Dr Denis Prud’homme, directeur scientifique de l’Institut du savoir Montfort.

L’impact de la langue sur la qualité des soins

L’impossibilité d’obtenir des soins de santé dans sa langue maternelle pourrait avoir un impact négatif significatif sur la qualité et la sécurité des services obtenus, révèle une récente étude basée sur les dossiers de dizaines de milliers de patients ontariens.

L’étude à laquelle a participé le Dr Denis Prud’homme, directeur scientifique de l’Institut du savoir Montfort, explore le phénomène de « discordance linguistique » en santé, qui survient lorsqu’un patient n’obtient pas de services dans sa langue maternelle.

En analysant les données concernant des patients obtenant des soins de longue durée (privés ou publics) en Ontario, le Dr Prud’homme et son équipe ont notamment constaté que le risque d’erreurs est plus élevé dans un contexte de discordance linguistique entre le patient et l’équipe soignante.

« Pour les francophones qui sont traités dans un hôpital désigné [en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario], leur risque d’avoir une erreur médicale est diminué de 15 %, expose le Dr Prud’homme. Ça, d’après moi, ce sont nos premières données objectives, probantes, qui confirment la pertinence de la loi et de la désignation. »

Alors qu’« il y a 0,3 % des francophones en Ontario qui parlent juste français », le chercheur souligne que leurs compétences en anglais peuvent être surestimées, tant par les patients eux-mêmes que par les professionnels de la santé. Un bilinguisme fonctionnel pour les études ou le travail peut s’avérer insuffisant dans le contexte d’une consultation médicale, où les termes sont parfois déjà complexes dans la langue maternelle du patient. « Les gens pensent qu’ils sont bilingues, mais ça peut leur jouer des tours et ils sont inconscients de ce phénomène-là », soutient le Dr Prud’homme.

Le chercheur a donné l’exemple d’un patient-partenaire ayant œuvré « toute sa vie au fédéral en anglais », qui est passé par l’Hôpital Montfort avant d’avoir besoin de services de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, « un milieu majoritairement anglophone ».

Le patient a alors souffert d’anxiété. « Ça a eu des impacts sur ses capacités de comprendre ce qui se passait », note le Dr Prud’homme.

Ce dernier estime que les professionnels de la santé doivent eux aussi être conscients du phénomène de discordance linguistique. Les médecins pourraient par exemple demander aux patients de répéter quelles sont les options de traitement afin de savoir s’ils ont bien compris, a indiqué le Dr Prud’homme.

Les travaux de l’équipe du Dr Prud’homme ont par ailleurs permis de voir que « les patients francophones ont plus de risque de mourir à l’hôpital ». « Pas parce que les hôpitaux sont moins bons, précise le Dr Prud’homme. C’est parce que les patients ne peuvent pas mourir à la maison. De plus en plus, les gens veulent mourir à la maison, mais les francophones n’ont peut-être pas accès à des soins à domicile […] ou à des soins palliatifs. »

Les grandes lignes de l’étude seront présentées par le Dr Prud’homme dans le cadre des Entretiens Montfort, à compter de 18 h le 25 septembre prochain — le Jour des Franco-Ontariens. Le chercheur souhaite notamment « démystifier » l’idée que de demander des services dans sa langue maternelle puisse être une sorte de « caprice ».

Le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, sera de ceux qui assisteront à la conférence, qui se déroulera à l’Hôpital Montfort. L’inscription est gratuite et peut se faire via le site evenbrite.ca

+

UN NOUVEAU MÉDECIN-CHEF À MONTFORT

L’Hôpital Montfort aura un nouveau médecin-chef à compter de décembre prochain. Il s’agit du Dr Stéphane Roux, qui a fait carrière comme médecin et pilote au sein des Forces canadiennes. 

Le Dr Roux remplacera le Dr Guy Moreau, qui arrivera bientôt à la fin de son deuxième et dernier mandat à titre de médecin-chef de l’hôpital francophone du chemin Montréal. 

Le Dr Roux, qui s’est enrôlé dans les Forces canadiennes en 1989 en tant que pilote, a notamment servi en Haïti et au Kozovo. Il a réorienté sa carrière vers la médecine en 2000 et a obtenu son permis de pratique en 2006. 

Il a notamment oeuvré à la base militaire de Bagotville et a été médecin-chef à l’Ambassade du Canada à Washington. En juin dernier, il a été nommé médecin-chef de l’Aviation royale canadienne. 

Le président du conseil d’administration de l’Hôpital Montfort, Carl Nappert, a remercié dans un communiqué le Dr Guy Moreau pour le travail effectué au poste qu’occupera le Dr Roux dans quelques mois. 

«Il a contribué à la croissance de Montfort comme hôpital universitaire et le nombre de résidents en spécialité médicale se faisant former ici a augmenté», a notamment souligné M. Nappert.