La pharmacienne au CISSSO, Nathalie Gagnon, a remporté le Prix de pharmacothérapie mère-enfant, décerné le printemps dernier par les pharmaciens du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

Médicaments et allaitement, le «dada» d’une pharmacienne gatinoise

Dix années sont passées depuis que Nathalie Gagnon s’est battue contre la Ville de Gatineau après avoir été invitée à donner le sein à son fils dans un vestiaire plutôt qu’à la piscine. Aujourd’hui encore, la pharmacienne continue de faire de l’allaitement un cheval de bataille dans sa vie professionnelle.

En mai 2009, Mme Gagnon allaitait son fils de dix mois au bord d’une piscine municipale lorsqu’une sauveteuse lui a dit qu’elle devait aller dans le vestiaire familial, en évoquant des plaintes reçues dans le passé. L’automne suivant, elle recevait une lettre d’excuse et une compensation monétaire, mais surtout la diffusion d’un message rappelant aux employés de la Ville que les femmes ont le droit d’allaiter et qu’il ne peut leur être demandé de le faire de manière plus discrète.

Accompagnante à la naissance et marraine d’allaitement, la pharmacienne de l’Hôpital de Gatineau n’a pas hésité, au fil des ans, à faire une place aux mamans qui offrent leur lait à leur bébé dans sa vie professionnelle. Alors que s’amorce la semaine mondiale de l’allaitement, les mères de la région peuvent compter sur deux outils développés par Nathalie Gagnon afin qu’elles puissent poursuivre l’allaitement lorsque certains problèmes de santé surviennent.

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En s’impliquant sur un groupe Facebook baptisé Allaitement Outaouais, Mme Gagnon a réalisé qu’il y avait «beaucoup de mamans qui s’inquiétaient de ce qui allait se passer après une chirurgie», raconte-t-elle. Une femme pouvait recevoir jusqu’à «quatre avis différents» sur la possibilité d’allaiter son bébé après une intervention chirurgicale, en fonction des médicaments reçus.

Les données sur l’allaitement ont évolué au fil des ans, souligne la pharmacienne, mais certains professionnels peuvent «répéter des choses qui se disaient il y a 20 ans». «Mon dada, c’est vraiment les médicaments en contexte d’allaitement, alors je me suis dit qu’il fallait que ces femmes-là aient les bonnes informations», dit-elle.

Avec le soutien d’un collègue anesthésiologiste, Mme Gagnon a pu élaborer le protocole «Allaitement en post-opératoire et en post-sédation», adopté par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais l’an dernier.

«Avec les médicaments habituellement utilisés, il n’y a pas de problème [pour l’allaitement], indique Mme Gagnon. Il y a trois médicaments dans le protocole pour lesquels ça n’empêche pas qu’une femme allaite, mais idéalement, il faudrait changer la prescription. [...] On a pratiquement toujours des alternatives plus sécuritaires.»

Un travail récompensé

La pharmacienne s’est aussi attardée aux examens radiologiques chez les femmes qui allaitent, puisque certaines se faisaient dire qu’elles ne pouvaient pas allaiter pendant 24 heures.

Or, dans la majorité des cas, «il n’y avait aucun problème à ce que maman allaite dès qu’elle retrouve son bébé», expose Mme Gagnon. Les femmes reçoivent maintenant un document avec les consignes pour l’allaitement, en fonction du produit de contraste utilisé. Elles peuvent ensuite s’en servir comme référence lorsqu’elles consultent d’autres professionnels de la santé.

L’élaboration de cette procédure a d’ailleurs valu à Mme Gagnon le Prix de pharmacothérapie mère-enfant, décerné le printemps dernier par les pharmaciens du département de pharmacie du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.