C’est 17% de la population canadienne qui fumait en 2016.

Lutte au Tabac: les experts réunis à Ottawa

Plus d’une vingtaine d’experts en cessation tabagique se réunissaient, vendredi et samedi, au Centre Shaw, pour faire le point sur la lutte au tabac, les innovations en ce sens et les succès encourus par une technique développée par l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa qui porte désormais le nom de « Modèle d’Ottawa pour l’abandon du tabac » (MOAT).

Près de 375 médecins, pharmaciens, experts en toxicomanie et autres intervenants en santé publique sont venus entendre différents orateurs d’un peu partout dans le monde pendant ces deux jours.

C’était la 10e édition de la Conférence sur l’abandon du tabac, un colloque qui réunissait divers spécialistes dont, cette année, Sophia Papadakis, de l’Université de Crête en Grèce, venue parler des meilleurs traitements antitabagiques en milieu clinique. 

Le Dr Karl Fagerström, du Centre d’information sur le tabagisme de Stockholm, a abordé les approches antitabac contemporaines et les perspectives d’avenir dans ce domaine.

Le Dr Andrew Pipe, de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, s’est attaqué aux mythes et aux réalités en matière de pharmacothérapies antitabac. 

Kahtryn Flanigan, de l’équipe de santé familiale du Centre de médecine familiale de Kitchener, a abordé les problèmes de tabagisme chez les réfugiés, une population particulièrement touchée par ce fléau.

Selon l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, « la Conférence d’Ottawa est aujourd’hui une référence nationale pour les professionnels de la santé qui désirent approfondir leurs connaissances sur l’abandon du tabac en milieu clinique ».

Le fameux modèle d’Ottawa est un programme qui peut être adapté à n’importe quelle institution de santé et est actuellement déployé dans plus de 350 établissements de santé au Canada. Le modèle d’Ottawa est appliqué exclusivement en milieu de santé auprès des patients qui souffrent de pathologies reliées au tabagisme.

Quelques chiffres

En 2016, 17 % de la population canadienne fumait et 44 % de toutes les cigarettes grillées le sont par des gens souffrant de problèmes psychiatriques ; ces derniers meurent d’ailleurs 25 ans plus tôt que les autres citoyens du pays.

Le tabac provoque au Canada, chaque année, 40 000 morts prématurées et demeure la cause première des maladies évitables, de l’invalidité et des décès.   

Une évaluation menée auprès de neuf hôpitaux qui ont adopté le MOAT a révélé une hausse de 11,1 % (de 18,3 % à 29,4 %) du taux d’abandon du tabac à long terme chez les patients en général. Ce programme allie médicaments antitabagiques et conseils stratégiques, entre autres choses.

Des nouveaux gênants

Deux nouveaux joueurs viennent troubler le monde de la lutte antitabac : la légalisation de la marijuana et les cigarettes électroniques, deux éléments que l’on n’avait pas à considérer il y a quelques années et que les spécialistes en cessation tabagique trouvent préoccupants.

En ce concerne la cigarette électronique, plusieurs fumeurs en ont fait un moyen pour cesser de fumer graduellement.

« On n’a pas encore assez de preuves en ce sens au Canada, mais la cigarette électronique n’est pas une méthode que l’on recommande pour la cessation tabagique, même si pour certaines personnes, ça fonctionne », explique Marie-Lyne Do Couto, facilitatrice des services d’approche pour le MOAT à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.

Quant à la légalisation de la marijuana, elle pourrait faire reculer les acquis en matière de lutte aux toxicomanies. C’est un sujet qui retiendra certainement l’attention des panélistes et orateurs lors de la prochaine conférence en 2019.