Près de 30 000 demandes en attente pour voir un médecin spécialiste en Outaouais

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Quelque 30 000 demandes de consultation avec un médecin spécialiste sont en attente en Outaouais. Alors que la réponse est immédiate pour les cas urgents, de nombreux patients dont le problème n’est pas une priorité sont inscrits sur une liste depuis plus d’un an. Et les délais observés n’ont fait qu’empirer, entre autres en raison des retards causés par la pandémie de COVID-19.

Des données obtenues par Le Droit grâce à une demande d’accès à l’information montrent que la patience est de mise pour des milliers de résidents de l’Outaouais en attente d’une consultation avec un médecin spécialiste.

Toutes ces demandes transitent par le Centre de répartition des demandes de services (CRDS), une «porte d’entrée unique» par laquelle doivent passer les médecins de famille dont les patients ont besoin d’une première consultation avec un spécialiste.

Le Dr Nicolas Gillot, directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), a indiqué au Droit que la pandémie a joué un grand rôle dans l’accroissement des listes d’attente, surtout pour les spécialités chirurgicales et celles qui nécessitent davantage de consultations en personne.

«L’apport de la télémédecine a permis de limiter les dégâts dans certaines spécialités et de faire du rattrapage», a-t-il précisé.

En date du 20 août dernier, les spécialités pour lesquelles il y avait le plus de demandes en attente au CRDS étaient la gastro-entérologie (4028 demandes), la dermatologie (3676 demandes) et l’oto-rhino-laryngologie (ORL) (3374 demandes). La très grande majorité des requêtes en attente étaient des priorités D et E, soit les moins urgentes.

Le Dr Nicolas Gillot, directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais

Manque de médecins

Dans le cas de la gastro-entérologie, le Dr Gillot indique que le manque de médecins explique en grande partie la longueur de la liste d’attente. Au cours des 18 derniers mois, il y a eu des départs pour un congé de maladie, un congé de maternité et une retraite. Une autre retraite est prévue prochainement.

«Dans ce contexte-là, on fait des démarches auprès d’équipes de Montréal pour venir nous aider, a fait savoir le Dr Gillot. On a aussi des démarches en cours avec des médecins d’Ottawa.»

Le recours à des spécialistes en médecine interne est aussi envisagé pour certains cas de gastro-entérologie. En parallèle, le CISSSO a réservé deux postes en gastro-entérologie pour des médecins souhaitant se joindre à l’organisation.

Pour la dermatologie, «il y a beaucoup de volume». Certaines consultations peuvent être faites à distance, mais le besoin de voir les patients en personne demeure pour d’autres cas, explique le Dr Gillot.

En ORL, l’attente est surtout longue pour les priorités E, entre autres en raison de plusieurs cas «liés à des enjeux d’évaluation de troubles de l’audition», indique le Dr Gillot. Ces patients peuvent généralement obtenir «une correction» de l’audition sans voir un médecin spécialiste, mais une telle consultation demeure nécessaire pour «la prise en charge de certains frais», expose-t-il.

L’attente moyenne

Outre le nombre de demandes en attente, il y a aussi la durée de l’attente. Les données du CRDS régional montrent que dans quatre branches, le délai moyen pour les priorités E se situait, en août dernier, à plus d’un an. Or, les références pour ces cas non prioritaires visent l’obtention d’une consultation à l’intérieur de 12 mois.

C’est en gastro-entérologie que l’attente pour les cas les moins prioritaires est la plus élevée, avec une moyenne de 525 jours, soit près d’un an et demi. Suivent l’orthopédie (498 jours), la cardiologie (475 jours) et l’ORL (426 jours).

Le Dr Gillot note que dans le cas des spécialités chirurgicales comme l’orthopédie, la réduction des activités opératoires fait en sorte que «les médecins doivent réévaluer les patients en attente de chirurgie pour être capable de les prioriser selon l’évolution des symptômes», ce qui «ralentit la capacité de prise en charge globale du système».

Délai maximal

Le délai maximal d’attente pour les priorités E atteint pour sa part plus de trois ans en ORL et environ deux ans et demi en gastro-entérologie et en orthopédie. Ces extrêmes peuvent s’expliquer par «certains cas de no show», lorsque des patients ne se présentent pas à leur rendez-vous, mais aussi par la difficulté à rejoindre les patients ou encore par la «difficulté à avoir de la disponibilité médicale», explique le Dr Gillot.