Le député de Pontiac, André Fortin, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et le PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais, Jean Hébert.

«Rapatriez, go go go»

« Rapatriez tout, et on va le financer. »
C'est en ces mots que le ministre de la Santé, Gaétan, Barrette, s'est engagé lundi à Shawville à ce que l'Outaouais ait l'argent nécessaire pour rapatrier les soins consommés en grand nombre en Ontario par des résidents de la rive québécoise.
Alors que Le Droit révélait lundi que les remboursements effectués par la Régie de l'assurance maladie du Québec ont atteint l'an dernier 109,9 millions $ pour des patients de l'Outaouais soignés à Ottawa, le ministre Barrette assure que « les activités cliniques qui sont rapatriées sont accompagnées du financement dans tous les cas ».
Pour financer le développement de nouveaux services sur la rive québécoise, Gaétan Barrette se dit aussi prêt à ce que l'argent suive. « Rapatriez tout, et on va le financer, a-t-il dit. Ce sera d'autant plus le cas que d'ici environ deux ans, trois ans maximum, on sera au financement à l'activité. Alors rapatriez, go go go. Nous, on veut ça. [...] Toutes les activités qui sont rapatriées sont des activités qui sont financées par le gouvernement. Bon, il y a des activités qui peuvent l'être en partie par le CISSS, le CISSS a sa responsabilité aussi, mais pour nous, rapatriement égale financement additionnel dans tous les cas. »
Alors que le grand patron du Centre intégré de la Santé et des Services sociaux (CISSS) de l'Outaouais, Jean Hébert, a évoqué avec Le Droit la préparation d'un « Plan d'action Outaouais 2.0 », M. Barrette n'a pas voulu s'avancer sur sa vision de ce qu'il pourrait être. « Une chose à la fois », a-t-il simplement répondu.
Le ministre a rappelé que le rapatriement ne sera jamais total, dans la mesure où certains soins ultraspécialisés ne sont pas offerts en Outaouais. Dans un tel cas, la proximité d'Ottawa permet d'éviter aux patients de la région d'aller à Montréal.
« On veut que le rapatriement soit maximal, en sachant qu'il ne sera jamais total, c'est impossible, a mentionné M. Barrette. [...] Mon objectif est que tout ce qui est rapatriable le soit. C'est bon pour l'économie locale, c'est bon pour la proximité de la population. Maintenant, il y aura toujours des gens qui, pour toutes sortes de raisons, vont choisir d'aller de l'autre côté. On est encore dans un pays libre aux dernières nouvelles. Mais notre objectif à nous est de rapatrier la quasi totalité de ce qui est rapatriable. »
En ce qui concerne le rapatriement d'accouchements - déjà entamé grâce à la nouvelle Maison de naissance de l'Outaouais - Gaétan Barrette affirme que le projet de 32 nouvelles chambres à l'Hôpital de Gatineau, annoncé en 2014 sous l'ancien gouvernement péquiste, pourra commencer à prendre forme dès l'an prochain. « C'est sûr qu'en 2018 on va être dans la construction, a-t-il dit. Construire dans un hôpital, ce n'est pas simple, [...] il y a toujours des surprises, mais la procédure va être enclenchée. »
Le ministre affirme aussi que si les coûts du projet s'avèrent supérieurs à ceux estimés en 2014, le gouvernement sera « au rendez-vous ».
«Pas d'objection» à la pratique mixte
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, estime qu'il n'y a « pas de plat à faire » avec la désaffiliation temporaire de médecins qui naviguent ainsi entre le réseau public et le privé.
Alors que le Journal de Montréal rapportait lundi qu'une quarantaine de médecins spécialistes se sont désaffiliés de la régie de l'assurance maladie du Québec à au moins une reprise depuis le début de l'année, le ministre Barrette affirme qu'il ne s'oppose pas à cette pratique, en autant que les ressources publiques « soient utilisées à pleine capacité en permanence ». « Si des médecins, après qu'ils aient utilisé notre système à 100 %, ont du temps à offrir d'une autre manière, je n'ai pas d'objection à ça », a-t-il commenté, lundi, lors d'une visite à Shawville.
M. Barrette éprouve toutefois « un malaise » si un médecin se désaffiliant temporairement réfère directement vers ses services privés des patients qui le consulte dans sa pratique au public. « Si ce médecin-là, par exemple, créait des listes d'attente artificielles au public, ça, c'est intolérable, a-t-il dit. [...] Je pourrais même poser des gestes à cet égard-là, la loi me le permet. On doit faire fonctionner le système public à sa pleine capacité avant d'aller ailleurs. Maintenant, dans la capacité que l'on a dans notre système, si des médecins, par-dessus ça, veulent offrir plus au privé, [...] c'est quelque chose qui est un équilibre acceptable aujourd'hui, parce que regardons bien les faits, c'est extrêmement marginal. [...] On parle d'une quarantaine de médecins, et je vous rappelle qu'il y en a 20 000 médecins au Québec. »