Les jeunes femmes qui souffrent de boulimie sévère et qui ont été hospitalisées pour cette condition seraient quatre fois plus à risque de souffrir à long terme de maladies cardiovasculaires que les autres.

Les femmes hospitalisées pour boulimie plus à risque de maladies cardiovasculaires

MONTRÉAL - Les troubles alimentaires peuvent faire des ravages. Et les jeunes femmes qui souffrent de boulimie sévère et qui ont été hospitalisées pour cette condition seraient quatre fois plus à risque de souffrir à long terme de maladies cardiovasculaires que les autres.

Cette conclusion ressort d’une analyse effectuée par une chercheure au Centre de recherche du CHUM (Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal), la docteure Nathalie Auger, qui s’est penchée avec son équipe sur la question, parce qu’il n’existait que peu - ou pas - de données sur l’impact dans le temps de la boulimie sur le coeur.

Leur étude conclut également que ces femmes souffrant de boulimie sévère sont aussi près de cinq fois plus à risque de mourir dans la décennie suivant leur hospitalisation.

La boulimie est caractérisée par des épisodes de frénésie alimentaire (binge eating) suivis par des vomissements autoprovoqués de la nourriture ingérée, l’usage de laxatifs et d’exercice excessif, entre autres.

Au cours de leur vie, de 1 à 3 pour cent des jeunes femmes souffriront de boulimie selon Statistique Canada. Et au Québec, l’anorexie, la boulimie et d’autres troubles de l’alimentation touchent plus de 100 000 filles et femmes.

Pourquoi avoir étudié la boulimie?

Parce qu’il y avait plusieurs recherches sur les impacts médicaux immédiats de la boulimie, mais pas sur l’association entre cette condition et les problèmes cardiovasculaires sur une plus longue période de temps, avance la chercheure, qui est aussi professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Et aussi, «les troubles alimentaires sont souvent négligés dans la définition des maladies mentales», a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse canadienne.

Pour son étude, elle a analysé les dossiers médicaux de près de 417 000 femmes hospitalisées au Québec et le suivi s’est poursuivi pendant 12 ans, entre 2006 et 2018. Parmi elles, 818 avaient été admises pour boulimie et 415 891 pour des événements reliés à leurs grossesses: ces dernières constituaient le groupe témoin en santé.

Parmi d’autres constats, l’étude a notamment relevé celui-ci: les femmes hospitalisées pour boulimie ont environ sept fois plus de risque de développer une cardiopathie ischémique - une pathologie caractérisée par un manque d’apport en oxygène et en sang au muscle cardiaque - ou de l’athérosclérose, une accumulation de plaques à l’intérieur de la paroi des artères, qui les rétrécit peu à peu.

Et ces risques élevés perdurent jusqu’à sept ans après la dernière hospitalisation.

L’analyse a porté sur les femmes, car la quasi-totalité des personnes qui souffrent de boulimie - 90 pour cent - sont de sexe féminin. Le trouble débute la plupart du temps à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. La boulimie est l’une des maladies psychologiques les plus communes chez les femmes, est-il précisé dans l’étude.

Pourquoi la santé cardiovasculaire de ces femmes se détériore-t-elle? «On ne connaît pas la raison, mais il y a plusieurs facteurs de risque qui peuvent y contribuer», indique Mme Auger. Par exemple, ces femmes ont souvent une alimentation qui est loin d’être idéale, souvent très riche en calories et leur condition peut aussi être stressante pour leur coeur, a-t-elle donné en exemple lors de l’entrevue. La boulimie est liée au stress psychosocial et à l’anxiété, peut-on lire dans l’analyse.

Il n’a évidemment pas été possible d’éliminer toutes les causes ayant pu influer sur les résultats comme l’alcool et la cigarette, cette dernière étant fréquente chez les femmes souffrant de boulimie qui cherchent à maintenir leur poids, avertit Dre Auger.

Après avoir dégagé leurs résultats, les chercheurs suggèrent que ces patientes bénéficient d’un suivi serré afin de prévenir les maladies cardiovasculaires et de limiter les facteurs de risques.

Les résultats de l’équipe de recherche ont été publiés dans la revue scientifique JAMA Psychiatry.