Jusqu'à la dernière minute, les gens ont le droit de changer d'avis sur l'aide médicale à mourir, rappelle Me Jean-Pierre Ménard. Il veut s'assurer que ce droit est respecté.

Légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes serait une erreur

Légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes serait «une tragique erreur», croit l’avocat spécialisé en droit de la santé, Me Jean-Pierre Ménard.

Me Ménard était l’un des invités, vendredi, au colloque organisé par le Collège des médecins du Québec sur les soins en fin de vie, intitulé «Accompagner jusqu’à la fin».

Devant les participants, Me Ménard a rappelé que dans le débat qui a repris depuis les jugements des tribunaux, certains proposent de légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes malades qui sont rendues inaptes.

«Les gens parlent de légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes inaptes. Ça, pour moi, c’est une tragique erreur. On ne raisonne pas beaucoup, beaucoup ou pas assez loin, pour proposer ça. L’aide médicale à mourir, c’est un acte de volonté personnel. La personne peut jusqu’à la fin changer d’idée», a-t-il souligné.

À l’heure actuelle, une personne doit non seulement exprimer son consentement à recevoir une telle aide, mais elle doit le faire jusqu’à la toute fin, et pouvoir changer d’idée si elle le souhaite, en plus de répondre aux autres critères prescrits par la loi.

«D’ailleurs, il y a des gens qui changent d’idée au moment où on fait la procédure: trois, quatre jours avant de décéder. Mieux que ça encore, il y a même des gens qui changent d’idée après le premier consentement; ils ne donnent pas le deuxième. Puis c’est parfaitement légal; les gens ont le droit de faire ça», a insisté Me Ménard.

Lorsqu’une personne est devenue inapte, qu’elle est par exemple atteinte de la maladie d’Alzheimer et au dernier stade, qui doit décider pour elle? Même si elle a déjà exprimé sa volonté de recevoir une telle aide, a-t-elle changé d’idée, alors qu’elle n’est plus en état de le dire ? Les obstacles sont nombreux, a fait valoir l’avocat spécialisé en droit de la santé.

«Je suis un partisan absolu de l’aide médicale à mourir. Je suis convaincu que chaque citoyen qui a le pouvoir de décider doit pouvoir décider. Mais je suis également convaincu qu’on ne doit pas permettre ça aux personnes inaptes, parce que ce n’est pas un champ d’intervention approprié pour des personnes inaptes», a-t-il conclu.

Michèle Girard, une travailleuse sociale qui oeuvre dans ce domaine, est venue relater le vécu de ces travailleurs auprès des malades, de leurs proches et même du personnel médical. «On est un cercle qui va à la rencontre des cercles du malade, des proches», a-t-elle illustré.

Elle a évoqué les besoins en formation, le manque de temps et le risque de détresse aussi pour le personnel concerné.

La réflexion au sujet de l’aide médicale à mourir avait commencé en 2006 au Collège des médecins, mais plus officiellement en 2009, lors d’une sortie publique en conférence de presse, a rappelé le docteur Yves Robert, secrétaire du Collège. Puis il y a eu une commission spéciale en 2009 sur la question de mourir dans la dignité, puis un projet de loi présenté à Québec en 2013.