En juin 2015, les pharmaciens du Québec ont obtenu l’autorisation de prolonger des ordonnances de médecins inscrits au tableau du Collège des médecins du Québec. — Archives, Le Droit
En juin 2015, les pharmaciens du Québec ont obtenu l’autorisation de prolonger des ordonnances de médecins inscrits au tableau du Collège des médecins du Québec. — Archives, Le Droit

Prolongation d'ordonnances en pharmacie: un enjeu de «territorialité» bientôt réglé

Les pharmaciens de l’Outaouais devraient pouvoir, dès l’automne, prolonger des ordonnances de médecins ou d’autres professionnels ontariens, une activité qu’ils ne peuvent actuellement faire que lorsque le prescripteur exerce au Québec.

En juin 2015, les pharmaciens du Québec ont obtenu l’autorisation de prolonger des ordonnances de médecins inscrits au tableau du Collège des médecins du Québec. Ce n’est toutefois pas possible pour les patients de l’Outaouais se présentant en pharmacie dans l’espoir d’obtenir une prolongation d’un traitement prescrit par un médecin ontarien.

En mars dernier, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi 31, qui est venu modifier la Loi sur la pharmacie afin que des médicaments prescrits par d’autres types de professionnels puissent aussi être prolongés par les pharmaciens. Cela concerne notamment les médicaments prescrits par les infirmières praticiennes spécialisées, les dentistes et les sages-femmes, précise le directeur des affaires externes et du soutien professionnel de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), Patrick Boudreault.

L’OPQ a vu, dans le projet le loi 31, l’occasion de « régler le problème de territorialité » observé en Outaouais, mais aussi dans des secteurs comme Rigaud, où certains patients consultent en Ontario, dans la région de Hawkesbury.

« Dès qu’on rencontrait autant les collègues pharmaciens que les médecins de la région, [...] c’était un sujet qui était central depuis les dernières années, les gens disaient qu’il faut qu’on règle ça », raconte M. Boudreault.


« Si j’ai une rupture d’approvisionnement, que l’ordonnance vient d’un médecin d’Ottawa et que j’ai un patient devant moi à Gatineau, le patient de gauche tu peux faire des choses, mais le patient de droite, tu ne peux pas le faire »
Patrick Boudreault

Le pharmacien Shawn Barber-Lanthier, qui préside le comité régional des services pharmaceutiques du conseil d’administration du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, fait partie de ceux qui ont revendiqué que les ordonnances de prescripteurs hors Québec puissent aussi être prolongées.

« Pour nous, c’est un gros enjeu, souligne M. Barber-Lanthier. […] Il n’y a pas eu de rassemblement ou de manifestation pour ça, par contre il y a quand même eu plusieurs pharmaciens qui ont écrit à l’Ordre pour dire qu’il y a une particularité importante en Outaouais avec la rivière et qu’on a beaucoup de patients qui sont suivis en Ontario. »

De son côté, M. Boudreault n’hésite pas à dire qu’il y a une certaine « absurdité » dans la situation actuelle, tant pour la prolongation d’ordonnances que pour la substitution. « Si j’ai une rupture d’approvisionnement, que l’ordonnance vient d’un médecin d’Ottawa et que j’ai un patient devant moi à Gatineau, le patient de gauche tu peux faire des choses, mais le patient de droite, tu ne peux pas le faire », illustre-t-il.

Règlement

L’adoption du projet de loi 31 n’a pas encore permis que les ordonnances de professionnels hors Québec puissent être prolongées par les pharmaciens, mais l’OPQ espère que ce sera chose faite à l’automne, par le biais d’un règlement.

Le changement réglementaire vise à ce que les activités autorisées pour les pharmaciens du Québec puissent s’appliquer « pour tout prescripteur de médicament canadien », explique M. Boudreault.

Pour une région comme l’Outaouais, une telle possibilité représente « le gros bon sens », note pour sa part M. Barber-Lanthier.

Si tout va bien, le dossier pourrait être réglé dans les prochains mois. « Présentement, tout le volet réglementaire est en consultation à la Gazette officielle pour, espérons-le, une publication officielle mise en vigueur dès cet automne, précise M. Boudreault. On arrive en bout de processus. […] Je ne me voyais pas finaliser le processus sans avoir réglé ça. »