Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Québec doit payer le gros prix pour éviter les débordements dans les urgences

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se voit forcé de payer le gros prix pour soulager les débordements des urgences à l’approche de la pointe de la saison de la grippe.

«Nos urgences sont débordantes actuellement et elles vont le demeurer encore certainement quelques jours», a laissé tomber le ministre, vendredi, en conférence de presse à Montréal.

M. Barrette a annoncé une injection annuelle de 23,25 millions $ afin d’ouvrir 350 places additionnelles en ressources intermédiaires dans la région de Montréal et ses couronnes nord et sud.

Ces places, issues pour la plupart du secteur privé, permettront de libérer des lits de courte durée dans les hôpitaux pour les patients qui ont déjà été vus à l’urgence, mais qui y sont toujours faute de place ailleurs dans l’hôpital, une des principales causes de l’engorgement des unités d’urgences.

Les nouvelles places pourront accueillir les patients hospitalisés qui ont besoin de soins plus légers que ceux offerts à l’hôpital.

Beaucoup plus cher

L’an dernier, Québec avait ajouté 100 millions $ pour développer 2000 places, soit un coût moyen de 50 000 $ par place.

Cependant, le gouvernement y était allé par appel d’offres, ce qu’il n’a pu faire cette fois-ci en raison d’un besoin pressant.

Le coût unitaire des 350 places annoncées vendredi s’élève ainsi à 66 428 $, soit 33 pour cent plus cher que celles obtenues l’an dernier.

Le ministre Barrette a fait valoir que le gouvernement a «acheté, loué ou contractualisé tout ce qui était disponible sur le marché» lorsqu’il a investi les 100 millions $ l’an dernier, lançant ainsi un signal qui n’a pas échappé au secteur privé.

«Quand le réseau a vu ça, il y a bien des gens qui ont saisi l’opportunité et (ont décidé d’aller) dans cette direction-là», a-t-il fait valoir, reconnaissant du même coup que la situation actuelle avait joué en leur faveur.

«Est-ce que normalement on va en appel d’offres? La réponse est oui, toujours, sauf dans les cas d’exception» comme maintenant, a précisé M. Barrette, parce qu’il y a une situation plus urgente.

Les urgences débordent déjà, notamment en raison d’une efficacité décevante du vaccin contre la grippe, alors que la pointe de la saison de grippe n’est attendue que dans trois semaines environ et devrait durer de quatre à six semaines.

Pas de réduction durant la relâche

En plus de l’ajout de nouvelles places, le ministre Barrette a annoncé que les hôpitaux devront maintenir le niveau de personnel régulier durant la relâche scolaire, période où habituellement les établissements fonctionnent avec un personnel réduit comme durant les Fêtes et à l’été.

«Nous avons demandé au réseau de prendre les mesures nécessaires pour qu’il n’y ait pas de réduction de services pendant les prochaines vacances scolaires», a déclaré le ministre, précisant toutefois que cela ne signifierait pas pour autant un accroissement du temps supplémentaire ou une annulation de vacances. Gaétan Barrette se dit convaincu que les ressources disponibles, notamment celles qui oeuvrent normalement à temps partiel, suffiraient à la tâche.

Le ministre Barrette a précisé que les places qu’il a louées ou achetées se trouvent dans les régions de Montréal, Laval, la Montérégie et Laurentides-Lanaudière et qu’il s’agit de la totalité des nouvelles places qu’il a pu dénicher.

Il affirme qu’il n’y a aucune autre place disponible dans les autres régions, qui avaient aussi bénéficié de l’ajout des 2000 places de l’an dernier.

Importants progrès

L’ajout de 2000 places en ressources intermédiaires a tout de même permis de réaliser un pas important, soit de réduire considérablement la proportion de patients hospitalisés dans des lits de courte durée alors qu’ils ne nécessitent pas ce niveau de soins.

Historiquement, tant au Québec qu’ailleurs au Canada, les hôpitaux voient entre 10 et 15 pour cent de leurs lits occupés de cette façon.

Gaétan Barrette affirme que l’ajout des places a permis en une seule année de réduire cette proportion entre 3 et 5 pour cent selon les hôpitaux.

Il s’agit toutefois d’une moyenne annuelle et cette proportion a recommencé à grimper avec l’arrivée hâtive de la grippe d’une part et, d’autre part, les nombreuses hospitalisations pour des chutes ces derniers jours à la suite des précipitations de pluie verglaçante.