Un Québécois sur quatre n'a pas de médecin de famille. À Montréal, c'est 34%.

Médecin de famille: un jeu de patience de 687 jours

Près d'un million de Québécois se sont inscrits sur une liste d'attente au cours des cinq dernières années, dans l'espoir de trouver un médecin de famille. Du nombre, près de 300 000 d'entre eux attendent toujours. Certains sont malades, d'autres ont une santé fragile. D'une région à l'autre, tous ne sont pas égaux, à commencer par les citoyens de l'Outaouais qui doivent attendre 221 jours de plus que la moyenne québécoise pour réussir à dénicher un médecin de famille.
Les listes d'attente ne sont plus l'exclusivité des services de garde à 7$. Près de 300000 Québécois sont inscrits sur une liste d'attente, dans l'espoir de trouver un médecin de famille.
Il faut s'armer de patience. Les gens attendent en moyenne 466 jours avant d'en trouver un. C'est plus qu'une année. Des personnes en bonne santé peuvent même attendre tout près de trois ans.
Tous ne sont pas égaux. Les Québécois qui vivent en Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue et dans la région de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine risquent d'attendre plus longtemps.
En Outaouais, environ 30000 personnes se trouvent sur cette liste, dont le quart sont des patients vulnérables. Au total, 8,3% de la population de la région est actuellement inscrit sur la liste. Il s'agit du plus important ratio parmi toutes les régions du Québec.
Jusqu'à présent, 28700 personnes de l'Outaouais ont réussi à trouver un médecin de famille. Ils ont toutefois dû s'armer de patience, ayant attendu en moyenne 687 jours. Seuls les patients orphelins de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont patienté plus longtemps.
À l'inverse, les résidants des régions de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale semblent plus choyés.
C'est le portrait qui se dégage d'une compilation provenant de la base de données SIGECO du ministère de la Santé, obtenues par La Presse auprès des différentes agences de santé et de services sociaux de la province, à la suite d'une demande d'accès à l'information.
Au Québec, selon la région où ils habitent, on estime qu'entre le quart et le tiers des Québécois n'ont pas de médecin de famille actuellement. Certains n'en veulent pas ou n'en ont pas cherché.
Mais plusieurs sont tout simplement incapables d'en trouver un. C'est pour remédier à cette situation que le gouvernement a mis en place, il y a cinq ans, le guichet d'accès pour les clientèles orphelines (GACO), sorte de liste d'attente pour les patients qui veulent un médecin de famille.
Liste d'attente
À ce jour, quelque 925000 Québécois y ont adhéré. Un peu plus des deux tiers ont ainsi réussi, à force de patience, à trouver un omnipraticien qui accepte de les prendre en charge. Les autres, ils sont environ 293000, attendent encore.
Une large part des personnes inscrites sont considérées en bonne santé. Elles attendent donc longtemps. Beaucoup aussi sont vulnérables, c'est-à-dire qu'elles souffrent de maladie chronique, contrôlée ou non. Elles aussi patientent plusieurs mois.
Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, estime que le GACO est «une excellente mesure», mais qui a ses limites. «On n'a jamais prétendu que ça allait régler le problème», mentionne-t-il.
La marche à suivre est simple. Les gens s'inscrivent d'abord sur la liste d'attente en contactant le centre de santé et de services sociaux de leur territoire. Une infirmière communique ensuite avec eux. Elle dresse un bilan de santé de façon à déterminer leur priorité et leur vulnérabilité.
Le portrait brossé par La Presse révèle qu'un grand nombre de régions prennent plusieurs semaines avant d'évaluer les patients et les classer sur la liste d'attente.
En Outaouais, tout comme dans le Bas-Saint-Laurent, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Mauricie-Centre-du-Québec, et dans les Laurentides, environ un patient sur quatre qui est inscrit sur la liste n'a même pas encore obtenu une cote de priorité.
«On essaie de faire en sorte que ce soit le plus vite possible dans toutes les régions du Québec. Des efforts sont faits pour faire en sorte que les régions où c'est le plus lent mettent des ressources pour qu'on puisse bien évaluer la priorité des patients de façon à ce que ça se passe le plus rapidement possible», assure le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert.
Plus d'incitatifs avec le GACO
Dorénavant, il sera de plus en plus difficile de «magasiner» un médecin de famille en faisant jouer ses contacts. En juin dernier, la révision de lettre d'entente entre le ministère et la FMOQ a fait en sorte de rehausser les incitatifs financiers accordés à un médecin qui accepte de prendre en charge un patient inscrit sur la liste d'attente du GACO.
Du même coup, elle réduit considérablement la rémunération accordée à un médecin lorsqu'il accepte de prendre un nouveau patient référé par une connaissance.
Un médecin qui accepte un nouveau patient en cabinet par l'entremise d'une connaissance obtient un incitatif financier de 25$ pour un patient en bonne santé et 50$ pour un patient vulnérable. Si le patient provient du GACO, l'incitatif financier varie entre 100 et 275$. «Avec les mesures mises en place, on réussit à prendre de plus en plus de patients», affirme le ministre.
Mais pour le critique de l'opposition en matière de santé, Yves Bolduc, il est clair que le système actuel ne répond pas à la demande. Un Québécois considéré en bonne santé n'a pratiquement pas de chance de trouver un médecin de famille, déplore-t-il. La situation est pire avec les nouvelles règles datant de juin.
«Tout le monde devrait avoir un médecin de famille. Quand tu fais le bilan de santé, tu finis toujours par trouver de petites choses à surveiller. Malade pas malade, tout le monde devrait avoir le droit de voir un médecin de famille», affirme M. Bolduc qui parle en connaissance de cause. Il est lui-même retourné à la pratique en cabinet depuis qu'il est dans l'opposition.
Avec Serge Laplante