En entrevue éditoriale avec Le Droit, le dirigeant a abordé plusieurs sujets, dont ceux qui guident l’institution dans sa stratégie 2021.

Montfort tourné vers l’avenir

« Notre vision, c’est d’être un hôpital de référence, pas juste un hôpital de choix. »

Deux décennies après la bataille pour la survie de l’établissement, c’est résolument avec optimisme que le président-directeur général de l’Hôpital Montfort, Dr Bernard Leduc, perçoit l’avenir du seul hôpital universitaire francophone en Ontario. 

En entrevue éditoriale avec Le Droit, le dirigeant a abordé plusieurs sujets, dont ceux qui guident l’institution dans sa stratégie 2021. Du nombre, on retrouve le rehaussement de l’offre de services, par exemple l’accueil d’un plus grand nombre de futures mères ayant une grossesse à risque.

« L’un des axes, c’est d’aller encore plus loin au chapitre de l’obstétrique ainsi que de la santé maternelle et fœtale. Présentement, on a un niveau d’obstétrique AA en Ontario, c’est-à-dire qu’on peut garder nos mamans à l’hôpital à partir de la 34e semaine de grossesse, mais évidemment on veut évoluer pour devenir de catégorie BB, soit 32 semaines et éventuellement CC.  Il y a une demande croissante pour ces services. Quand on regarde 5, 10 ou 20 ans dans le futur, quand on regarde le profil démographique, en particulier celui d’Orléans, les grossesses sont plus tardives et la population est en croissance », affirme-t-il.

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Malgré tous ces projets caressés pour le Centre familial de naissance, DLeduc est conscient que l’aménagement de 32 chambres TARP (travail-accouchement-récupération-postpartum) au troisième étage de l’Hôpital de Gatineau, un projet annoncé à deux reprises et qui devrait s’achever en 2022, aura un impact sur son institution. L’objectif de Québec est de rapatrier des centaines d’accouchements sur la rive gatinoise. Bon an mal an, de 500 à 600 femmes de l’Outaouais donnent naissance entre les murs de Montfort.

« Il est évident que si à un moment donné, cette clientèle-là ne vient plus, il va y avoir une capacité supplémentaire. On va s’ajuster, mais est-ce que ça va complètement éliminer les accouchements des mères québécoises du côté ontarien ? Montfort a une réputation et la clientèle est appelée à grandir du côté ontarien. C’est le travail de l’administration de s’assurer à ce moment-là de faire l’adéquation des ressources par rapport à ce qu’on a comme demandes et en termes d’allocation des ressources. Tu ne peux pas amputer un programme d’environ 20 % sans nécessairement qu’il y ait un réajustement. Ça peut créer une opportunité et être l’occasion d’aller chercher une autre clientèle », indique-t-il, rappelant que l’hôpital bénéficie des installations les plus modernes dans la région. 

Vieillissement et pression sur les hôpitaux

Le vieillissement de la population exerce une immense pression sur les établissements hospitaliers, soutient Bernard Leduc, qui estime que le système de santé doit mieux s’adapter à ces réalités. 

« Les hôpitaux ont été développés pour répondre à des situations d’urgence, à des soins aigus, par exemple des accidents, des infections, des infarctus, mais on s’aperçoit que la population vieillit et présente de plus en plus des maladies chroniques, plusieurs même à la fois. Imaginez, quelques patients ont jusqu’à 12 maladies chroniques. Il y a des gens qui avaient des maladies dans le passé et dont l’espérance de vie était courte, mais qui aujourd’hui peuvent vivre encore plusieurs années. Le fardeau augmente, mais on n’a encore rien changé au niveau du système de santé. On en parle, on essaie, mais on n’a encore rien changé », lance-t-il. 

En ce sens, Dr Leduc spécifie que Montfort a l’ambition de devenir un Centre d’excellence clinique (CEC) en multimorbidité, un créneau qu’aucun autre hôpital n’a su développer efficacement.

La statistique est frappante : les 5 % des patients qui utilisent le plus les services de santé en sol ontarien accaparent à eux seuls 60 % des dépenses. 

