuis 2016 dans un appartement supervisé pour personnes autonomes, à Gatineau. Mais la surveillance n’est pas suffisante pour son fils, estime son père.

Chaque fois qu’il visite son fils, M. Bourque le retrouve dans un appartement bordélique et surchauffé. Des essuie-tout lui servent de papier hygiénique. La toilette bloque. Il n’y a ni rideau de douche ni vaisselle ; Jean s’en départit dès qu’il en a. Il consomme des boissons énergisantes à répétition.

« Il a fait cuire du steak haché directement sur le rond de poêle. Il est incapable de s’occuper de lui-même », se désole le père, qui s’inquiète aussi pour les gens qui n’ont pas de proches pour veiller à leur bien-être.

Au cours de la dernière année, l’état de Jean s’est considérablement détérioré, malgré l’ordonnance de traitement dont il fait l’objet. « Il a beaucoup maigri, écrit son père dans sa plainte auprès du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO). Il a l’apparence d’un mort avec sa peau grisâtre. Son hygiène corporelle laisse à désirer. Il ne lui reste que la moitié de ses dents dans la bouche. »

Jean attend qu’une place se libère dans une résidence de réadaptation. L’encadrement est « plus intensif » dans ce type de ressource, explique le directeur des programmes en santé mentale et dépendance du CISSSO, Alain Godmaire, qui ne peut pas commenter ce cas particulier pour des raisons de confidentialité.

Il n’y a que 14 places de la sorte sous la responsabilité directe du CISSSO. D’autres sont disponibles à différents endroits dans la région, sous la gouverne d’organismes communautaires qui peuvent avoir leurs propres critères d’admission.

Pendant que le nom de son fils reste pris sur la liste d’attente, Michel Bourque angoisse. Au cours de la dernière année, le père lui a acheté de nombreux téléphones cellulaires pour garder le contact à partir de chez lui, à Montréal. « C’est la seule façon de savoir si ça va ou pas, explique M. Bourque. Si le cellulaire est pété, ça va embarquer tout de suite sur le répondeur. Ça veut dire qu’il a fait une psychose, et quand ça arrive, il casse tout. »

Incapable de savoir à quel moment son fils pourra obtenir une place dans un milieu qui lui convient, Michel Bourque s’est tourné vers le bureau du commissaire aux plaintes du CISSSO. Il a aussi fait part de ses doléances par courriel aux gestionnaires de l’organisation et à la ministre de la Santé, Danielle McCann. « Il n’y a pas suffisamment de places en Outaouais pour héberger des gens dans une situation comme ça », s’insurge-t-il.

Au CISSSO, Alain Godmaire admet qu’il est « préoccupant » d’être interpellé par une situation comme celle de Jean. « Il y a des besoins importants en Outaouais, et les équipes sont à pied d’œuvre pour essayer de réorganiser les services, pour donner accès aux services », a-t-il mentionné.

Sans vouloir s’embarquer dans la délicate question du budget, M. Godmaire reconnaît qu’avec plus d’argent, le CISSSO pourrait accroître l’accès à certains services. « Moi, je gère avec l’argent qu’on m’offre », souligne-t-il, en précisant que l’offre de services en externe peut quand même être accrue lorsqu’une situation le justifie.