Certaines habitudes sont plus difficiles que d’autres à changer.

Les fumeurs encore nombreux sur les campus hospitaliers d'Ottawa

Dans plus de 70 % des 805 inspections menées sur les campus des hôpitaux d’Ottawa, au cours des six derniers mois, les agents ont dû intervenir puisque les changements apportés à la Loi favorisant un Ontario sans fumée n’ont pas été respectés.

Il est interdit de fumer sur l’ensemble des terrains hospitaliers depuis le 1er janvier dernier. Les zones réservées aux fumeurs n’existent plus et les employés, les visiteurs et les patients doivent se rendre à l’extérieur de la délimitation du terrain des hôpitaux pour griller une cigarette ou vapoter.

En date du 30 juin, les agents ont émis 522 avertissements et 53 amendes à des personnes qui ne respectaient pas la Loi. C’est le campus Général de l’Hôpital d’Ottawa qui remporte la palme avec 24 constats d’infraction. Le large terrain sur lequel se situe l’établissement peut expliquer le nombre élevé de fumeurs qui ont été pris en délit, explique Santé publique Ottawa (SPO).

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La décision de délivrer un constat d’infraction est laissée à la discrétion des agents. Ces derniers jouent aussi un rôle de sensibilisation et expliquent aux contrevenants la raison d’être de cette modification.

« On explique pourquoi la Loi a changé. Les hôpitaux ce sont des endroits où les gens vont pour guérir et d’être exposé à la fumée secondaire ça nuit à ce processus-là », explique Dana Periard, officier de projet avec SPO, qui ajoute que les agents font preuve d’empathie lorsqu’ils vont à la rencontre des fumeurs.

Un tel changement de comportement de la norme sociale peut prendre des années avant de s’instaurer. D’où l’importance d’assurer une présence sur le terrain et d’éduquer la population, souligne M. Periard. « Le règlement sans fumée dans les espaces extérieurs c’est assez nouveau. On a commencé en 2012 à Ottawa (qui interdit de fumer sur les terrasses ainsi que dans les parcs et les plages de la Ville) et il faut compter une dizaine d’années avant que la norme sociale soit qu’on ne fume pas en public. Ça va prendre du temps aussi du côté des hôpitaux, mais je pense que ça va bien aller. C’est clair qu’il y aura toujours des gens qui vont fumer où c’est interdit. »

Des patients confus
La majorité des patients rencontrés par Le Droit, sur les terrains de l’Hôpital Montfort, cette semaine, affirment que la signalisation n’est pas claire. « Je pense que je suis au bon endroit. Je fume ici parce que j’ai vu des infirmières fumer ici », raconte une patiente.

Un autre, qui grillait une cigarette devant l’entrée des ambulances semblait indifférent lorsqu’on lui a appris qu’il était sur le terrain de l’hôpital et qu’il enfreignait la Loi. « Je suis malade, où veux-tu que j’aille avec mon intraveineuse ? », a-t-il lancé.

Des scénarios qui se répètent quotidiennement sur les terrains de la propriété des hôpitaux d’Ottawa, selon un chauffeur de taxi qui s’y rend fréquemment. « Les gens ne savent même pas où ils ont le droit d’aller. Ce n’est pas clair. J’en vois tous les jours. Les gens malades sont déjà stressés. C’est difficile pour eux d’arrêter de fumer et là ils doivent se rendre sur le bord de la rue. C’est correct qu’on ne puisse pas fumer devant la porte, mais je trouve que c’est ridicule d’aller aussi loin », soutient le chauffeur qui souhaitait conserver l’anonymat.

De son côté, M. Periard confirme que des mesures seront prises afin d’améliorer la signalisation, mais il admet que chaque hôpital a ses défis de configuration. Des discussions sont en cours afin d’installer des affiches de 8 pieds pour être plus visible. « Les agents de sécurité des hôpitaux peuvent nous aider en signalant où ils voient le plus souvent des gens fumer et on peut ensuite demander à l’hôpital de mettre une affiche à cette place », précise M. Periard.