Alors que les gouvernements et les autorités de santé publique du monde entier sont sur un pied de guerre pour contenir le nouveau coronavirus, l’agence canadienne qui finance la recherche publique en santé veut soutenir rapidement les travaux visant à mieux comprendre le virus - y compris la peur et le racisme qu’il peut susciter au sein de la population.

Les chercheurs sont invités à se pencher aussi sur les impacts sociaux du coronavirus

OTTAWA - Alors que les gouvernements et les autorités de santé publique du monde entier sont sur un pied de guerre pour contenir le nouveau coronavirus, l’agence canadienne qui finance la recherche publique en santé veut soutenir rapidement les travaux visant à mieux comprendre le virus - y compris la peur et le racisme qu’il peut susciter au sein de la population.

Les Instituts de recherche en santé du Canada disent vouloir mieux comprendre comment ce coronavirus se propage, aussi bien dans le corps que dans les esprits.

«Il s’agit vraiment d’une question urgente», a déclaré la docteure Charu Kaushic, directrice scientifique de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires au sein de l’agence fédérale. Mme Kaushic estime que beaucoup de questions sur le nouveau virus demeurent sans réponses, et ces réponses pourraient nous aider en cas de propagation au-delà de la Chine, où les cas confirmés sont largement concentrés.

L’agence suggère plusieurs champs de recherche qui pourraient être financés, y compris la façon dont les gens comprennent et réagissent à ce nouveau coronavirus. Des subventions seraient ainsi disponibles pour élaborer des stratégies de lutte contre la désinformation, la peur et la discrimination, notamment à l’endroit de personnes d’ascendance asiatique, comme cela a déjà été signalé.

Les chercheurs sont aussi encouragés bien sûr à trouver un moyen de détecter et de suivre les tout premiers cas de ce type de coronavirus, qui a jusqu’à présent fait plus de 600 morts - essentiellement en Chine - et infecté plus de 31 000 personnes dans le monde. En date de vendredi, cinq cas du nouveau coronavirus avaient été formellement confirmés au Canada et personne n’était mort de la maladie.

Rien toutefois n’indique pour l’instant que ce coronavirus sera aussi dangereux que le virus de l’influenza, responsable de la «grippe commune», qui tue des milliers de personnes chaque année au Canada. À l’heure actuelle, «on ne sait pas clairement avec quelle facilité ce virus se transmet d’une personne à l’autre», rappelle l’Agence de la santé publique du Canada. Par ailleurs, la plupart des personnes atteintes d’une maladie causée par un coronavirus se rétablissent d’elles-mêmes.

Concertation internationale

Les Instituts de recherche en santé du Canada prévoient d’offrir un maximum de 1 million de dollars sur deux ans pour les projets de recherche purement médicale, et un maximum de 500 000 $ sur deux ans pour la recherche en sciences sociales sur les impacts de la maladie.

Mme Kaushic se rendra par ailleurs la semaine prochaine à Genève, en Suisse, pour la grande conférence de l’Organisation mondiale de la santé visant à coordonner la réponse mondiale au coronavirus. Les décisions qui en découleront pourront orienter les différentes agences quant au choix des projets de recherche à subventionner en priorité.

«Les différents bailleurs de fonds se réuniront après la conférence pour voir quels sont les domaines dans les spécialités de leur pays, les lacunes à combler et ce qu’ils sont capables de faire», a expliqué la docteure Kaushic.

L’agence canadienne doit agir rapidement pour s’assurer que les chercheurs puissent commencer les travaux le plus tôt possible, a-t-elle ajouté. Dans cet esprit, l’agence s’est associée à plusieurs autres organismes qui financent la recherche afin de regrouper rapidement les fonds. Il s’agit notamment du Centre de recherches pour le développement international, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et du Conseil de recherches en sciences humaines.

Toutes ces agences négocient également avec le gouvernement fédéral pour voir si des fonds supplémentaires pourraient être mis à leur disposition rapidement. «Ce niveau de coordination est sans précédent, estime Mme Kaushic. Nous nous sommes réunis en une semaine.» En règle générale, une subvention de recherche de cette ampleur prendrait 18 mois à préparer, a-t-elle dit.

Son agence a même déjà commencé à rechercher des collègues bénévoles pour évaluer rapidement les projets de recherche. L’appel de propositions sera publié la semaine prochaine, avec le montant total des subventions disponibles.