Rhéa Lemay Gagné a vaincu la COVID-19 à l’âge de 97 ans.
Rhéa Lemay Gagné a vaincu la COVID-19 à l’âge de 97 ans.

Proches aidants en foyers de soins de longue durée en Ontario: « ne laissez pas notre mère mourir seule »

TORONTO — Deux sœurs, dont la mère de 97 ans s’est récemment rétablie, contre toute attente, de la COVID-19, implorent le gouvernement Ford de les laisser devenir proches aidantes pour donner à leur mère « le goût de vivre à nouveau ».

Rhéa Lemay Gagné n’avait plus que quelques jours à vivre. C’est du moins ce que prédisait le médecin.

Elle ne mangeait plus, ne faisait que dormir.

Au mois de mai, ses deux filles, Myriam et Chantal Gagné, ont reçu une autorisation exceptionnelle pour lui rendre visite à la Résidence Saint-Louis, à Orléans, pour des raisons de « compassion », alors qu’elle était considérée comme étant « en fin de vie imminente ».

Les sœurs avaient commencé à discuter des prochaines étapes, telles que l’annulation du loyer de leur mère et la planification d’une cérémonie pour honorer sa mémoire.

Pendant 16 jours, elles l’ont visitée, une heure par jour. « On la perdait », racontent-elles, dans une entrevue accordée au Droit.

« Miraculeusement », leur mère a retrouvé un certain entrain, au début du mois de juin.

Un matin, elle s’est réveillée et s’est exclamée à ses filles qu’elle venait de rêver qu’elle mangeait un bon gros steak.

Puisqu’elle n’était plus considérée comme étant « en fin de vie imminente », les visites à son chevet ont dû cesser.

Même si Myriam et Chantal Gagné peuvent maintenant recommencer à visiter leur mère, ces visites doivent être faites à l’extérieur, et elles ne peuvent pas l’approcher à moins de deux mètres de distance, même si elles ont reçu un résultat négatif au test de dépistage du virus.

Mme Lemay Gagné a une mauvaise audition. Avec les masques et la distanciation physique, il est difficile pour elle de reconnaître ses filles, déplorent ces dernières.

Elles ne peuvent pas la serrer dans leurs bras ni lui tenir la main, dans un moment où elle a besoin plus que jamais d’oublier ce sentiment de solitude qu’elle ressent depuis le début de la pandémie, expliquent les deux sœurs.

Au début de la pandémie, quand l’interdiction des visites dans les foyers de soins de longue durée a été imposée, Mme Lemay Gagné comprenait l’importance d’un tel isolement et se portait bien, malgré tout, expliquent ses filles.

Elles communiquaient quotidiennement grâce à des visites via FaceTime, organisées par le personnel. « Notre mère est forte, elle comprenait la gravité de la situation. »

Aujourd’hui, même si Mme Lemay Gagné se porte mieux physiquement, la COVID-19 a eu raison d’une partie de sa ferveur. L’isolement devient de plus en plus insoutenable pour la famille, et elle perd, jour après jour, le goût de se battre pour rester en vie. « Elle demande de mourir. »

Dans une lettre envoyée au premier ministre de l’Ontario, les deux sœurs implorent le gouvernement de laisser les proches aidants de la province entrer dans les établissements qui ne sont pas en éclosion du virus pour être au chevet de leurs proches, comme il est actuellement permis au Québec.

« Je voudrais juste pouvoir faire la même chose. Ma mère est en danger de mort en ce moment parce qu’elle n’a pas accès à ça. »

Myriam et Chantal Gagné se disent toutefois extrêmement reconnaissantes envers le personnel qui prend soin de leur mère. « Mais notre présence la réconforte. »

Quelques heures avant la publication de cet article, les soeurs Gagné ont reçu la bonne nouvelle que leur mère sera enfin transférée à l’aile de réhabilitation de l’hôpital Montfort, pour une fracture à la jambe, survenue avant la pandémie. Elles attendaient cette annonce depuis longtemps, mais en raison de la COVID-19, leur mère a dû rester dans sa résidence plus longtemps que prévu.

Mmes Gagné espèrent que leur histoire inspirera le gouvernement à permettre une certain modèle différent pour les familles qui veulent visiter leurs proches en ces temps difficiles. Elles affirment qu’elles sont loin d’être les seules à avoir vécu une telle expérience. « Pour ma mère, il y a une fin heureuse, mais ce n’est pas tout le monde qui a cette chance-là. »


« Pour ma mère, il y a une fin heureuse, mais ce n’est pas tout le monde qui a cette chance-là. »
Les soeurs Gagné

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LES FOYERS DE LONGUES DURÉES PEUVENT LE PERMETTRE

« Bien que les foyers de soins de longue durée aient été fermés aux visiteurs, il a été indiqué que l’hébergement devrait être envisagé — mais n’est pas obligatoire — pour les personnes fournissant des services de soutien essentiels aux résidents », a indiqué le ministère des Soins de longue durée, dans un courriel envoyé au Droit.

Ces personnes, qui offrent des services essentiels aux résidents, peuvent comprendre des membres de la famille.

« Oui, le médecin hygiéniste en chef a indiqué que les mesures d’adaptation devraient être envisagées — mais ce n’est pas obligatoire. Le plus important, c’est que chaque foyer de soins de longue durée a le devoir, en vertu de la Loi sur les foyers de soins de longue durée, d’assurer la sécurité de ses résidents », a-t-on précisé.

Toutefois, pour les foyers qui ne permettent pas de telles mesures, le ministère affirme que pour l’instant, les membres de la famille sont restreints aux visites à l’extérieur. « Les étapes futures permettront une plus grande flexibilité, et notre objectif est bien sûr de réintroduire les visites à l’intérieur, dès que cela est sûr et faisable », a également fait savoir le ministère.