Le Dr Simon Grandjean Lapierre, qui coordonne le programme de recherche sur la tuberculose à Madagascar, et ses collègues utilisent les drones pour acheminer des échantillons cliniques vers un laboratoire.

Les drones pour combattre la tuberculose

MONTRÉAL — L’utilisation de drones a doublé l’accès au diagnostic et plus que doublé la rétention des patients dans le processus de soins pour la tuberculose à Madagascar, a révélé le médecin montréalais qui coordonne le programme de recherche sur place.

«Ça veut dire qu’une personne sur deux qui est testée aujourd’hui n’était pas testée auparavant. Et puis parmi tous les gens qui sont confirmés comme ayant la tuberculose, une personne sur deux qui finit son traitement ne finissait pas son traitement au préalable», a précisé depuis Madagascar le docteur Simon Grandjean Lapierre, du Centre de recherche du CHUM.

Le docteur Grandjean Lapierre coordonne ce projet du CR-CHUM et de l’Institut Pasteur de Madagascar. Le financement provient de TB Reach, une initiative appuyée principalement par Affaires mondiales Canada et la Fondation Bill et Melinda Gates.

L’utilisation des drones dans le domaine de la santé est relativement récente et peut prendre plusieurs formes, a-t-il expliqué. La forme la plus simple est la surveillance, quand un drone muni d’une caméra, par exemple, est envoyé survoler une région dévastée par une catastrophe naturelle où une intervention est planifiée. De manière un peu plus complexe, on peut aussi envoyer un drone livrer ou parachuter des médicaments ou des vaccins.

Le docteur Grandjean Lapierre et ses collègues utilisent quant à eux les drones pour acheminer des échantillons cliniques ou des spécimens vers un laboratoire où ils sont analysés.

«Le cas échéant, on est capables de renvoyer avec la même technologie, en sens inverse, le traitement ou une autre commodité médicale nécessaire», a-t-il dit.

Obstacles multiples

Le potentiel des drones devient rapidement évident quand on réalise l’importance des obstacles qui empêchent un patient d’avoir accès à un diagnostic et à un traitement.

Dans certains cas, le patient pourra devoir marcher pendant plusieurs heures, voire quelques jours, à travers sentiers et rizières avant de rejoindre une route de terre battue — souvent impraticable pendant la saison des pluies — qui le mènera, après une demi-journée de route, à un centre de traitement.

«Donc c’est vraiment un éloignement extrême, a dit le docteur Grandjean Lapierre. Et au-delà de ça, ce sont des populations qui évidemment sont très dépendantes de l’agriculture traditionnelle. Quitter leur milieu et s’investir dans un processus d’aller chercher un diagnostic de tuberculose et commencer des médicaments pendant six mois, pratico-pratique, ça veut dire une perte d’opportunités, une perte de rémunération qui est déjà très faible, trop importante pour pouvoir subvenir aux besoins, à la famille et tout ça.»

Dans un tel contexte, poursuit-il, une maladie comme la tuberculose qui est transmise dans les airs, par la toux, d’une personne à une autre, «peut faire des ravages» dans une communauté où les gens vivent en grande proximité à l’intérieur des maisons.

La tuberculose est la bactérie qui tue le plus de gens dans le monde chaque année. Elle est la première cause de maladie infectieuse au monde, devant le VIH et le paludisme. L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’environ 10 millions de personnes ont la tuberculose chaque année. Entre trois et quatre millions d’entre elles ne seraient jamais diagnostiquées et ne seraient jamais rejointes par le système de santé.

Madagascar est un pays à haute incidence de tuberculose. Il y aurait entre 200 et 250 patients par 100 000. En comparaison, le nombre est de moins de cinq par 100 000 au Canada, mais il peut atteindre 500 ou 600 dans les pays à très haute incidence.

«On se rend compte que les méthodes traditionnelles qui sont utilisées depuis des décennies pour traiter et diagnostiquer la tuberculose sont insuffisantes pour pouvoir maîtriser le problème, d’où l’idée d’essayer d’intégrer ces nouvelles technologies-là et essayer de voir ce que ça peut nous faire gagner comme chemin dans la lutte contre la maladie», a expliqué le docteur Grandjean Lapierre.

Terrain d’essai idéal

Madagascar semble être le terrain d’essai idéal pour mesurer le potentiel des technologies.

«Madagascar est un lieu de recherche et d’étude très intéressant parce qu’on travaille avec des populations qui sont très stables géographiquement, qui sont très isolées, qui ont peu de résistance aux médicaments antituberculeux, et apparemment peu de VIH, a précisé le docteur Grandjean Lapierre. Donc toutes les conditions sont là pour qu’on puisse, si on trouve la bonne solution, arriver à faire un progrès très rapide dans l’élimination de la maladie. On n’est pas en train de se battre avec une co-infection au VIH ou avec des microbactéries de tuberculose qui sont très résistantes aux traitements.»

L’enjeu en est donc véritablement un d’accès aux infrastructures de santé, de repérer les cas qui seraient autrement ratés. Les technologies testées à Madagascar, si elles fonctionnent, pourront être exportées pour améliorer l’accès dans des contextes similaires, qui sont très prépondérants en Afrique subsaharienne.

La technologie des drones s’est améliorée au cours des dernières années et les prix ont chuté. En ce moment, les chercheurs disposent de drones capables de franchir une centaine de kilomètres en emportant une charge de deux à six kilos. Ces drones sont entièrement électriques et autonomes au niveau du pilotage.

«Mais c’est certain que ça nécessite plus d’entretien et de surveillance qu’un 4 X 4 ou un téléphone», a lancé le docteur Grandjean Lapierre.

Les chercheurs étudient maintenant comment ils peuvent donner plus d’ampleur à ce projet.