Selon Dr Morissette, un plan d'action qu'il qualifie d'ambitieux permettra de réduire assez substantiellement le nombre de noms qui se retrouvent sur cette fameuse liste.

Portrait peu reluisant du guichet d'accès à un médecin de famille

Un an après la mise sur pied du guichet d'accès à un médecin de famille (GAMF) par le ministre de la Santé Gaétan Barrette, le délai moyen d'attente des patients qui s'y sont inscrits se chiffre à 827 jours pour le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO). Il s'agit des deuxièmes pires statistiques à travers la Belle Province, après la Baie-James.
En date du 31 décembre dernier, seule la région de l'Abitibi-Témiscamingue (780 jours) avait des données similaires à celle de l'Outaouais. Dans les autres régions, le délai moyen d'attente avoisinait les 500 jours. Mieux encore, les patients des endroits comme Chaudière-Appalaches et Laval peuvent espérer recevoir l'appel tant attendu du cabinet d'un médecin omnipraticien en l'espace d'environ un an.
Pour le directeur des services professionnels du CISSSO, Dr Guy Morissette, il est clair qu'il y a place à l'amélioration et qu'on ne peut se satisfaire de tels chiffres. Sauf qu'il répète que la région fait face à des défis qui lui sont propres. 
« Ce sont des chiffres dynamiques, qui bougent tout le temps. Tous les jours, des gens s'inscrivent et d'autres sont retirés de la liste parce qu'ils ont trouvé un médecin. On reconnaît que les délais d'attente sont longs et c'est évident qu'on veut améliorer la situation. [...] Mais au-delà de tout ça, il y a 300 médecins qui peuvent prendre en charge des patients. L'une de nos grandes difficultés, c'est la pénurie de médecins de famille. Ça impose à ceux qui sont déjà en place un lourd fardeau », dit-il. 
Fait à noter, dans les différents secteurs de la région, il y a un énorme écart entre le délai moyen d'attente observé dans le Pontiac (293 jours) et celui dans les Collines-de-l'Outaouais (1025 jours). À Gatineau, il se chiffre à 857 jours. 
Quant à savoir pourquoi l'attente peut souvent être plus longue pour les patients orphelins classés en priorité A (inscription à un médecin jugée urgente) ou B (pressante, hospitalisation au cours du dernier mois) que ceux des catégories D (personnes se jugeant en mauvaise santé) ou E (personnes se jugeant en bonne santé), le CISSSO tient à apporter des précisions. 
« Quand on attribue un lot de patients à un médecin, on ne peut pas juste lui donner des gens de priorité A. Il doit y avoir un équilibre dans la répartition, qui doit se faire de façon équitable et appropriée. C'est ce qui fausse les données un peu. Les médecins ont une cadence de travail, ils ne peuvent pas prendre tout le monde d'un seul coup. [...] Les patients de catégorie B, par exemple, souffrent souvent de maladies chroniques. C'est le type de gens qui peuvent avoir besoin de consulter un médecin 12, 15 ou 20 fois par an, tandis qu'un patient des catégories D, par exemple, peut avoir besoin de deux ou trois consultations. Le besoin et la fréquence ne sont pas les mêmes du tout. » 
À l'heure actuelle, on dénombre un peu plus de 30 500 patients orphelins inscrits au GAMF. 
Selon Dr Morissette, un plan d'action qu'il qualifie d'ambitieux permettra de réduire assez substantiellement le nombre de noms qui se retrouvent sur cette fameuse liste. Cet été, 20 médecins de famille s'installeront dans la région.
« On peut dire que plusieurs milliers de patients vont trouver un médecin. On s'attend à ce qu'il y en ait peut-être autour de 10 000 au cours de la prochaine année. Mais c'est un long processus. Un nouveau médecin ne peut pas avoir 500 patients du jour au lendemain, dès que son bureau est ouvert. La prise en charge peut s'étaler sur plusieurs mois », indique-t-il.
La CAQ critique
Rappelons que l'objectif du gouvernement Couillard est que 85 % des Québécois aient accès à un médecin de famille d'ici le 31 décembre 2017, une cible qui découle de la loi 20 adoptée à l'automne 2015. 
Affirmant que le gouvernement libéral ne respecte pas ses promesses, la Coalition Avenir Québec (CAQ) soutient que le ministre Barrette « doit reconnaître les failles de sa propre réforme et corriger le tir immédiatement ». Le porte-parole du parti en matière de santé et député de Lévis, François Paradis, ajoute que le GAMF est devenu « un véritable stationnement pour les familles de l'Outaouais ».