Une gastro-entérologue de l'Hôpital de Hull a refusé de voir le patient deux semaines avant son décès.

Mort faute de «traitement en temps opportun»

Le décès d'un homme 35 ans des suites d'une obstruction intestinale « aurait pu être évité » s'il avait obtenu un « traitement en temps opportun », conclut une coroner qui recommande que le Collège des médecins du Québec (CMQ) « examine la qualité de l'acte professionnel et déontologique » d'une gastro-entérologue de l'hôpital de Hull qui a refusé de voir le patient, deux semaines avant qu'il ne rende l'âme.
Guy Crêtes, un résident de Denholm, s'est éteint chez sa tante le 22 octobre 2015, après des mois de douleurs abdominales. Dans son rapport rendu public mardi, la coroner Pascale Boulay soulève plusieurs questions sur la prise en charge de M. Crêtes. « C'est clairement un décès qui était évitable, affirme Me Boulay en entrevue. C'est un monsieur qui n'aurait pas dû mourir de ça. »
Trois mois avant son décès, le 12 juillet, Guy Crêtes se rend à l'urgence de l'hôpital de Wakefield. « Il souffre depuis trois semaines de douleurs abdominales intenses au côté gauche ; il est fiévreux, il vomit, et il est constipé depuis une semaine, écrit Me Boulay. Il est rapidement vu par une urgentologue qui soupçonne une diverticulite et/ou une sub-occlusion de l'intestin. »
Guy Crêtes est décédé en octobre 2015.
Souffrant d'une allergie à l'iode, M. Crêtes ne peut subir l'examen habituel pour un tel cas. Une échographie urgente est demandée pour le lendemain matin à l'hôpital de Hull. Malgré les recommandations de l'équipe soignante, M. Crêtes retourne chez lui afin d'attendre l'appel le lendemain pour son échographie. Mais l'appel ne vient pas.
« L'urgentologue a demandé une échographie urgente, mais ça a été faxé comme une requête médicale de routine par du personnel de l'hôpital », explique Me Boulay.
M. Crêtes retourne alors à l'hôpital de Wakefield. Selon ses proches, il est renvoyé dans la salle d'attente même s'il ne souhaite qu'obtenir un suivi à la requête de la veille. Après une altercation verbale avec un membre du personnel, le patient part sans voir de médecin.
Connu pour souffrir d'épilepsie, Guy Crêtes voit son neurologue dix jours plus tard. Les notes du médecin montrent que son état de santé se dégrade. Il perd du poids, vomit continuellement et ne mange presque plus. Le neurologue demande une échographie, qui aura lieu le 13 août. Il faudra un mois et demi pour que les résultats lui soient transmis. Le radiologiste recommande « un suivi étroit et traitement pour torsion d'appendice épiploïque ou diverticulite subaiguë », et recommande une colonoscopie si l'état de M. Crêtes ne s'améliore pas rapidement.
En revoyant son patient le 5 octobre, le neurologue appelle la gastro-entérologue de garde à l'hôpital de Hull pour l'aviser « qu'il est inquiet du tableau clinique de son patient et qu'il considère la situation urgente ».
« Malgré l'insistance du neurologue », la gastro-entérologue refuse et demande que la requête soit transmise à l'une de ses collègues, qui était alors en vacances. Le 23 octobre, dès son retour de congé, la deuxième gastro-entérologue appelle chez M. Crêtes pour fixer un rendez-vous. Mais il est trop tard. Il est décédé la veille.
Me Boulay souligne qu'elle ne peut pas se prononcer sur l'acte professionnel de la gastro-entérologue qui était de garde lorsque le neurologue a tenté d'obtenir une consultation urgente. « Par contre, je juge que c'est quand même assez préoccupant, et c'est pour ça que j'ai référé le dossier au CMQ, parce qu'ils ont l'expertise et vont pouvoir faire les vérifications », explique la coroner.
Elle recommande au Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) d'examiner la prise en charge de M. Crêtes afin que « les correctifs soient apportés le cas échéant », et d'examiner le traitement des requêtes pour une échographie « ainsi que les raisons du délai d'un mois et demi pour la transmission des résultats ».
Le CISSSO a indiqué que « les recommandations seront prises en compte ». « Chaque fois qu'un événement comme celui-ci nous est rapporté, nous prenons la situation au sérieux et nous nous empressons de retracer le fil des événements afin de comprendre et de s'assurer que cela ne se reproduise plus », a souligné l'organisation.
«Trop tard, il est mort hier»
Jusqu'à la toute dernière minute, Guy Crêtes attendait avec confiance l'appel pour une consultation avec un gastro-entérologue afin de faire cesser les douleurs qu'il endurait depuis des mois. C'est son père qui a reçu l'appel. « C'est trop tard, il est mort hier. »
Thérèse Ladouceur a vu son neveu de 35 ans mourir dans ses bras, le 22 octobre 2015. Elle a tenté de le réanimer, en vain, en attendant l'ambulance. « J'espère que personne ne souffrira autant que lui, lance Mme Ladouceur entre deux sanglots. Il disait toujours que le médecin allait l'appeler, il avait confiance jusqu'à la dernière minute. [...] J'aurais fait n'importe quoi pour le sauver. »
La famille ne comprend pas pourquoi, malgré l'insistance d'un neurologue, la gastro-entérologue de garde n'a pas vu Guy Crêtes. Les proches digèrent aussi mal que l'homme n'ait pu obtenir de mise à jour sur sa requête pour une échographie à l'urgence de Wakefield. Alors que la coroner Pascale Boulay souligne dans son rapport qu'une note au dossier parle d'un comportement « inapproprié » de la part des proches de M. Crêtes envers le personnel à ce moment, Mme Ladouceur affirme que c'est le personnel qui aurait été brusque en lui criant qu'il allait passer un test avec de l'iode malgré son allergie.
La famille n'envisage toutefois pas de poursuite. « Même si on avait 1 million $ ou 5 millions $, ça ne remplacerait pas la personne qu'on aime, dit Mme Ladouceur. C'est trop dur pour ses parents. On ne pourra jamais faire notre deuil. On va vivre avec ça le restant de nos jours. »