Marie-Ève D’Aoust, chef aux opérations, et le DG de la Coopérative des paramédics de l’Outaouais, Paul Levesque.

Pénurie de main-d'œuvre: des incitatifs payants pour la Coopérative des paramédics de l'Outaouais

Confrontée à une importante pénurie de personnel générant des milliers d’heures supplémentaires et à des besoins grandissants partout en province, la Coopérative des paramédics de l’Outaouais (CPO) a sorti son chéquier pour devenir plus alléchante, un pari qui en aura valu la peine.

La CPO n’a pas échappé à la pénurie de main-d’œuvre qui se fait durement sentir dans le réseau de la santé. La coopérative, qui couvre tout le territoire de l’Outaouais, n’avait déjà pas assez de personnel lorsque le gouvernement a procédé à la transformation d’horaires de faction – avec des paramédics en attente à leur domicile – en horaires réguliers à divers endroits dans la province.

En Outaouais, trois horaires de faction ont été transformés, et un horaire à l’heure a été ajouté. À eux seuls, ces changements nécessitaient 20 paramédics de plus, souligne Paul Levesque, qui occupe depuis l’automne dernier le poste de directeur général de la CPO.

« Quand je suis arrivé, la situation n’était plus tenable », dit-il. En 2018-2019, la CPO a enregistré près de 20 000 heures supplémentaires. « On était vraiment en train de brûler la chandelle par les deux bouts », expose M. Levesque.

À certains moments, « certains véhicules ne partaient pas sur la route parce qu’il n’y avait pas de paramédics ». La CPO assure avoir quand même pu répondre aux besoins en « jouant » avec la répartition des véhicules sur le territoire, de sorte que les délais pour les appels urgents n’ont pas été affectés.

La CPO « risquait vraiment une catastrophe, notamment cet été », note M. Levesque. Les employés veulent prendre leurs congés annuels, et « c’est normal », dit-il. Il avoue que la situation a généré une « frustration qui est parfaitement légitime » chez les paramédics n’ayant pas pu obtenir les congés demandés ou leurs congés fériés.

Pour attirer de nouvelles ressources, une prime de 500 $ a été offerte aux paramédics de la CPO qui recommandaient un futur employé. Les nouvelles recrues ont eu accès à une « prime d’arrivée » de 1000 $, accompagnée d’un remboursement de leurs frais de déménagement jusqu’à hauteur de 1500 $.

La CPO leur a aussi garanti des heures. « On leur a dit “même si tu es à temps partiel, […] pour les 1000 premières heures où tu vas travailler chez nous, quoi qu’il arrive, on va te garantir de te payer 72,25 heures par 15 jours”. » Jusqu’à présent, les paramédics embauchés ont travaillé toutes ces heures. « Le risque était minime, parce qu’on avait tellement besoin de main-d’œuvre », fait valoir M. Levesque.

Les nouveaux paramédics œuvrant presque uniquement dans les secteurs ruraux, la CPO leur a aussi offert de leur payer leur kilométrage pour leurs 1000 premières heures.

Depuis le 1er janvier, la Coopérative des paramédics de l’Outaouais a recruté 26 paramédics.

Une présence accrue sur les médias sociaux a permis de faire connaître ces incitatifs. Des représentants de la CPO, dont la chef aux opérations Marie-Ève D’Aoust, ont aussi sillonné les cégeps offrant le programme de soins préhospitaliers d’urgence.

Depuis le 1er janvier, la CPO a ainsi pu recruter 26 paramédics, dont deux provenant d’aussi loin que du Nouveau-Brunswick. « Deux nous ont quittés pour des raisons personnelles, donc on est à 24, plus 13 qui ont des promesses d’embauche », indique M. Levesque. En comparaison, depuis 2015, il n’y avait qu’entre cinq et 15 embauches par année.

Ces incitatifs sont maintenus pour ceux qui n’ont pas atteint le cap des 1000 heures, mais ils ne sont plus offerts dans le cadre des efforts de recrutement qui se poursuivent. Deux nouvelles embauches ont quand même pu être faites sans ces incitatifs.

Sur un budget pouvant aller jusqu’à 500 000 $ pour ces mesures, la CPO estime en avoir dépensé 200 000 $ jusqu’à présent. La CPO compte 230 paramédics, et l’objectif est d’en avoir entre 245 et 250.

En parallèle avec les démarches pour renflouer les effectifs, la coopérative mise donc aussi sur une meilleure « planification de la main-d’œuvre », en considérant entre autres les absences pour des congés parentaux et les éventuels départs à la retraite.