Il croit que le phénomène des baby-boomers étant passager, « un peu le même principe qu’avec la construction des écoles », peut expliquer la réticence des gouvernements d’investir massivement dans les infrastructures. « Ça nous oblige à trouver des alternatives à l’hospitalisation, à augmenter la capacité à l’interne en libérant les patients plus rapidement, tout en étant certains de le faire de façon sécuritaire. On doit investir dans les soins à la communauté, comme on veut le faire avec le Carrefour Santé d’Orléans. Il faut collaborer et établir un plan de soins pour essayer de maintenir le plus possible chaque personne en santé, dans la communauté [...] Par conséquent, ça nous force aussi à faire des partenariats », poursuit M. Leduc. 

LES IMPACTS DE L'ÉLECTION PROVINCIALE SUR MONTFORT

Même si c’est sous le règne du dernier gouvernement progressiste-conservateur à avoir eu les rênes de la province que l’Hôpital Montfort a été menacé de fermeture, en 1997, son président-directeur général Bernard Leduc n’a pas d’inquiétudes particulières par rapport au résultat des prochaines élections. 

Depuis plusieurs semaines, les sondages prédisent une victoire des troupes de Doug Ford lors du scrutin du 7 juin. 

«Chaque changement de gouvernement apporte évidemment toujours ses enjeux. Pour moi, c’est difficile de voir à ce stade-ci, car je n’ai pas nécessairement vu de grandes plateformes, en tout cas pas spécifiques aux francophones, qui peuvent être interprétées comme de mauvaises choses. Je pense que le Parti progressiste-conservateur a quand même fait des réflexions, avant M. Ford, sur l’importance d’engager la communauté franco-ontarienne. Il y a des avancées qui avaient été faites. Il reste à voir maintenant, je ne peux pas spéculer. [...] Comme organisation publique, on doit travailler avec le gouvernement du jour», affirme-t-il. 

Peu importe le parti qui l’emportera, M. Leduc ne croit pas pour autant qu’il faut rester les bras croisés au sujet de la survie de l’établissement. 

«Il y a beaucoup de transformations dans le système de santé, alors il faut toujours demeurer vigilant», conclut-il. 

L'AVIS DE DR LEDUC SUR LES MÉGASTRUCTURES DE SANTÉ

L’Ontario est à ce jour la seule province où chaque établissement hospitalier a son propre conseil d’administration, contrairement aux autres provinces telles le Québec qui ont procédé à la création de mégastructures régionales de santé. 

En Outaouais, par exemple, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) est né en 2015 de la fusion de sept hôpitaux et de dizaines d’autres établissements de santé. 

L’organisation compte quelque 10 000 employés. Interrogé sur cette tendance à centraliser, Dr Leduc n’a pas hésité à émettre plusieurs réserves. 

«Mon analyse de tout cela, c’est que le mouvement de faire des mégastructures et des régies régionales de santé, qui a commencé dans les années 1990 ailleurs au Canada, c’est encore difficile. Quand je regarde les performances des systèmes de santé, il est difficile de trouver la démonstration concrète et réelle qu’effectivement ça fonctionne partout. [...] Je pense qu’il y a une certaine agilité dans l’adversité à gérer de façon individuelle, on a de bons résultats malgré le fait que l’Ontario a un taux plus bas de lits hospitaliers per capita.  En termes de performance du système de santé, l’Ontario est rarement au fond du baril, on est souvent dans le top 3 ou 4», dit-il. 

QUATRE ORIENTATIONS STRATÉGIQUES DE LA STRATÉGIE 2021 DE MONTFORT (AVEC EXEMPLES DE RÉSULTATS DÉSIRÉS)

1. Devenir un Centre d’excellence clinique (CEC) en multimorbidité

- Les personnes ciblées par le CEC en multimorbidité bénéficient d’une intégration complète de soins

2. Rehausser, de manière ciblée, les services cliniques

- Les nouveau-nés et leurs mères ont accès à des soins à partir de la 32e semaine de grossesse 

- Le volume de chirurgies orthopédiques, oncologiques ou autres cas à haute pondération est augmenté, pour éviter de l’attente inutile des patients

3. Réaliser pleinement les attributs d’un hôpital universitaire

- Le rang de Montfort au classement des hôpitaux de recherche s’est amélioré (37e rang en 2017 au Canada, en hausse d’un échelon)

4. Assumer son mandat provincial

- Des patients franco-ontariens de partout en province bénéficient de services en consultation par télémédecine avec des médecins et autres professionnels de la santé pour l’un des programmes ciblés et du CEC en multimorbidité

- Les professionnels francophones de l’Ontario bénéficient de soutien professionnel et de formation offerts par Montfort