La ministre de la Santé de l’Ontario, Christine Elliott, a dévoilé les grandes lignes de la réforme de la santé qui sera appliquée dans la province.

Réforme du système de santé en Ontario: « c’était un peu l’approche de Harris »

La transformation majeure du système de santé en Ontario, qui se traduira entre autres par la mise sur pied d’une méga-agence de la santé et la dissolution des 14 réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), est accueillie avec une certaine méfiance par les francophones.

La ministre de la Santé et des Soins de longue durée, Christine Elliott, a annoncé mardi que le gouvernement progressiste-conservateur souhaitait « éliminer les obstacles à de meilleurs soins aux patients », répétant à maintes reprises que les besoins de la population seraient dorénavant au centre des priorités et qu’elle voulait mettre un terme aux « soins de santé de couloir ». Le gouvernement Ford soutient qu’il est actuellement « déconcertant pour les patients et les fournisseurs qui essaie de se retrouver dans le système de santé ».

Les progressistes-conservateurs entendent déposer à Queen’s Park un projet de loi qui prévoit la création d’équipes Santé Ontario locales qui interconnecteront les fournisseurs et les services de soins de santé autour des patients et des familles, et qui intégreront plusieurs organismes provinciaux en un seul et unique organisme appelé Santé Ontario. Le processus sera déployé progressivement, indique-t-on, de manière à faciliter la transition entre les deux systèmes. Le budget alloué à la santé en Ontario s’élève à 61 milliards $.

« En ce moment, nous abandonnons la population ontarienne parce que nous avons un système qui est déconnecté. Les efforts ne sont pas coordonnés vers un objectif commun, mais sont dispersés et dilués dans l’ensemble d’un système qui se bat pour chaque dollar investi en santé plutôt que de réaliser la valeur de cet argent. Aujourd’hui est donc un grand jour », a lancé la ministre et ex-ombudsman des patients de l’Ontario.

Pour illustrer la situation, Mme Elliott a entre autres affirmé qu’au cours des cinq dernières années, l’Ontario a dépensé 30 % de plus que la moyenne canadienne pour les dépenses administratives de son système de santé. Elle a ajouté que la moyenne des temps d’attente pour obtenir une place dans un foyer de soins de longue durée a bondi de 300 % depuis 15 ans, passant de 36 à 146 jours.

Selon #ONFr, la ministre a indiqué que les entités de planifications francophones survivraient à cette importante refonte et que les services en français allaient s’améliorer.

Plusieurs réactions

Avant même sa concrétisation, cette réforme suscite de nombreuses critiques, entre autres de la part des élus de la région de la capitale nationale.

En voyage à l’extérieur du pays, la députée d’Orléans et ex-ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, a exprimé ses craintes sur Twitter.

« Je m’inquiète de ce que l’annonce sur les soins de santé signifiera pour l’accès aux services de santé en français. Nous devons renforcer ces services, pas les réduire. Je vais travailler à ce que nos acquis soient protégés », écrit-elle.

Idem pour sa collègue députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, qui précise qu’il y a encore beaucoup de flous autour du projet du gouvernement.

« Je pense qu’on a déjà vu les dangers d’une telle centralisation en Ontario pour les francophones et la qualité des soins. C’était un peu l’approche de Mike Harris dans les années 90. On s’inquiète un peu de perdre la voix régionale, qui est importante pour bien refléter les besoins de la communauté. On attend de voir les détails. [...] Ce qui m’inquiète le plus, c’est que les organismes désignés en vertu de la Loi sur les services en français soient amalgamés et que soudainement on y offre moins de services en français. On va analyser quelles sont les protections écrites dans la loi, et si ce n’est pas assez clair, on va demander des clarifications », a-t-elle réagi.

Même son de cloche pour le député néo-démocrate d’Ottawa-Centre, Joel Harden, qui se dit très sceptique.

« On devrait apprendre de l’expérience de l’Alberta, qui a créé une super agence et ça ne va pas bien. Plusieurs politiciens affirment que c’était pas une bonne idée, car en santé, il faut tenir compte des besoins locaux et être près des gens », lance l’élu.

Le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) a pourfendu le gouvernement en affirmant que la création de cette méga agence de santé était « l’ultime trahison de M. Ford » et que l’annonce s’avérait « juste des slogans sans substance ».

À l’inverse, l’Association médicale de l’Ontario a salué le geste du gouvernement progressiste-conservateur, affirmant sur Twitter que l’intégration de tous les éléments du système de santé permettrait de mieux servir les patients et leurs familles.

De son côté, le RLISS de Champlain, qui couvre le territoire d’Ottawa et de l’Est ontarien, s’est refusé à tout commentaire, référant les médias au ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

+

« UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION », DIT L'AFO

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) accueille favorablement la réforme du système de santé du gouvernement de Doug Ford. 

«On accueille favorablement ce changement-là, a mentionné le président de l’AFO, Carol Jolin. Ce qui est important pour nous dans cette réforme-là, c’est que les entités de planification demeurent. C’est quelque chose qui est important pour les francophones et pour le service qui doit leur être donné.» Questionné à savoir s’il s’inquiétait quant à l’accès aux services en santé en français, M. Jolin est optimiste. 

«Il reste encore des questions à poser, mais au fur et à mesure qu’on va en savoir plus sur l’application du projet de loi, on va s’assurer que les services en français sont toujours présents et sont toujours au cœur des actions qui vont être prises», a-t-il souligné. 

Avec Julien Coderre, Le Droit