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Pourquoi ne pas vieillir à la maison?
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Pourquoi ne pas vieillir à la maison?
La crise actuelle dans les CHSLD met en lumière les nombreuses failles du système. Le Québec se lancera assurément dans une réflexion sur la façon de s’occuper de ses personnes âgées. Au-delà des morts liés à la pandémie du coronavirus, les CHSLD représentent-ils une vision d’une autre époque ? La Tribune a posé la question à plusieurs intervenants.
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Prioriser les soins à domicile

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Prioriser les soins à domicile

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Le Dr Réjean Hébert le dit, le crie et le répète depuis 35 ans, le Québec doit insister sur les soins à domicile. L’ancien ministre de la Santé et des Services sociaux sous le gouvernement de Pauline Marois estime que la province doit revoir complément le financement de ses établissements de santé.

« Lorsqu’on regarde le budget qui est consacré aux soins de longue durée, il y a seulement 14 % de ce budget qui va pour les soins à domicile et 86 % qui va pour les CHSLD, explique Dr Hébert. Dans des pays comme le Danemark, par exemple, c’est presque l’inverse avec 75 % du budget pour les soins à domicile et 25 % pour l’hébergement. »

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Un virage à 180 degrés est donc nécessaire selon lui comme l’ont fait notamment le Japon, la Corée du Sud, la France, la Belgique, l’Autriche, les Pays-Bas et l’Italie.

« Il y a une quinzaine de pays à travers le monde qui ont fait ce changement-là ,qui ont mis en place des assurances de soin à long terme qui couvrent la perte d’autonomie. Ça leur permet de choisir de recevoir les soins à domicile ou d’aller dans une résidence. Et devinez quoi ? Ces gens choisissent de rester à la maison. »

Réjean Hébert rappelle qu’une initiative en ce sens au Québec est « morte au feuilleton » lorsque les élections ont été déclarées en 2014.

« C’est ça qu’on voulait faire avec l’assurance autonomie lorsque j’étais au gouvernement et c’est pour ça que je suis allé en politique d’ailleurs, explique celui qui s’est également présenté sous la bannière libérale aux dernières élections fédérales. Il faudra revenir à ça sinon les personnes âgées ne seront jamais une priorité. Actuellement, les CHSLD sont une des nombreuses missions des gros, gros établissements qui ont été mis en place en 2015 et ils ne reçoivent pas l’attention qui serait nécessaire, d’où leur fragilité pour répondre à la crise. »

Plus autonome, plus longtemps

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Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
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Et si la perte d’autonomie des personnes âgées était en partie due au système de santé ? Une personne âgée qui conserve son autonomie pourra assurément rester plus longtemps chez elle. Or l’approche du Québec ne va pas vraiment en ce sens selon Dre Nicole Dubuc, chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie.

« On a des soins que j’appellerais de compensation, indique Dre Dubuc. Aussitôt que la personne a un problème, on va lui donner un service, mais on ne tente pas de maintenir l’autonomie des gens. On n’a pas assez de service de réadaptation. »

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« En Australie ou en Angleterre, par exemple, ils ont une approche basée sur l’autonomie, explique celle qui enseigne à l’école des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke. Donc avant de donner un bain on va voir ce qu’on peut faire pour que la personne puisse continuer à se laver par elle-même. »

Les séjours à l’hôpital sont généralement synonymes de perte d’autonomie pour les personnes âgées. Les longues hospitalisations peuvent même avoir des effets catastrophiques.

« C’est automatique en Australie ou en Angleterre, les personnes vont avoir obligatoirement une période de 'restorative care'. On va travailler fort pour que chaque fois qu’une personne a un séjour hospitalier, qu’elle retrouve son potentiel d’autonomie lorsqu’elle retournera à domicile. »

L’aide au Québec arrive tout simplement trop tard, selon Dre Dubuc.

« Il faut avoir déjà plusieurs problèmes avant d’avoir droit aux services de soutien à domicile, explique-t-elle. Sinon ce sont les entreprises d’économie sociale ou les organismes communautaires qui sont sous-financés. »

Les résidences privées pour personnes âgées, même celles pour les gens autonomes, contribuent aussi au problème selon Dre Dubuc.

« C’est perçu, avec l’aide de la publicité, comme un environnement très positif, mais ce qu’on ne dit pas aux gens c’est que moins vous allez en faire, plus vous allez perdre vos capacités dans le futur. »

Vision hospitalo-centrique

Comment expliquer alors que le Québec tire de la patte en matière d’autonomie ? Nicole Dubuc a sa petite idée.

« On a passé notre temps à faire des réformes au Québec, analyse-t-elle. Nos gestionnaires passent leur temps à s’occuper des réformes de structure et pendant ce temps on ne fait pas les changements de vision qui seraient importants. J’ai l’impression que c’est sournois ce qui s’est passé au Québec. Les aînés d’ici ne sont pas différents des aînées d’ailleurs. La majorité des gens voudrait qu’on les aide à maintenir leur autonomie. »

Dre Dubuc estime qu’un changement de mentalité aussi important que celui qu’elle propose pourrait prendre une vingtaine d’années avant d’être bien implanté.

« Il y a 20 ans, je pense qu’on n’avait pas plus de résidences privées qu’on avait de CHSLD alors que maintenant, on en a quatre fois plus. On a laissé pousser ça et on n’a pas travaillé sur la prévention et le vieillissement actif. On a une vision hospitalo-centrique. »

En avant avec les Maisons des aînés

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En avant avec les Maisons des aînés

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
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Même s’il est encore « trop tôt » pour tirer des leçons de la pandémie actuelle, le cabinet de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, indique que « le modèle proposé de Maisons des aînés semble être une alternative durable » aux CHSLD.

« Le modèle des Maisons des aînés présenté jusqu’à présent, basé sur des unités de 12 chambres privées avec des salles de bain individuelles, est très intéressant pour réduire les possibilités de propagation de virus et répondre aux besoins des personnes qui y seront hébergées, peut-on lire dans une réponse acheminée par courriel. De plus petits milieux de vie sont moins à risque d’introduire différents virus (que ce soit la grippe, la gastro ou encore le coronavirus). »

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L’objectif actuel est de construire 2600 nouvelles places en Maisons des aînés d’ici 2022.

« Il est évident que les choses évoluent rapidement et que les orientations pourraient être amenées à changer au cours des prochaines semaines ou des prochains mois », résume le cabinet.

Concept

Annoncées en grande pompe le 26 novembre dernier, les Maisons pour aînés, un projet phare de la Coalition avenir Québec, compteront des espaces communs pour que les résidents puissent accueillir leurs proches. 

De plus, finis les longs corridors remplis d’instruments médicaux qui ressemblent à des hôpitaux. Les postes d’infirmières seront dissimulés pour minimiser l’apparence d’un établissement de soins.

Les résidents seront finalement regroupés en fonction de leurs caractéristiques et leurs intérêts similaires. Bref, pour ne plus avoir des adultes avec des restrictions physiques vivant avec d’autres plus âgés souffrant d’Alzheimer. 

Avec La Presse canadienne