«Les conditions de travail sont exécrables en Outaouais»

Les conditions de travail «exécrables» observées dans le réseau de la santé en Outaouais ne sont pas illusoires et l’étude rendue publique la semaine dernière par Équité Outaouais vient prouver l'existence de lacunes, estime le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO).

Les données présentées dans l’étude menée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) montraient notamment qu’en 2016-2017, l’Outaouais comptait 5,7 infirmières par 1000 habitants, comparativement à un ratio provincial moyen de 8,4 infirmières par tranche d’un millier d’habitants. «On ne se demande pas longtemps pourquoi la surcharge de travail est autant décriée», laisse tomber la la vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et répondante politique pour le SPSO, Shirley Dorismond.

La présidente du SPSO, Lyne Plante, affirme que les conditions de travail de ses membres ne se sont pas améliorées depuis la création du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), en 2015. Elle souligne notamment qu’auparavant, le temps supplémentaire obligatoire était observé seulement sur le territoire de l’ancien Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Gatineau. Le recours à une telle mesure existe maintenant sur les quatre autres territoires (Collines, Papineau, Pontiac et Vallée-de-la-Gatineau), déplore Mme Plante.

Cette dernière soutient que le CISSSO fait piètre figure en matière de rétention de ses professionnelles en soins, plusieurs choisissant de quitter le bateau dans les trois ans suivant leur embauche. Elles retournent dans leur région d’origine, traversent la rivière pour travailler en Ontario ou réorientent carrément leur carrière «parce que les conditions de travail sont exécrables en Outaouais», lance la présidente du SPSO.

La répondante politique pour le SPSO, Shirley Dorismond, et la présidente du SPSO, Lyne Plante

Un rattrapage est aussi nécessaire en éducation afin qu’il y ait suffisamment de futures professionnelles en soins formées directement dans la région, le tout pour améliorer le taux de rétention, croit Mme Plante.

Alors que différentes annonces doivent mener à la construction de nouveaux centres d’hébergement et au réaménagement de l’unité de périnatalité de l’Hôpital de Gatineau, le SPSO craint déjà un manque de personnel pour y œuvrer. «C’est bien beau les beaux projets d’immeubles, mais ça ne nous donnera pas personne de plus à l’intérieur des murs pour soigner les gens», s’inquiète Mme Plante.

À l’aube du déclenchement de la campagne électorale, Lyne Plante souhaite que les différents candidats prennent des engagements clairs pour investir davantage dans la région, de même que pour préserver le statut particulier accordé en 2007 au réseau de la santé de l’Outaouais par Philippe Couillard, qui était à l’époque ministre de la Santé.

«Qu’ils soient rouges, qu’ils soient bleus ou qu’ils soient verts, ça, ça n’a pas d’importance pour moi, note Mme Plante. Ce qui est important, c’est qu’ils soient à l’écoute. [...] Je veux qu’ils nous entendent, qu’ils nous écoutent, mais qu’ils agissent aussi.»

La FIQ milite aussi pour que l’instauration de nouveaux ratios patients-infirmière, actuellement prévue sous forme de projets pilotes, soit rapidement encadrée par une loi à la grandeur de la province.