Pour Amir Khadir, qui est aussi médecin spécialisé en microbiologie-­infectiologie, la présence grandissante au Québec de tiques porteuses de la bactérie à l’origine de la maladie de Lyme commande la mise sur pied d’une équipe «pour accompagner le reste des collaborateurs internationaux».

Maladie de Lyme: Khadir demande au Collège des médecins d'être ouvert

Le député de Québec solidaire Amir Khadir réclame la mise sur pied au Québec d’un centre destiné à la recherche et à la prise en charge des infections «chroniques» ou «à bas bruit» comme la maladie de Lyme. Il demande aussi au Collège des médecins de ne pas «ennuyer» les médecins qui, «en attendant que des études soient faites», initieraient des traitements antibiotiques chez les patients atteints de ces infections chroniques.

Le député de Mercier, qui est aussi médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie, participait jeudi à l’étude parlementaire de pétitions concernant l’instauration et l’application d’un plan d’action relatif à la maladie de Lyme. Il a rappelé que l’ex-ministre de la Santé Yves Bolduc projetait de financer un centre de référence sur les maladies infectieuses chroniques, mais que celui-ci n’avait pu voir le jour en raison notamment du manque de disponibilités du spécialiste désigné pour le chapeauter, le Dr Denis Phaneuf.

Pour Amir Khadir, la présence grandissante au Québec de tiques porteuses de la bactérie à l’origine de la maladie de Lyme et la multiplication des personnes atteintes de cette infection commande la mise sur pied d’une équipe «pour accompagner le reste des collaborateurs internationaux qui essaient d’y voir plus clair dans les maladies infectieuses chroniques». 

«Ce centre permettrait de concentrer l’expertise, de rassurer le public, de rassurer les médecins, de ne pas les laisser à eux-mêmes parce que la communauté scientifique est partagée là-dessus», a-t-il expliqué plus tard en entrevue au Soleil

Au cabinet du ministre Gaétan Barrette, on dit «considérer toutes les options». «Actuellement, rien n’empêche nos chercheurs d’adopter le sujet», a mentionné l’attachée de presse du ministre, Catherine W. Audet, qui n’a pas voulu dire si Québec accepterait de financer un centre d’expertise. «Nous nous sommes saisis de la pétition pour considérer toutes les options», a-t-elle simplement réitéré. 

Initier les antibiotiques

Une fois que la Haute autorité de santé, en France, aura publié ses travaux relatifs au protocole de diagnostic et de soins de la maladie de Lyme, attendus pour la fin avril, le député solidaire compte écrire «officiellement» au Collège des médecins pour lui demander de ne pas «embêter les médecins qui, de guerre lasse, devant des patients qui présentent des symptômes d’infection chronique à bas bruit, initieraient des traitements antibiotiques d’épreuve». 

Le «souci légitime», convient-il, c’est de ne pas «surutiliser les antibiotiques». Sauf que pour traiter la maladie de Lyme, ce ne sont pas des antibiotiques de première ligne ou de dernière génération qu’on utilise, mais «de vieilles molécules qui n’interfèrent pas avec les autres, qui sont complètement différentes», comme la doxycycline et la rifampicine, et qui ne risquent pas donc pas d’occasionner de l’antibiorésistance, explique le Dr Khadir. 

Cette ouverture des médecins et de leur ordre professionnel éviterait, selon lui, que les malades québécois soient «victimes de charlatans aux États-Unis qui leur chargent des milliers de dollars en tablant sur des tests plus ou moins conformes et recommandables». 

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«IL MANQUE DES DONNÉES DES DEUX CÔTÉS»

«On peut prescrire des traitements non reconnus au Québec, mais seulement dans un cadre de recherche.»

Le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, rejoint l’idée du député Amir Khadir d’avoir un centre de recherche qui permettrait à des patients présentant des symptômes s’apparentant à la maladie de Lyme «chronique» d’être inclus dans un protocole de recherche et d’avoir accès à des traitements antibiotiques non reconnus.

Mais en dehors de ce cadre, les médecins doivent baser leurs interventions sur des données scientifiques publiées, dit le Dr Robert. «Ce n’est pas différent que pour tout autre traitement faisant l’objet d’une controverse. Il manque des données des deux côtés, tant de ceux qui disent que la maladie de Lyme chronique existe que de ceux qui disent que ça n’existe pas. Donc la réponse, ça va être par la recherche. Et oui, ça va prendre du temps, comme ça a pris du temps pour le traitement Zamboni. Ça a pris sept ans avant qu’on ait les résultats, mais on les a eus, et ce que ça a confirmé, c’est que notre attitude de prudence était justifiée.»

Le Dr Robert insiste : ce n’est pas en tirant sur les fleurs qu’elles vont pousser plus vite. «La méthode scientifique prend du temps.» Actuellement, il n’y a pas de recommandations internationales pour le diagnostic et le traitement de la forme chronique de la maladie de Lyme, rappelle-t-il.

«On va tenir compte de l’avis qui sera publié en avril par la Haute autorité de santé en France. Mais honnêtement, je ne m’attends pas à ce que soit si clair que ça [quant à un protocole de diagnostic et de traitement]. Je m’attends à ce qu’il y ait une recommandation de faire de la recherche», dit le Dr Robert.