Les infirmières autorisées Marjolaine Eckert et Geneviève Falardeau, en compagnie du Dr Charles-Antoine Breau. Ils ont été honorés par le ministère de la Santé de l'Ontario pour leur geste de prévention.

Plusieurs vies sauvées... à distance

Le Dr Charles-Antoine Breau n'a pas l'habitude d'être sous le feu des projecteurs. L'Acadien de naissance laisse plutôt cette tribune à son frère, le populaire chanteur Jean-François Breau. L'urgentologue de l'Hôpital Montfort et son équipe lui ont toutefois « volé la vedette » récemment. Leur présence d'esprit et leur intervention inhabituelle ont assurément sauvé une dizaine de vies d'un empoisonnement mortel au monoxyde de carbone... à l'extérieur des murs du centre hospitalier.
L'événement quasi tragique s'est déroulé quelques jours avant Noël, l'an dernier. Une jeune femme dans la vingtaine se présente à l'urgence de l'Hôpital Montfort affligée de nausées et de vomissements. Des symptômes courants et qui n'annoncent pas nécessairement une condition alarmante.
« Mais ce qui a frappé les infirmières au triage, c'est qu'elle était trop désorientée pour son jeune âge », explique le Dr Breau.
Bref, quelque chose clochait, ont réfléchi le médecin et les infirmières autorisées Marjolaine Eckert, Geneviève Falardeau, ainsi que l'infirmier autorisé Yan Landry-Bruneau.
Quelques questions plus tard, l'équipe médicale découvre que la patiente venait tout juste de déménager dans un logis chauffé au gaz. C'est à ce moment que le diagnostic d'intoxication au monoxyde de carbone s'est précisé.
Appel au 9-1-1
Mais, en complétant la paperasse dans le dossier de la patiente, le Dr Breau découvre que l'affaire ne s'arrêtera pas là, que le pire est peut-être à venir.
« J'ai remarqué qu'elle habitait dans une unité. On lui a demandé combien il y avait d'appartements dans l'immeuble. 'Huit', nous a-t-elle répondu. On se demandait tous quoi faire. Nous nous sommes dit qu'il fallait alerter quelqu'un. »
Ils ont opté pour une démarche irrégulière.
Un appel a été fait au 9-1-1, directement de la salle d'urgence, à la grande stupeur de la réceptionniste qui avec son affichage téléphonique, peut voir d'où sont originaires les appels. « Elle se demandait bien pourquoi quelqu'un à l'urgence appelait le 9-1-1 ! » s'esclaffe le Dr Breau.
Le répartiteur à l'autre bout du fil est aussi resté stupéfait : « Vous appelez d'où ? »
Finalement, grâce au réflexe de l'urgentologue et de son équipe, des autorités ont été dépêchées à l'immeuble. « Le taux de monoxyde de carbone était très élevé et ils ont évacué les huit logis, dont des familles. En fait, le taux était si élevé dans la chambre à fournaise que quelqu'un aurait pu mourir en deçà de quelques heures. »
Ainsi, l'équipe médicale n'a pas attendu que les patients se présentent à l'hôpital pour leur sauver la vie. La catastrophe a été évitée grâce à leur intervention.
« Ça aurait pu être désastreux », résume le médecin originaire de Tracadie-Sheila, au Nouveau-Brunswick.
Le Dr Breau atténue toute allusion à un geste héroïque.
« Mon frère m'a appelé pour me dire que j'étais un héros. Mais ça fait partie de mon travail. C'est ce qu'on fait chaque jour », dit-il humblement.
Le médecin et son équipe ont été honorés par le ministère de la Santé dans le cadre d'un événement visant à sensibiliser les Ontariens à l'importance des détecteurs de monoxyde de carbone. Ce tueur invisible et sans odeur a causé 380 décès par empoisonnement accidentel de 2000 à 2009, selon Statistique Canada.
« Il est vraiment important d'avoir un détecteur de monoxyde de carbone. Ça sauve des vies », implore le Dr Breau.