Le tabac tue plus de 40 000 Canadiens chaque année, rappelle le Dr Andrew Pipe.

Remue-méninges anti-tabac à Ottawa

Plus de 300 intervenants du milieu de la santé se sont rassemblés au Centre Shaw vendredi et samedi pour discuter des plus récentes découvertes liées au tabagisme.

L’événement organisé par l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa (ICUO) réunissait des médecins, des chercheurs, des pharmaciens et une panoplie d’autres professionnels de la santé.

Pour le médecin et spécialiste de l’abandon du tabac de l’ICUO, Andrew Pipe, il s’agit d’un événement essentiel durant lequel on s’est attardé à un enjeu de société majeur.

« Plus de 40 000 Canadiens meurent chaque année des conséquences du tabagisme. S’occuper du tabagisme est donc une urgence de santé publique, ainsi qu’une priorité clinique. C’est l’objectif fondamental de cette conférence : aider les professionnels de la santé à gérer cet enjeu », affirme le Dr Pipe.

L’expert ajoute que le tabagisme est « la principale cause de maladies, d’invalidités et de décès évitables au Canada ».

Les personnes rassemblées à Ottawa vendredi et samedi ont pu discuter de nombreux enjeux liés au tabagisme. Par exemple, la façon d’aider les personnes souffrant de maladies mentales à arrêter de fumer.

« Nous savons qu’un grand nombre de fumeurs ont un faible niveau d’éducation, un faible revenu. Plusieurs ont des problèmes de santé mentale. C’est une partie de la population qui a des défis bien particuliers à relever et il faut que les spécialistes comprennent leur situation pour être en meilleure position afin de les aider », explique Andrew Pipe.

Appel aux élus

Pour diminuer le nombre de fumeurs au Canada et, du même coup, le nombre de personnes qui souffrent de maladies liées au tabagisme, le Dr Pipe croit que le gouvernement fédéral doit en faire beaucoup plus pour encadrer l’industrie.

« L’industrie fait des millions de dollars sur le dos des fumeurs canadiens et ça entraîne des milliards de dollars en coût pour notre système de santé que les contribuables doivent payer. »

Le chercheur de l’ICUO s’est dit grandement déçu de la stratégie dévoilée par le gouvernement de Justin Trudeau en 2018 pour encadrer l’industrie du tabac. « Ils ont promis quelque chose d’innovant et dynamique. Ce n’était ni innovant ni dynamique », peste Andrew Pipe.

« Dans les mois qui ont précédé l’introduction de cette stratégie, nous avons observé la montée de l’industrie du vapotage, surtout chez les adolescents », explique le Dr Pipe.

« Il faut encadrer le produit, s’assurer que le prix des produits du tabac est approprié à l’aide d’une taxation sévère. Il faudrait contrôler la quantité de nicotine dans les produits. Il y a une multitude de mesures que l’on pourrait prendre, on pourrait même poursuivre les compagnies de tabac pour reprendre les milliards de dollars payés par les Canadiens à cause des conséquences connues de la consommation de leurs produits. »

Il y a encore beaucoup de recherche à faire, mais des corrélations intéressantes existent déjà entre le cannabis et les maladies du cœur, note le directeur médical du Toronto Rehabilitation Institute, Paul Oh.

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LES DANGERS DU CANNABIS POUR LE COEUR

C’est encore assez peu connu, mais la consommation de cannabis semble avoir un effet négatif sur le cœur.

C’est ce que le directeur médical du Toronto Rehabilitation Institute, Paul Oh, a voulu rappeler à ses collègues du milieu de la santé samedi à Ottawa, durant la conférence sur le tabagisme de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Selon M. Oh, il y a encore beaucoup de recherche à effectuer pour déterminer quels sont les effets précis du cannabis sur le cœur. La recherche, jusqu’à maintenant, s’est surtout concentrée sur les effets neurologiques, dit-il.

Malgré tout, on peut déjà trouver des informations surprenantes dans la littérature scientifique.

« Ce qui est inhabituel, par exemple, c’est que les hommes de 35 ans ne devraient pas normalement faire de crise cardiaque. S’ils consomment du cannabis régulièrement, certaines études disent que le risque d’en subir une est quatre fois plus grand. C’est difficile de dire que c’est seulement à cause du cannabis. Ceux qui en consomment fument peut-être aussi la cigarette, peut-être qu’ils s’alimentent mal et qu’ils sont peu actifs. Malgré tout, des corrélations intéressantes ont été établies », explique Paul Oh.

Syndrome du cœur brisé

L’expert soutient également que des cas de jeunes hommes atteints de cardiomyopathies du stress – ou syndrome du cœur brisé – ont commencé à émerger. Cette condition est généralement retrouvée chez des femmes plus âgées.

« Si tu vis un important stress émotionnel, tu peux développer ce type particulier de crise cardiaque. Dans la littérature scientifique, on remarque que de jeunes hommes ont commencé à être victime de cette condition. Ça n’arrivait jamais avant. »

Avec sa conférence de samedi, M. Oh souhaitait prévenir ses collègues afin qu’ils soient plus attentifs aux habitudes de leurs patients. 

« Mon inquiétude, c’est que nous n’avons pas beaucoup entendu parler de tout ça. Des personnes plus âgées commencent à consommer du cannabis, il faudrait qu’elles soient mieux informées. Ce n’est pas seulement un simple produit récréatif. Les produits sont très différents. Si vous en consommez un qui contient plus de THC, ça peut causer un stress important au cœur, affirme Paul Oh. Le THC et le CBD peuvent diminuer l’efficacité de médicaments communs pour des maladies du cœur, comme ceux pour la pression sanguine ou le cholestérol. »