La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, a fait un arrêt à Gatineau lundi. Sur la photo, elle est accompagnée du président par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO-FIQ), Patrick Guay.

Les professionnelles en soins dénoncent les propos de la PDG du CISSSO

Des dizaines de professionnelles en soins de l'Outaouais ont manifesté lundi afin de dénoncer que leur grande patronne ait évoqué un manque de «rigueur» pour expliquer les nombreux rapports de coroners visant le réseau de la santé de la région ces dernières années.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, était de passage devant l'Hôpital de Gatineau, lundi midi, pour soutenir ses membres qui y manifestaient leur mécontentement. Au même moment, d'autres professionnelles manifestaient devant l'Hôpital de Papineau.

La semaine dernière, la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), Josée Filion, avait nié que le manque de ressources financières puisse être à l'origine de décès évitables au cours des dernières années.

«On doit continuellement chercher à améliorer nos pratiques et nos façons de faire, avait-elle aussi souligné. […] La rigueur et le respect de celles-ci sont de mise dans chaque geste que nous posons au quotidien, et ce par l’ensemble des employés.»

Le Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO-FIQ) n'a pas digéré cette allusion à la rigueur. «C'est un manque de sensibilité flagrant, c'est irrespectueux, a lancé le président par intérim du SPSO, Patrick Guay. […] Il n'y a pas une professionnelle qui se lève le matin en disant 'je fais une erreur ce matin'.»

La pénurie de personnel et «la surcharge de travail» qui en découle sont plutôt à blâmer, affirme M. Guay. Lorsqu'il manque de professionnelles sur une unité de soins, celles qui sont au travail ne peuvent «pas donner le même niveau de qualité de soins», dit-il.

«C'est difficile, souligne Caroline Dufour, qui travaille à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau. On est toujours en sous-effectif parce que l'achalandage est à 150% et plus tout le temps. […] L'employeur utilise notre code de déontologie pour nous forcer à rester, mais mon code de déontologie dit aussi que si je suis inapte, je dois quitter. En ce moment, ce qu'on nous dit ici, c'est que si on est inapte et qu'on reste, ça va être quand même de notre faute [si une erreur est commise] parce qu'il faut faire preuve de rigueur.»

Après l'épisode de l'annulation de l'offre d'une rémunération à taux double pour les heures supplémentaires pendant la longue fin de semaine de la fête du Travail, Patrick Guay estime que Mme Filion «ajoute l'insulte à l'injure en laissant planer des doutes sur la compétence des professionnelles en soins».

«Elle doit faire ses devoirs»

La présidente de la FIQ n'a pour sa part pas été tendre à l'endroit de la grande patronne du CISSSO. «Ça fait six mois qu'elle est en poste, […] alors les professionnelles en soins s'attendent d'elle qu'elle passe à l'action et qu'elle annonce des mesures, a lancé Mme Bédard. […] Elle doit faire ses devoirs et s'assurer que les professionnelles en soins aient les moyens de soigner.»

La partie syndicale réclame notamment la mise en place de «ratios sécuritaires», une mesure ayant donné des résultats «positifs» dans le cadre d'un projet pilote à l'urgence de l'Hôpital de Hull.

Alors que les négociations entre la FIQ et le gouvernement doivent s'entamer cet automne, le syndicat souhaite que des solutions soient mises en place rapidement. Les fonds du statut particulier accordé à la région en 2007 devraient entre autres servir atténuer la pression que vivent les employés, estime le syndicat.

«Il faut qu'on trouve des solutions, on n'a pas le choix, insiste Patrick Guay. Encore en fin de semaine, ils ont travaillé en moins à l'urgence et il y avait 57 patients. C'est inadmissible que l'assistance infirmière chef revienne sur le plancher. Elle a délaissé toutes les tâches administratives qu'elle doit faire pour aller donner des soins.»