À la fin de l’été 2019, le personnel infirmier de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau a observé des sit-in pour dénoncer le manque de main-d’œuvre pour répondre aux besoins.
À la fin de l’été 2019, le personnel infirmier de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau a observé des sit-in pour dénoncer le manque de main-d’œuvre pour répondre aux besoins.

Manque de main-d'oeuvre: Après les sit-in, l’espoir

Près de six mois après avoir observé des sit-in, le personnel infirmier de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau espère avoir un peu de répit grâce à un nouveau style de gestion des horaires qui pourrait permettre de réduire le recours aux heures supplémentaires, qu’elles soient obligatoires ou non.

Le Droit a appris que le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) et le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) ont récemment conclu «un accord favorable» visant à ce que le personnel infirmier de l’urgence de Gatineau ne soit plus confronté à une trop grande surcharge de travail.

Sur papier, l’urgence compte 28 civières. Mais le taux d’occupation y est presque toujours au-dessus de 100 %, allant même jusqu’à des pointes d’environ 200 %.

La directrice des soins infirmiers du CISSSO, Marie-Ève Cloutier, a indiqué que dans le cas précis de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, un «rehaussement» des structures de postes est prévu. Cela signifie que des infirmières à temps partiel pourront avoir accès à un poste à temps complet, tel que le souhaite le ministère de la Santé.

Avec une disponibilité accrue des professionnelles en soins, le CISSSO espère avoir suffisamment de personnel infirmier pour combler «les trous» qui apparaissent aux horaires en raison d’absences ponctuelles ou prolongées. L’organisation souhaite ainsi diminuer les heures supplémentaires et éviter les recours aux heures supplémentaires obligatoires. «Ce qu’on s’est assuré, c’est de pouvoir avoir une couverture pour environ 50 patients dans l’urgence, parce qu’actuellement, ça arrive quand même assez régulièrement qu’il y a entre 40 et 50 patients.»

Dans un monde idéal, le syndicat aurait souhaité obtenir un modèle où les ratios sont modifiés, à l’instar de ce qui a été instauré à l’urgence de l’Hôpital de Hull sous forme de projet pilote. Le ministère n’est toutefois pas prêt à aller de l’avant avec un tel déploiement à grande échelle.

Le président du SPSO, Patrick Guay, se montre tout de même satisfait de voir que le CISSSO compte planifier ses équipes «en fonction des besoins de la clientèle».

Les résultats ne seront toutefois pas visibles dans l’immédiat. «Ça va se faire graduellement, indique Mme Cloutier. Il faut trouver le monde.»

Le défi réside donc aussi dans le recrutement. À l’heure actuelle, une recherche pour un emploi en soins infirmiers sur le site Internet du CISSSO donne 89 résultats, dont certains qui concernent plus d’un poste à pourvoir. Les besoins sont immenses, mais le bassin de main-d’œuvre est loin de l’être.

C’est justement à ce chapitre que les membres du SPSO ont émis certaines réserves par rapport aux chances de réussite. «Je ne crie pas victoire, précise Patrick Guay. Les filles ont des craintes et se demandent où [le CISSSO] va trouver des infirmières.»

Si la main-d’œuvre est au rendez-vous, M. Guay est toutefois convaincu que «ça va aider à la charge de travail» de ses membres. Du côté du CISSSO, on espère obtenir des résultats tangibles avant la période des vacances estivales. «C’est ce qui est visé, pour ne pas revivre les situations de l’été dernier», a mentionné Mme Cloutier.

En parallèle à ce changement des structures de postes à l’urgence de Gatineau, une analyse a permis d’identifier d’autres unités où le recours aux heures supplémentaires est élevé. Que ce soit dans le Pontiac, à Hull ou à Maniwaki, des rehaussements et des transformations de postes sont donc aussi prévus.

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Un retour en arrière

À la fin de l’été 2019, le personnel infirmier de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau a observé des sit-in pour dénoncer le manque de main-d’oeuvre pour répondre aux besoins.

À quelques reprises, des infirmières ont ainsi refusé de commencer leur quart de travail, estimant ne pas être assez nombreuses pour offrir des soins de qualité aux dizaines de patients qui s’y trouvaient sur des civières.

Le Tribunal administratif du travail (TAT) avait été appelé à intervenir auprès du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) et du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais dans ce dossier. Le TAT s’était à l’époque dit «conscient des difficultés reliées aux heures supplémentaires obligatoires».

Une rencontre de conciliation avait permis de conclure une entente pour que les deux parties travaillent ensemble «de façon rigoureuse» pour améliorer la situation, rappelle la directrice des soins infirmiers du CISSSO, Marie-Ève Cloutier. Six mois plus tard, les deux parties espèrent que les changements qui sont sur la table permettront d’en arriver à des résultats positifs.