Recommandations du coroner après un congé accordé à un patient suicidaire

Une coroner recommande la révision du dossier d’un patient ayant mis fin à ses jours quelques jours après avoir reçu son congé de l’Hôpital de Gatineau, où il avait été admis en raison des risques qu’il représentait pour lui-même.

En mars 2017, un homme dans la quarantaine est amené à l’Hôpital de Gatineau par des policiers après avoir tenté de s’enlever la vie. 

Le tout se fait dans le cadre de l’application de la Loi P-38, qui vise la protection des personnes représentant un risque pour elles-mêmes ou pour autrui. 

Les forces de l’ordre peuvent ainsi conduire une personne à l’hôpital sans son consentement.

« L’urgentologue le met en garde préventive jugeant qu’il a des idées et un plan suicidaires et qu’il est en dépression situationnelle », relate la coroner Pascale Boulay dans son rapport d’investigation, dont Le Droit a obtenu copie. Une référence est alors faite en psychiatrie.

Le lendemain, un psychiatre conclut que le quadragénaire « ne présente pas de pathologie psychiatrique active et de dangerosité et il lève la garde préventive ». 

Le congé est obtenu le soir même. 

Il lui est suggéré d’entreprendre une thérapie en raison d’un problème de consommation d’alcool, mais « aucune autre recommandation de suivi n’apparaît au dossier de la consultation psychiatrique », écrit Me Boulay dans son rapport. 

Cinq jours plus tard, l’homme a été retrouvé sans vie.

Aux yeux de la coroner, ce dossier « soulève de nombreuses questions portant sur la dichotomie entre le diagnostic initial de l’urgentologue qui a évalué un risque suicidaire suffisant pour recommander la garde préventive et l’évaluation médicale du psychiatre par la suite, qui à toute fin pratique, n’a vu aucun élément de dangerosité ».

Me Boulay souligne aussi que même si un risque suicidaire peut être ponctuel, « la preuve recueillie [...] permet d’établir avec une force probante convaincante la présence d’une problématique profonde et récurrente d’une condition mentale dont le risque suicidaire devient élevé en présence de facteurs dépressifs situationnels ».

Il est également noté dans le rapport d’investigation que malgré la tentative faite la veille du congé accordé au patient, « aucun élément » dans son dossier ne montre qu’il y a eu des préoccupations sur un réseau de soutien ou une recommandation pour un suivi à l’externe. 

« Ne serait-ce pas plus prudent de s’en assurer à la lumière des antécédents du patient et de sa situation personnelle ? », questionne Me Boulay.

La coroner recommande ainsi que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et l’Hôpital de Gatineau « revoient l’analyse du dossier [...] et la diligence des soins », de même que « la pertinence de la levée rapide de la garde préventive ainsi que le congé psychiatrique accordé » afin que des correctifs soient apportés, au besoin.

Il est également recommandé qu’un « suivi étroit » soit organisé lorsqu’un congé est accordé à un patient « ayant présenté un épisode suicidaire ».

Le CISSSO n'a pas voulu commenter ce cas précis, mais «assure qu'il prend la situation très au sérieux» et qu'il «se fait un devoir de prendre toutes les actions nécessaires pour mettre en place les recommandations du rapport».

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