Plus de 242 000 Québécois se sont inscrits au Carnet Santé lancé en mai dernier par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, soit environ 3 % de la population.

Les archivistes médicaux dénoncent les problèmes du Carnet Santé

Soit l’information médicale est transmise au patient trop rapidement, soit pas assez. Cinq mois après l’ouverture du Carnet Santé Québec, les archivistes médicaux dénoncent des problèmes qui risquent de prendre de l’ampleur.

«On ne veut pas que les gens apprennent qu’ils ont le cancer alors qu’ils sont confortablement installés avec leur tablette dans le salon», image Alexandre Allard, président de l’Association des gestionnaires de l’information de la santé du Québec (AGISQ).

Pour l’instant, ce cas de figure ne s’est pas présenté, mais M. Allard, qui représente 1700 archivistes médicaux, dit avoir reçu quelques témoignages de patients anxieux après avoir consulté leur Carnet Santé, un site Web sécurisé qui comprend leurs résultats d’imagerie médicale et de prélèvements, de même que leur liste de médicaments.

«Si on voit sur l’imagerie médicale que l’on a une masse au foie, on se demande ce que c’est. Où j’installe mon niveau de stress à ce moment-là?»

M. Allard soutient que l’histoire, révélée par Radio-Canada, d’une patiente qui a appris qu’elle avait eu un test positif de sang dans les selles il y a deux ans grâce au Carnet Santé, n’est pas un cas unique.

Plus de 242 000 Québécois se sont inscrits au Carnet Santé lancé en mai dernier par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, soit environ 3 % de la population. Auparavant, le système a été rodé quelques mois à Laval et à Québec.

Caroline Dupont, porte-parole de la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), indique que les femmes et les gens de plus de 50 ans sont les plus nombreux à l’utiliser.

«Il y a une période de 30 jours qui est allouée avant que l’information ne soit mise en ligne. Entre-temps, c’est la responsabilité du médecin de communiquer avec son patient», soutient Mme Dupont.

Pas «parfait»

La porte-parole reconnaît que le système n’est pas «parfait», mais que seulement sept plaintes ont été acheminées à la RAMQ depuis sa mise en service.

«Pour le moment, il y a un faible taux d’adhésion à cette technologie, mais il n’y a pas eu encore de campagne de publicité majeure», indique M. Allard.

Selon lui, il est temps de corriger ce qui ne va pas avant que le Carnet Santé, qu’il considère comme «une bonne affaire pour la population», ne prenne de l’ampleur. Par exemple, l’information pourrait apparaître dans le Carnet Santé seulement une fois qu’elle aura été lue et approuvée par le médecin. Ce qui aurait pour effet de raccourcir les délais parfois ou d’éviter que de l’information sensible soit transmise sans qu’une consultation en bonne et due forme ait eu lieu avant.

Afin que le patient comprenne mieux les termes médicaux de son dossier, une bibliothèque médicale virtuelle pourrait l’aider. Un lien avec la ligne Info-Santé 811 pourrait aussi être ajouté, de même que le Registre de vaccination du Québec. Les patients pourraient aller voir par exemple si leurs vaccins sont à jour avant de partir en voyage.

M. Allard souhaite que la RAMQ fasse appel aux archivistes médicaux pour qu’ils siègent à un comité de pilotage. «Le Carnet Santé, c’est pas complet, c’est pas parfait, mais c’est une belle première vitrine. On croit que son évolution doit être pilotée et non improvisée», plaide-t-il.

Il n’a pas été possible lundi de savoir si ce comité de pilotage était formé à la RAMQ ni d’obtenir la réaction du gouvernement de la Coalition avenir Québec sur cet enjeu.